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Loukachenko accuse Israël à Gaza

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Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a choisi un entretien accordé à Al Arabiya Anglais pour intervenir sur plusieurs fronts diplomatiques à la fois. Depuis le palais de l’Indépendance à Minsk, face à la journaliste Melinda Nucifora, le dirigeant biélorusse a accusé Israël de mener à Gaza ce qu’il a qualifié d’« Holocauste », tout en avertissant que les guerres en cours pouvaient provoquer des scénarios que personne ne maîtrise. Loukachenko a aussi dénoncé l’attaque américaine contre l’Iran, qu’il présente comme une « erreur fatale », et prévenu qu’une intervention directe de l’OTAN dans le conflit ukrainien pourrait ouvrir la voie à une confrontation nucléaire. Il a enfin cherché à afficher une tonalité plus conciliante sur l’Ukraine, allant jusqu’à présenter des excuses à Volodymyr Zelensky et à répéter que l’armée biélorusse ne devait pas entrer directement en guerre.

Loukachenko et la charge sur Gaza

L’entretien, diffusé dans l’émission Counterpoints, donne à Loukachenko une tribune rare auprès d’un public arabe et international. Le président biélorusse y reprend plusieurs thèmes constants de sa diplomatie : critique d’Israël, opposition à l’usage de la force par Washington, mise en garde contre l’élargissement de la guerre en Europe et défense d’un règlement négocié entre Moscou et Kiev. Mais le ton se distingue par la violence de certaines formules. Le mot « Holocauste », appliqué aux opérations israéliennes à Gaza, constitue la déclaration la plus explosive. Il renvoie à une mémoire historique centrale pour Israël et le peuple juif. Son emploi par un chef d’État allié de Moscou, déjà contesté par les chancelleries occidentales pour sa répression interne et son soutien à la Russie, donne à l’entretien une forte charge politique.

Pour Gaza, Loukachenko accuse Israël d’avoir détruit l’enclave et tué de nombreux civils, en particulier des femmes et des enfants. Il affirme que l’État hébreu a déjà abîmé sa réputation internationale par ses bombardements. Il juge aussi absurde l’idée de construire des projets touristiques sur les ruines d’un territoire meurtri. Dans sa formulation, Israël devrait réfléchir à sa propre survie politique et stratégique, car même ses capacités nucléaires ne suffiraient pas à le protéger si son isolement s’aggravait. Ces propos s’inscrivent dans une vague mondiale de critiques contre la conduite de la guerre à Gaza, mais ils vont plus loin que les condamnations diplomatiques habituelles. Loukachenko ne parle pas seulement de disproportion, de crimes ou de catastrophe humanitaire. Il utilise un terme historiquement associé à l’extermination des Juifs d’Europe par l’Allemagne nazie, ce qui rend sa sortie hautement controversée.

Le dirigeant biélorusse ne s’en tient pas à Israël. Il affirme que les États-Unis disposent du pouvoir nécessaire pour contraindre l’État hébreu à arrêter son action militaire. Dans son raisonnement, Washington reste le garant ultime de la capacité israélienne à poursuivre la guerre. Cette lecture vise à déplacer une partie de la responsabilité vers la Maison Blanche. Elle rejoint son autre critique, consacrée à l’Iran. Loukachenko affirme que l’attaque américaine contre l’Iran constitue une erreur majeure. Selon lui, Téhéran ne peut pas être vaincu par des frappes aériennes. Il estime qu’une opération terrestre serait nécessaire pour imposer une défaite militaire complète, mais que les États-Unis ne peuvent pas se permettre une telle guerre, en raison du coût humain et politique qu’elle entraînerait.

L’Iran, autre cible du discours

Sur l’Iran, Loukachenko développe une thèse précise. Les frappes américaines et israéliennes n’auraient pas affaibli la République islamique sur le plan politique. Elles auraient plutôt contribué à ressouder une société iranienne qu’il décrit comme auparavant divisée. Le président biélorusse affirme aussi que bombarder l’Iran ne bloquera pas durablement le développement d’armes nucléaires. Il soutient au contraire que ces attaques peuvent encourager Téhéran à accélérer cette voie, si elle était déjà engagée. Cette analyse reprend un argument fréquent chez les critiques de la stratégie militaire contre les programmes nucléaires : détruire des installations ne supprime pas le savoir-faire, et peut renforcer la volonté politique de le reconstruire.

