
Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a rejeté toute négociation directe avec Israël à la veille d’une réunion sécuritaire prévue vendredi 29 mai à Washington, en affirmant que la priorité devait rester l’obtention d’un véritable cessez-le-feu au Liban. Dans des propos rapportés par la presse libanaise, le chef du législatif a indiqué qu’il ne cherchait pas à connaître le contenu du dossier porté par la délégation militaire libanaise. Il a dit ne demander qu’une chose : l’arrêt des hostilités. Sa prise de position intervient alors que les États-Unis tentent de maintenir un canal entre Beyrouth et Tel-Aviv, dans un climat de frappes persistantes au Sud-Liban et de tensions politiques internes.
Berri refuse les négociations directes
Nabih Berri a pris ses distances avec le rendez-vous annoncé au Pentagone. Il a dit savoir que la table devait réunir trois militaires libanais, trois Israéliens et trois Américains. Il a ajouté ne pas vouloir savoir ce que la délégation libanaise emportait avec elle. Le président de la Chambre a ramené le dossier à un seul objectif : un cessez-le-feu au Liban, clair, appliqué et garanti. Cette formule contraste avec le vocabulaire diplomatique utilisé ces derniers jours autour de Washington.
Le responsable libanais a rappelé que plusieurs accords de cessez-le-feu avaient déjà été conclus, sans être respectés. Il a aussi estimé que la période actuelle ne correspondait pas à un arrêt réel des hostilités. Selon lui, le pays se trouve dans une trêve de quarante-cinq jours, mais sans cessez-le-feu effectif. Berri a affirmé que la guerre s’était même intensifiée, avec des localités détruites sous les yeux de celui qui était censé garantir l’accord. Il a conclu, sur ce point, qu’il n’y avait désormais plus de garant.
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Cette déclaration vise directement la séquence ouverte par Washington. Les États-Unis ont annoncé une prolongation de quarante-cinq jours de l’arrangement en cours, avec un volet sécuritaire au Pentagone le 29 mai et une reprise des discussions politiques les 2 et 3 juin. La réunion de vendredi doit porter sur les questions militaires et frontalières. Elle intervient après plusieurs échanges présentés comme productifs par la partie américaine. À Beyrouth, cette lecture officielle ne suffit pas à dissiper les réserves.
Le président du Parlement a aussi répété son refus des négociations directes. Il a affirmé y être opposé et vouloir le rester. Son argument porte sur le rapport de force. Pour lui, une délégation ne peut pas s’asseoir à une table sans posséder de cartes à jouer. Il a estimé que le Liban se rendait à ce type de réunion sans aucun levier, donc sans capacité d’arracher un résultat. Cette position donne le ton d’un débat qui dépasse la seule réunion du Pentagone.
Cessez-le-feu au Liban : la priorité affichée
La ligne de Nabih Berri tient en peu de mots : avant les mécanismes, il faut l’arrêt du feu. Cette position répond à une inquiétude partagée dans plusieurs milieux politiques libanais. La diplomatie américaine pousse vers un cadre structuré. Mais les habitants du Sud jugent les annonces à partir du terrain. Les frappes, les évacuations, les maisons détruites et les routes coupées restent les signes les plus visibles de la crise. Pour les familles déplacées, la question n’est pas le format de la réunion, mais la possibilité de rentrer dans leurs villages.
La différence entre trêve et cessez-le-feu est devenue centrale. Une trêve peut suspendre temporairement les opérations. Un cessez-le-feu suppose un engagement plus ferme, des règles plus précises et une surveillance capable de produire des effets. Berri accuse le dispositif actuel de ne pas répondre à ce seuil. Il ne conteste pas seulement les modalités de la réunion. Il conteste le fait que le Liban entre dans une discussion sécuritaire alors que la sécurité n’est pas encore assurée.
Dans les milieux officiels, la priorité libanaise reste l’arrêt des hostilités, le retrait israélien, le retour des déplacés et l’extension de l’autorité de l’État. L’armée libanaise est appelée à jouer un rôle central dans cette séquence. Elle doit être en mesure de se déployer, de contrôler la zone au sud du Litani et de rassurer les habitants. Mais ce rôle exige un environnement stable. Aucun déploiement ne peut produire d’effet durable si les frappes se poursuivent ou si les forces israéliennes maintiennent une liberté d’action sur le territoire libanais.
La déclaration de Berri place donc la réunion de Washington sous condition politique. Elle ne bloque pas formellement la participation libanaise. Elle fixe cependant une ligne rouge. Les discussions ne doivent pas remplacer l’arrêt du feu. Elles ne doivent pas donner l’impression que Beyrouth négocie sous la pression militaire. Le président de la Chambre cherche ainsi à recentrer le débat sur le résultat immédiat attendu par le Liban : la fin des attaques.
