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La ministre sortante de la justice Marie-Claude Najm a répondu au gouverneur de la Banque du Liban, indiquant que l’équipe juridique de son ministère n’aurait trouvé aucune infraction aux législations liées au secret bancaire dans le contrat signé entre le ministère des finances et la compagnie d’audit Alvarez & Marsal.

Marie-Claude Najm rappelle également que le gouvernement avait autorisé à l’unanimité la conduite d’un audit juricomptable des comptes de la BdL et non des institutions privées ou individus y possédant un compte. La loi du secret bancaire, rappelle-t-elle ne s’applique pas sur les comptes de l’état.

Par ailleurs, la ministre indique que son homologue des finances, Ghazi Wazni a appelé le cabinet Alvarez & Marsal à la patience. Par ailleurs, elle devrait rencontrer le premier ministre sortant Hassan Diab pour évoquer les mesures à prendre à l’encontre du gouverneur de la Banque du Liban en cas de poursuite du refus à répondre aux questions posées par le cabinet d’audit.

Toute personne qui défend la Banque du Liban en bénéficie, conclut-elle, allusion indirecte au soutien de Walid Joumblatt, Saad Hariri ou encore Walid Joumblatt au gouverneur de la banque centrale.

Hier déjà, le premier ministre sortant Hassan Diab s’en était vivement pris à Riad Salamé:

Je mets en garde contre toute tentative de renverser l’audit médico-légal pour empêcher les Libanais de connaître la vérité sur les raisons de la disparition de leurs dépôts, les causes de l’effondrement financier et la manipulation nationale délibérée de la monnaie, (…) Toute tentative d’obstruction à l’audit médico-légal constitue une responsabilité partagée face aux souffrances du peuple libanais sur les plans financiers, économiques et de la vie quotidienne. (…) Toute réforme qui ne commence pas par un audit médico-légal de la BDL est une réforme fictive pour dissimuler la poursuite de l’approche qui a conduit à l’effondrement financier actuel.

Pour rappel, on a appris la semaine dernière que plus de 100 questions posées par Alvarez & Marsal aux responsables de la Banque du Liban n’auraient pas eu de réponses de leur part. La BdL se retranche sous les législations liées au secret bancaire. Le site rappelle également que le ministre des finances, proche du Président de la Chambre Nabih Berri, avait indiqué que ses soutiens politiques ne souhaitaient pas que soit conduit un audit juricomptable des comptes de la Banque du Liban.

Forbes a également publié la liste de questions posées aux responsables de la Banque du Liban. Il s’agirait de questions liées à un audit juricomptable, à la gouvernance, aux contrôles ou encore à l’infrastructure technologique utilisée.

Cependant, la Banque du Liban n’aurait répondu qu’à 43% des questions posées par Alvarez & Marsal, alors que ce dernier aurait déjà opéré avec succès dans des pays où des réglementations instaurant un secret bancaire était pourtant en place sans que cela ne cause un problème. Les questions portant notamment sur les réserves monétaires et les transferts effectués, qui pourraient avoir été pour une partie détournés dans le cadre du programme de subvention à l’achat des produits de première nécessité, n’ont eu aucune réponse, alors que des experts légaux estiment que ces questions ne sont pas couvertes par le secret bancaire.

Dans le cas libanais, il semblerait que les autorités monétaires aient décidé de coopérer avec le cabinet, alors que les pertes estimées de la banque centrale pourraient être plus importantes que les estimations faisant état d’un gouffre de 45 milliards de dollars, notent des sources gouvernementales citées par Forbes.

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Un audit pourtant nécessaire pour le chiffrage des pertes du secteur financier

Pour l’heure, le déblocage de l’aide internationale est conditionné au résultat des négociations entreprises avec le FMI qui exige que se soient mises en place des réformes nécessaires, les réformes économiques et monétaires notamment. En effet, de nombreuses sources ou encore personnalités impliquées dans le dossier multiplient les déclarations indiquant que la communauté internationale n’accordera « pas de chèque en blanc au Liban », suite au non-respect par Beyrouth de ses promesses et de son engagement à effectuer les réformes nécessaires à la relance économique déjà lors des conférences Paris I, II et III dans les années 2000.

La crise du secteur bancaire, bien que maquillée par les opérations d’ingénieries financières menées par la Banque du Liban, avait débuté bien plus tôt, en dépit des profits colossaux annoncés par les banques libanaises jusqu’à l’année dernière. En réalité, la Banque du Liban a ainsi reversé près de 16 milliards de dollars entre 2016 et 2018, vidant ainsi une grande partie de ses réserve monétaires en faveur des établissements bancaires.

Sur le plan économique, la crise qui a débuté en 2018 s’est révélée au grand jour durant l’été 2019 avec une pénurie en devises étrangères pourtant nécessaires à l’achat de produits de première nécessité notamment. Cependant, un inversement des flux financiers avait été constaté dès janvier 2019. Cette crise s’est ensuite accentuée suite à l’imposition de manière unilatérale par les banques libanaises d’un contrôle des capitaux, bloquant ainsi l’accès aux comptes.