Loukachenko relie cette critique à la diplomatie avortée autour de l’uranium enrichi. Il affirme que l’Iran aurait proposé d’envoyer des matières nucléaires en Chine, tandis que la Russie aurait également offert une option de stockage. Selon lui, Washington aurait refusé cette piste pour des raisons politiques liées à sa rivalité avec Pékin. Le président biélorusse présente ce refus comme une occasion manquée de placer les matières sensibles sous contrôle extérieur. Cette version, favorable à Téhéran et à Moscou, doit être lue comme une position politique. Elle illustre toutefois la manière dont Minsk cherche à contester la lecture occidentale du dossier iranien. Pour Loukachenko, le problème vient moins de l’Iran que de la volonté américaine d’imposer ses conditions à un adversaire.

L’OTAN et le risque nucléaire

La même logique de mise en garde apparaît lorsqu’il évoque l’OTAN. Loukachenko affirme qu’une intervention directe de l’Alliance atlantique dans le conflit ukrainien serait extrêmement dangereuse. Il estime qu’elle pourrait déclencher une escalade nucléaire, avec des conséquences catastrophiques pour l’Europe et peut-être pour le monde entier. Ce message vise d’abord les capitales occidentales. Depuis le début de la guerre à grande échelle en Ukraine, Minsk reprend les arguments de Moscou contre l’élargissement de l’engagement occidental. Mais Loukachenko y ajoute une tonalité plus personnelle. Il insiste sur l’épuisement humain des deux armées, sur le manque de soldats et sur l’absence de solution militaire décisive.

Sur ce point, l’entretien marque aussi une tentative d’ouverture. Loukachenko affirme que la Russie et l’Ukraine doivent accepter des compromis pour sortir de la guerre. Il juge irréaliste l’idée d’une victoire totale sur le champ de bataille. Il propose de nouveau une rencontre à trois entre lui-même, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky pour discuter d’un accord de paix. Cette proposition est ancienne, mais le président biélorusse la présente comme toujours pertinente. Elle lui permet de se poser en médiateur, malgré le rôle joué par son territoire dans l’invasion russe de 2022. Minsk avait alors permis aux forces russes d’utiliser la Biélorussie comme base d’attaque vers l’Ukraine, ce que Kiev et ses alliés n’ont pas oublié.

Des excuses adressées à Zelensky

Pour réduire cette méfiance, Loukachenko cherche à rassurer Kiev. Il affirme que l’Ukraine n’a rien à craindre de la Biélorussie et que des actions militaires depuis son territoire ne doivent pas être attendues. Il va plus loin en adressant des excuses à Volodymyr Zelensky pour des paroles qu’il juge peut-être trop dures. Il explique avoir compris que le président ukrainien se trouvait sous pression et qu’il était jeune, inexpérimenté et placé dans une guerre difficile. Cette formule mêle regret, condescendance et calcul diplomatique. Elle ne change pas l’alliance de Minsk avec Moscou. Elle vise plutôt à montrer que Loukachenko veut éviter une extension directe du conflit à son propre pays.

Les raisons qu’il donne sont aussi militaires. Le président biélorusse reconnaît que son pays serait vulnérable si l’Ukraine décidait de frapper la Biélorussie comme elle frappe la Russie. Il évoque des infrastructures vitales, industrielles et logistiques, qui pourraient devenir des cibles. Il affirme également qu’une offensive russe vers Kiev depuis le territoire biélorusse étendrait le front d’environ 1 500 kilomètres le long de la frontière entre la Biélorussie et l’Ukraine. Selon lui, ni Minsk ni Moscou ne pourraient sécuriser correctement une telle zone dans les conditions actuelles. Cette argumentation est importante. Elle présente la non-intervention biélorusse non seulement comme une décision politique, mais comme un choix de prudence militaire.

Minsk cherche une place diplomatique

L’entretien intervient à un moment particulier pour Loukachenko. Le président biélorusse reste l’un des plus proches alliés de Vladimir Poutine, mais il cherche aussi à améliorer certains canaux avec Washington. Des libérations de prisonniers ont déjà été discutées dans ce cadre. Le dirigeant biélorusse n’exclut pas une rencontre avec Donald Trump, à condition qu’elle ne soit pas limitée aux questions de droits humains. Cette précision confirme la volonté de Minsk d’élargir le dialogue à la sécurité régionale, à l’Ukraine et aux rapports avec l’Occident. Loukachenko veut apparaître comme un interlocuteur incontournable dans une période de recomposition diplomatique.

Cette stratégie comporte toutefois une contradiction. À l’extérieur, Loukachenko parle de paix, de compromis et de négociations. À l’intérieur, son régime reste accusé de réprimer l’opposition, de contrôler les médias et de maintenir des prisonniers politiques. Les critiques occidentales à son égard n’ont pas disparu. Son élection contestée de 2020 avait déclenché de vastes manifestations, suivies d’une répression massive. Le président biélorusse cherche aujourd’hui à déplacer le débat. Il veut être jugé sur sa capacité à éviter une guerre plus large, à parler avec Moscou et à ouvrir des canaux avec Washington. Ses adversaires rappellent, eux, que cette posture de médiateur ne peut pas effacer le bilan intérieur.