Une réunion militaire exposée à Washington
Le rendez-vous prévu au Pentagone est présenté comme un volet sécuritaire. Cette précision vise à limiter sa portée politique. Les délégations doivent être militaires, avec une présence américaine à la table. Le format permet de traiter des questions de terrain, de contrôle, de retrait, de coordination et de sécurité frontalière. Il permet aussi aux autorités libanaises de soutenir qu’il ne s’agit pas d’une normalisation avec Israël, mais d’un mécanisme destiné à faire cesser les hostilités.
Cette distinction reste fragile. Le Liban et Israël n’ont pas de relations diplomatiques. Toute rencontre, même militaire, suscite une forte sensibilité. Les précédents historiques pèsent lourdement sur le débat. Plusieurs forces politiques craignent qu’un canal technique ne glisse vers un arrangement plus large. D’autres estiment au contraire que l’État libanais doit occuper tout espace disponible pour défendre ses exigences et empêcher que les décisions soient prises sans lui.
La réunion intervient aussi dans une phase où Washington veut relancer un chemin politique. Après le volet militaire, la diplomatie américaine doit poursuivre les échanges début juin. L’objectif affiché est de transformer la prolongation de la trêve en processus plus durable. Les États-Unis parlent de souveraineté, d’intégrité territoriale et de sécurité le long de la frontière. Le Liban, de son côté, insiste sur le retrait israélien et l’arrêt des frappes. Israël demande des garanties sur le Hezbollah et sur l’absence de menaces venant du Sud-Liban.
Dans ce cadre, la délégation militaire libanaise se trouve dans une position délicate. Elle doit représenter l’État, mais elle ne peut pas engager seule un choix politique majeur. Elle doit demander la consolidation du cessez-le-feu, tout en défendant le rôle de l’armée. Elle doit éviter que le dossier sécuritaire ne se transforme en accusation contre l’institution militaire. Elle doit aussi tenir compte des divisions internes sur la négociation, le Hezbollah et le futur du front sud.
Une pression intérieure que Berri veut contenir
Nabih Berri a indiqué que sa priorité, dans la période actuelle, consistait à empêcher toute imprudence ou tout problème à l’intérieur. Cette phrase éclaire la dimension libanaise de sa position. Le président de la Chambre ne s’exprime pas seulement sur Washington. Il s’adresse aussi aux acteurs internes qui redoutent une crise politique liée à la négociation. Le dossier peut rapidement devenir explosif si une partie du pays voit dans la réunion une concession faite sous pression.
Le chef du législatif occupe une place particulière dans cette séquence. Il dirige le Parlement. Il préside aussi le mouvement Amal. Il reste l’un des principaux interlocuteurs institutionnels capables de parler au Hezbollah, à la présidence de la République et aux canaux diplomatiques. Cette position en fait un médiateur, mais aussi une cible politique. Une réunion mal préparée ou mal expliquée peut le placer entre les exigences de l’État et les réserves du camp chiite.
Le Hezbollah rejette les négociations directes avec Israël. Le mouvement voit dans le maintien de la pression militaire israélienne une raison de refuser toute concession. Ses adversaires, eux, estiment que l’État doit reprendre la décision de guerre et de paix. Entre ces deux lignes, Berri tente de prévenir une confrontation interne. Il ne veut pas que le débat sur Washington se transforme en bras de fer de rue ou en crise ouverte au sein du gouvernement.
Cette prudence s’explique par le contexte. Le gouvernement de Nawaf Salam doit défendre une position officielle, tout en préservant une cohésion déjà fragile. Le président Joseph Aoun veut placer l’État au centre des négociations. L’armée cherche à conserver son rôle national au-dessus des divisions politiques. Dans le même temps, les sanctions, les pressions américaines et les frappes israéliennes nourrissent la défiance d’une partie du paysage libanais. Berri cherche à éviter que ces facteurs ne convergent vers une crise intérieure.
Le Sud-Liban reste le juge du processus
Le Sud-Liban est le lieu où la diplomatie sera évaluée. Les habitants attendent moins des formules que des résultats visibles. Un cessez-le-feu au Liban doit signifier l’arrêt des frappes, la fin des incursions, le retour des déplacés et le début d’une réparation des localités touchées. Sans ces éléments, la prolongation de la trêve risque de rester un délai politique sans effet réel sur la vie quotidienne.
Les villages frontaliers ont déjà payé un coût élevé. Des familles vivent encore loin de leurs maisons. Les activités agricoles ont été interrompues dans plusieurs secteurs. Les infrastructures locales ont subi des dommages. Les municipalités doivent composer avec des moyens limités, alors que les besoins augmentent. Dans ce contexte, la population juge les autorités à leur capacité d’obtenir une baisse effective de la violence. Les mots prononcés à Washington n’auront de poids que s’ils se traduisent par des changements sur le terrain.