Après la démission de l’ancien premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre 2019, un nouveau gouvernement présidé par son successeur Hassan Diab a été constitué le 17 janvier 2020. Dès mars, les autorités libanaises ont annoncé un état de défaut de paiement sur les eurobonds arrivant à maturité. Par ailleurs, le Liban a ouvert les négociations avec le FMI en vue d’obtenir une aide économique d’un montant espéré de 10 milliards de dollars.

Cependant, les négociations, aujourd’hui suspendues, ont rapidement achoppé sur la capacité des autorités libanaises à mener les réformes nécessaires pour le déblocage de l’aide internationale ainsi que sur le dossier du chiffrage des pertes du secteur financier. Les autorités libanaises estiment ainsi que ses pertes atteindraient 241 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 3600 LL/USD, soit 80 milliards de dollars environ, ce que refusent les banques locales via l’association des banques du Liban ou encore la Banque du Liban elle-même.

L’association des banques du Liban a ainsi activé ses relais présents au sein du parlement via la commission parlementaire des finances et du budget. Cette dernière, où sont présents certains actionnaires et représentants de banques locales, n’ont chiffré les pertes financières qu’à 81 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 1507 LL/USD.

Désormais, ce chiffrage des comptes de la Banque du Liban devrait être mené par les cabinets Alvarez & Marsal pour l’audit juricomptable et par KPMG et Oliver Wyman pour l’audit normal. Pressenti dans un premier temps pour mener l’audit juricomptable, le cabinet Kroll, spécialisé dans la matière a été écarté suite aux pressions du président de la chambre Nabih Berri, estimant l’entreprise liée à l’état hébreu.

Parallèlement, l’association des banques du Liban a présenté un plan de sauvetage rejeté par le FMI et les autorités libanaises, prévoyant la vente d’une partie de l’or du Liban et la session pour une durée déterminée de biens publics. Ce plan est également rejeté par les spécialistes qui estiment que la vente de biens publics ne pourrait se faire qu’en les bradant en raison des circonstances actuelles.

Certaines sources évoquent désormais des pertes pour le secteur financier qui dépassent les 100 milliards de dollars, estimant que le Liban nécessiterait désormais un plan de relance de 63 milliards de dollars mais que seulement 26 milliards au maximum sont disponibles. Selon ces mêmes sources, toutes les banques libanaises sont aujourd’hui insolvables.

La situation économique s’est, par ailleurs, encore dégradée avec la détérioration de la valeur de la livre libanaise et la mise en place de différents taux de change : taux de change officiel à 1507 LL/USD, taux de change dit du-marché pour les agents de change ou encore certaines entreprises fixées par la banque du Liban, aujourd’hui à 3900 LL/USD et taux de change au marché noir, qui a fluctué jusqu’à atteindre les 9000 LL/USD, au mois de juin.

Lors de son déplacement au Liban à l’occasion du centenaire de la proclamation de l’état du Grand Liban, le 1er septembre 2020, au lendemain de la nomination de Mustafa Adib comme premier ministre, le président de la république française aurait ainsi remis aux dirigeants libanais, une feuille de route pour la mise en place des réformes économiques jugées nécessaires et en premier lieu, un diagnostic des pertes de la Banque du Liban. Cette feuille de route prévoyait également la mise en place d’ici 2 semaines, d’un gouvernement capable de mener ces réformes. Cependant, 15 jours après, suite à l’expiration du délai imparti, les autorités libanaises semblent avoir échoué à la mise en place d’un nouveau cabinet, suite notamment à l’annonce par Washington de sanctions économiques visant Ali Hassan Khalil, bras-droit de Nabih Berri et ancien ministre des finances, les autres partis politiques ayant accepté le principe de rotation des portefeuilles ministériels régaliens, à savoir la défense, l’intérieur, les affaires étrangères et les finances.

Le 21 septembre 2020, le président de la République estime que le Liban se dirige actuellement « en enfer » en raison de la dégradation des conditions sociales et économiques, reconnaissant par ailleurs que les réserves de la Banque du Liban – subventionnant actuellement l’achat de produits de première nécessité – seront épuisées d’ici peu.

Le 26 septembre, prenant donc acte de son échec, le premier ministre désigné annonce sa démission depuis le perron du Palais de Baabda, plongeant un peu plus le Liban dans la crise.

Pour sa part, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé annonce, au mois d’août, la fin des subventions aux produits essentiels d’ici 2 à 3 mois en raison de la diminution des réserves monétaires de la Banque Centrale.

Cette annonce intervient alors que les négociations avec le Fonds Monétaire International sont toujours suspendues et que se déroule un audit juricomptable de la Banque du Liban.

La Banque du Liban réplique et jette la balle dans le camp du gouvernement

Par un communiqué, la Banque du Liban a également répliqué, estimant qu’il s’agit au gouvernement et non à elle à soumettre ses comptes à un audit juricomptable en raison du secret bancaire. Cette législation, indique la banque centrale, ne s’applique pas sur les comptes de la l’état.

Cependant, les observateurs rappellent que c’est la Banque du Liban qui tient les comptes publics et qui finance la dette publique.

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