« Au Liban, pays de l’homme et de l’humanité, la réalité de l’homme se manifeste aujourd’hui à travers la comparaison avec l’ennemi, quand nous voyons que ce dernier forme une société ségrégationniste qui écrase et divise de toutes les façons, financièrement, culturellement, politiquement et militairement […] Notre patrie doit être préservée, non seulement pour Dieu et pour l’homme, mais aussi pour l’humanité entière et pour montrer l’image véritable, celle qui défie l’autre image. Nous voici à présent face à la chance de notre vie, dans une ère nouvelle qu’inaugure le Liban. »

Par cette citation de l’Imam Moussa Sadr, tirée de son livre « L’Homme, ses besoins et ses compétences », j’entame mon article au sujet d’un colloque, qui a eu lieu le 15 octobre 2016, à l’UNESCO – Paris, autour de la pensée et le message d’Imam Moussa al-Sadr.

Ce colloque placé sous le Haut patronage du Président du Parlement Libanais, M. Nabih Berri, et organisé par la Délégation permanente du Liban auprès de l’UNESCO et le Comité de Commémoration de l’Imam Moussa al-Sadr sous le thème « les religions au service de l’Homme »  a eu lieu en présence du Ministre libanais des Finances, M. Ali Hassan Khalil, Dr. Rabab Al-Sadr, Présidente de la Fondation Imam-Sadr, l’Ambassadeur Daniel Rondeau, United Nations University, Professeur Salim Daccache s.j, Recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Nul besoin de présenter l’Imam Moussa Sadr, ce philosophe et dirigeant religieux chiite porté disparu le 31 août 1978 lors d’une visite officielle en Libye. Dans son élocution, l’ambassadeur de la délégation libanaise à l’UNESCO, son excellence, M. Khalil Karam présente un aperçu sur l’homme, dont ci-dessous, un extrait :

14642521_10209343202610440_4143930361544703049_nC’est à Najaf, ville sainte d’Irak que l’Imam Moussa Sadr complète sa formation religieuse à la fin des années 50 et obtient le diplôme le plus important de l’enseignement religieux chiite, celui qui permet d’exercer l’ijtihad (ou l’interprétation du texte).

De retour au Liban, son érudition, sa grande culture, et son sens raffiné du politique le hissent rapidement à la tété de sa communauté. Il faut dire que le grand Imam Moussa Sadr – au sens propre et figuré – est doté d’une stature imposante et d’un regard vert perçant, le vert de sa communauté qu’il va réussir à sortir de son exclusion, fondant en 1967, le Conseil supérieur chiite. Il en devient le président le 23 ai 1969. Il se positionne pendant la guerre du Liban, non pas en tant que belligérant mais en tant que médiateur, déclarant le 27 juin 1975 que l’arme ne résout pas la crise, mais augmente la déchirure de la nation ». Et c’est à juste titre, quelques mois plus tôt, juste avant que le conflit n’’éclate au Liban, qu’il inaugure, en la cathédrale Saint-Louis des Capucins à Beyrouth, les sermons du carême devant une assemblée multiconfessionnelle, un symbole fort qui fait écho des années plus tard au « Liban, pays – message » du Pape Jean Paul II. Il a été parmi les rares dignitaires religieux non chrétiens présents à l’intronisation du Pape Paul VI.

L’Imam Moussa Sadr a toujours été un fervent partisan du dialogue interreligieux. C’est un homme d’action, capable de prendre des positions audacieuses qui le placent parmi les hommes de religion les plus réformateurs de son époque. Il rejoint le « Mouvement social libanais » fondé par l’évêque grec-catholique,  l’Abbé Pierre de l’Orient » Mgr Grégoire Haddad.

Il est difficile de résumer la personnalité de l’Imam Moussa Sadr en quelques mots, mais il y a un trait qui caractérise bien évidemment l’Imam, c’est son engagement pour un Liban souverain, libre, indépendant, arabe par son identité et son appartenance, garant des libertés d’opinion et de croyance et de l’égalité des droits et des devoirs entre tous ses citoyens sans distinction ni privilège, tel que stipulé dans l’Accord de Taëf.

Je conclurai, Excellences, Mesdames et Messieurs par ces mots celles de l’Imam « Notre force réside dans notre conscience, dans  notre loyauté, dans notre clarté de vue, notre force sera de ne jamais laisser primer les intérêts particuliers, notre devoir est de p réserver l’indépendance du Liban, sa liberté et l’intégrité de son territoire quel qu’en soit le prix ! ».

Khalil KARAM

Ambassadeur de la délégation libanaise à l’UNESCO à Paris.

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Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].