L’armée libanaise est au centre de cette équation. Son déploiement est souvent présenté comme la voie de sortie institutionnelle. Mais l’armée a besoin de sécurité, de moyens et d’une couverture politique claire. Elle ne peut pas devenir seule le réceptacle de toutes les attentes. Les autorités doivent lui donner un mandat cohérent. Les partenaires étrangers doivent fournir des équipements utiles. Israël doit cesser les opérations qui empêchent un contrôle normal du territoire. Le Hezbollah doit aussi accepter que l’État reprenne une place plus visible au Sud.
La réunion du Pentagone doit donc répondre à une question concrète : comment passer d’un arrangement diplomatique à un calme vérifiable ? Cette question ne peut pas être repoussée. Elle concerne les militaires, mais aussi les habitants, les élus locaux et les familles déplacées. Berri l’a formulée à sa manière, en réduisant l’agenda à l’essentiel. Sans arrêt du feu, aucune discussion ne peut être présentée comme une avancée réelle.
Washington veut maintenir le calendrier
Les États-Unis cherchent à préserver l’élan de la médiation. La prolongation de quarante-cinq jours doit offrir une fenêtre supplémentaire pour avancer. Washington veut organiser les dossiers en deux temps : d’abord le volet sécuritaire, ensuite le volet politique. Cette méthode vise à traiter les urgences militaires sans abandonner l’objectif d’un arrangement plus large. Elle place toutefois les autorités libanaises devant un choix difficile. Participer expose à la critique. Refuser peut donner l’image d’un État absent.
Le communiqué américain insiste sur la recherche d’une sécurité réelle le long de la frontière et sur le respect de la souveraineté des deux parties. Cette formulation est conçue pour rassurer. Elle ne répond pas entièrement aux préoccupations libanaises. À Beyrouth, la souveraineté se mesure au retrait israélien, à la fin des frappes et au contrôle effectif du territoire par l’État. Côté israélien, la sécurité se mesure à l’éloignement du Hezbollah et à la limitation de ses capacités militaires. Les priorités ne se recoupent que partiellement.
La séquence du 29 mai intervient aussi dans un environnement régional chargé. Les discussions entre Washington et Téhéran pèsent sur les calculs. Le dossier libanais se retrouve lié, directement ou indirectement, aux équilibres entre les États-Unis, l’Iran et Israël. Les responsables libanais veulent éviter que le pays soit traité comme une simple carte régionale. Cette crainte traverse plusieurs prises de parole à Beyrouth. Elle explique la volonté officielle de rappeler que seul l’État libanais doit parler au nom du Liban.
La difficulté tient au fait que le terrain ne suit pas toujours le rythme diplomatique. Chaque frappe affaiblit la confiance dans la médiation. Chaque déclaration hostile réduit l’espace de compromis. Chaque débat sur la composition de la délégation libanaise nourrit les soupçons. Washington peut imposer un calendrier, mais ne peut pas, à lui seul, effacer les rapports de force internes libanais. Berri exploite ce décalage pour rappeler que l’urgence n’est pas la photo d’une réunion, mais le résultat militaire.
Une séquence politique à haut risque
La prise de position de Nabih Berri modifie l’atmosphère autour de la réunion sans empêcher son déroulement. Elle donne à la délégation libanaise une pression supplémentaire. Elle lui rappelle que la demande prioritaire doit rester le cessez-le-feu. Elle signale aussi à Washington que la garantie américaine sera jugée sur ses effets. Si les frappes se poursuivent pendant ou après les discussions, les opposants au processus pourront affirmer que le Liban a parlé sans obtenir de protection.
Pour le président Joseph Aoun et le gouvernement Salam, l’enjeu consiste à maintenir une ligne institutionnelle. Le Liban doit défendre ses droits, demander le retrait israélien et exiger l’arrêt des violations. Il doit aussi éviter l’isolement diplomatique. Cette position demande une coordination étroite entre Baabda, le Grand Sérail, le Parlement et l’armée. Toute dissonance publique peut affaiblir la délégation et renforcer les acteurs qui contestent le processus.
La déclaration de Berri révèle justement cette fragilité. Elle ne se limite pas à un refus de principe. Elle exprime une inquiétude sur la capacité du Liban à négocier dans des conditions équilibrées. Elle pose une question simple aux promoteurs de la réunion : que peut obtenir Beyrouth si la partie israélienne conserve l’initiative militaire ? Cette interrogation pèsera sur les discussions du Pentagone, puis sur le volet politique prévu début juin.
Vendredi, la délégation militaire libanaise doit donc entrer dans une salle de réunion chargée d’enjeux qui dépassent les cartes, les lignes de contact et les arrangements techniques. Elle portera la demande d’un État affaibli, mais décidé à réaffirmer sa souveraineté. Elle portera aussi l’attente des habitants du Sud, pour lesquels le cessez-le-feu au Liban ne sera crédible que le jour où les routes rouvriront sans crainte, où les familles rentreront durablement et où les villages cesseront d’être le théâtre quotidien d’une guerre que la diplomatie dit vouloir arrêter.