L’entretien d’Al Arabiya Anglais doit donc être lu comme un acte de communication diplomatique. En parlant à un média arabe, Loukachenko s’adresse à plusieurs publics. Il parle aux opinions du Moyen-Orient, sensibles à la guerre à Gaza et à la confrontation avec l’Iran. Il parle aux Européens, qu’il met en garde contre l’escalade avec la Russie. Il parle aux Américains, auxquels il reproche leurs frappes contre l’Iran tout en laissant ouverte la possibilité d’un contact avec Trump. Il parle enfin à l’Ukraine, en affirmant que la Biélorussie ne veut pas ouvrir un nouveau front. Cette multiplicité des messages explique la densité de l’entretien.

Petite analyse : une offensive verbale calculée

La séquence sur Gaza aura cependant l’impact le plus immédiat. Elle placera probablement Minsk dans une nouvelle controverse avec Israël et ses soutiens. Employer le mot « Holocauste » pour décrire l’action israélienne à Gaza ne peut pas être reçu comme une simple critique humanitaire. Le terme est chargé d’une histoire précise, et son usage politique suscite souvent des accusations de relativisation ou d’instrumentalisation mémorielle. Loukachenko assume pourtant cette rupture de langage. Il cherche à frapper l’opinion et à se placer dans le camp des dirigeants qui dénoncent le plus frontalement Israël. Cette posture peut lui rapporter un écho dans certaines opinions du Sud global. Elle peut aussi renforcer son isolement auprès des pays occidentaux.

La séquence iranienne produit un autre effet. En parlant d’« erreur fatale » américaine, Loukachenko conteste la capacité de Washington à régler les crises par la force. Il suggère que les frappes poussent les États visés à se durcir, non à reculer. Cet argument s’adresse aussi à l’Iran, auquel il offre une forme de reconnaissance politique. Il correspond à la ligne de Moscou et de plusieurs pays opposés aux interventions occidentales. Mais il ne répond pas à la question centrale posée par les Occidentaux : comment garantir que Téhéran ne puisse pas franchir le seuil nucléaire militaire ? Loukachenko répond par le contrôle extérieur et la négociation. Ses critiques diront que cette réponse sous-estime la méfiance accumulée autour du programme iranien.

La partie ukrainienne montre enfin le rôle que le président biélorusse souhaite jouer. Il ne veut pas apparaître comme un simple auxiliaire de Moscou. Il veut se présenter comme l’homme qui peut parler à Poutine, rassurer Kiev et ouvrir une porte vers Washington. Cette ambition reste fragile. L’Ukraine ne considère pas la Biélorussie comme un médiateur neutre, puisque son territoire a servi à l’armée russe. Les Européens n’oublient pas la répression intérieure. Les États-Unis peuvent chercher un canal tactique, sans réhabiliter totalement Minsk. Loukachenko le sait. C’est pourquoi il multiplie les messages de paix, tout en maintenant son alignement stratégique avec la Russie.

Petite analyse. L’entretien révèle moins un virage de la politique biélorusse qu’une tentative de repositionnement. Loukachenko veut profiter d’un moment où toutes les crises semblent liées : Gaza, Iran, Ukraine, OTAN, rapports avec Washington. Il critique Israël et les États-Unis pour parler aux opinions arabes et au camp anti-interventionniste. Il parle de compromis en Ukraine pour se donner une stature de médiateur. Il promet que la Biélorussie n’entrera pas en guerre pour réduire la pression sur son propre pays. Cette combinaison peut produire un effet diplomatique, mais elle repose sur un équilibre difficile. Le dirigeant biélorusse veut être vu comme un acteur de paix sans rompre avec Moscou, et comme un interlocuteur international sans répondre aux critiques sur son pouvoir intérieur.

Le suivi de cette interview dépendra désormais des réactions israéliennes, américaines et ukrainiennes. Israël pourrait dénoncer l’usage du mot « Holocauste ». Washington pourrait ignorer les critiques sur l’Iran tout en gardant un canal discret avec Minsk. Kiev examinera surtout si les assurances biélorusses se traduisent par des mouvements militaires observables à la frontière. Dans l’immédiat, Loukachenko a replacé la Biélorussie dans une conversation internationale où son pays veut peser plus que sa taille, au moment où les guerres en cours obligent chaque capitale à rouvrir des canaux qu’elle jugeait encore fermés.

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