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Sud-Liban : l’accord Iran-USA sous tension alors que Washington commence à faire pression sur Tel Aviv

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Le Sud-Liban a connu une nouvelle nuit de bombardements et d’échanges de tirs, malgré l’annonce d’un accord attendu entre Washington et Téhéran. Mifdoun, Choukine, Rihane, Hadatha-Haris et Kfar Tebnit figurent parmi les secteurs touchés ou signalés. L’Iran menace de riposter si Israël poursuit ses attaques et maintient ses forces au Liban, tandis que les États-Unis multiplient les signaux de pression sur leur allié israélien.

Au Sud-Liban, la nuit du 16 au 17 juin a confirmé que le cessez-le-feu régional reste fragile. Des bombardements israéliens ont touché plusieurs secteurs du gouvernorat de Nabatiyé et du district de Jezzine. Des tirs de roquettes, de missiles et de drones ont aussi été rapportés autour de Kfar Tebnit, localité devenue l’un des points les plus sensibles de la ligne de contact. Le Hezbollah affirme avoir visé des soldats israéliens qui tentaient d’avancer dans le secteur. L’armée israélienne dit, de son côté, poursuivre des opérations contre des positions du mouvement chiite libanais.

Les informations disponibles restent partielles. L’Agence nationale d’information libanaise a rapporté des frappes de drones contre plusieurs véhicules à Mifdoun et à Choukine. Des médias régionaux ont aussi signalé des tirs d’artillerie sur les abords de Rihane, dans le district de Jezzine, ainsi qu’une frappe de drone contre une camionnette sur l’axe Hadatha-Haris, dans le caza de Bint Jbeil. Al-Manar a fait état de survols de drones et de raids sur des zones proches de Mifdoun, Choukine, Khiam et Chakra. Ces éléments dessinent une séquence militaire dispersée, mais suffisamment dense pour peser sur la dynamique diplomatique ouverte entre Washington et Téhéran.

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Une nuit de frappes entre Nabatiyé, Jezzine et Bint Jbeil

Le principal épisode documenté concerne Mifdoun, dans le caza de Nabatiyé. Selon l’Agence nationale d’information, un drone israélien a frappé un véhicule dans le village. Une deuxième frappe a suivi alors que des personnes s’étaient rassemblées sur les lieux. Ce type de frappe, souvent décrit comme une attaque en deux temps, accroît les risques pour les secouristes, les habitants et les journalistes qui se rendent sur place après la première explosion. Le bilan rapporté fait état de deux morts dans cette séquence.

Une autre frappe a touché Choukine, localité située non loin de Mifdoun. Là aussi, l’attaque a visé un véhicule. Deux autres personnes ont été tuées, selon les informations relayées par l’agence libanaise et reprises par plusieurs médias internationaux. Au total, au moins quatre morts et plusieurs blessés ont été signalés lors de ces frappes de drones contre trois véhicules dans le sud du pays. L’armée israélienne n’avait pas immédiatement commenté ces attaques dans les premières heures suivant leur annonce.

Le secteur Mifdoun-Choukine n’est pas anodin. Il se trouve dans un espace arrière de la ligne de front immédiate, mais proche de Nabatiyé et des axes utilisés par les habitants, les secouristes et les forces locales. Les frappes y créent une pression forte sur les mouvements civils. Elles entretiennent aussi l’idée que la zone de danger ne se limite plus aux villages directement frontaliers. Pour les familles revenues inspecter leurs maisons, cette incertitude devient un obstacle concret au retour.

Rihane, Hadatha-Haris, Kfar Tebnit : une carte de tension élargie

Plus au nord-est, des tirs d’artillerie israéliens ont été rapportés sur les abords de Rihane, dans le district de Jezzine. Ce secteur, vallonné et stratégique, relie les hauteurs de Jezzine aux approches de Nabatiyé. Il a déjà été touché à plusieurs reprises depuis l’élargissement des opérations israéliennes au printemps. Des bombardements dans cette zone indiquent que l’armée israélienne cherche toujours à maintenir une pression sur les reliefs qui dominent les routes du Sud.

Dans le caza de Bint Jbeil, une frappe de drone aurait visé une camionnette sur la route Hadatha-Haris. Les premiers rapports ne donnaient pas de bilan humain précis. L’information reste donc à manier avec prudence. Elle confirme toutefois que les drones israéliens continuent d’opérer à faible profondeur dans le territoire libanais, avec des frappes ponctuelles contre des véhicules. Cette tactique vise souvent des mouvements supposés de combattants, de matériel ou de cadres locaux, mais elle expose aussi les routes civiles à un risque permanent.

Kfar Tebnit concentre une autre dimension de la crise. Le village, situé près de Nabatiyé, se trouve au cœur d’une zone où des forces israéliennes ont progressé ces derniers jours. L’armée libanaise s’était retirée d’une position dans le secteur après une avancée israélienne à proximité. Le Hezbollah affirme avoir repoussé une tentative d’avancée israélienne vers Kfar Tebnit. Selon des médias régionaux, ses combattants ont utilisé des roquettes, des drones et des tirs directs contre des soldats israéliens présents dans la zone. Israël n’a pas reconnu une perte de contrôle de l’initiative dans ce secteur.

Le Hezbollah maintient la pression militaire

Le Hezbollah présente ses actions comme une réponse à l’occupation de portions du territoire libanais et aux frappes israéliennes. Dans ses communiqués, le mouvement insiste sur la défense des villages du Sud et sur le refus d’un cessez-le-feu qui laisserait des troupes israéliennes sur place. Cette ligne lui permet de justifier la poursuite d’opérations limitées, même dans un contexte d’accord régional annoncé entre les États-Unis et l’Iran.

Les échanges autour de Kfar Tebnit s’inscrivent dans cette logique. Le mouvement n’a pas revendiqué une attaque profonde contre le territoire israélien dans cette séquence. Il affirme plutôt viser des forces israéliennes présentes au Liban. Cette distinction est importante. Elle permet au Hezbollah de dire qu’il ne rompt pas directement la trêve régionale, tout en maintenant une pression armée contre l’occupation israélienne. Elle laisse cependant une marge d’interprétation dangereuse. Israël peut considérer ces tirs comme une menace directe contre ses soldats et répondre par des frappes plus larges.

La séquence montre donc un front encore actif, mais contenu. On ne voit pas, à ce stade, une salve massive de roquettes vers les villes du nord d’Israël. On observe plutôt des tirs localisés, des frappes de drones, des bombardements d’artillerie et des affrontements autour de points de contact. Cette configuration peut durer plusieurs jours. Elle peut aussi basculer rapidement si un bilan humain plus lourd touche des civils, des militaires israéliens ou des cadres du Hezbollah.

Israël veut conserver sa liberté d’action

Israël affirme maintenir ses opérations au Liban pour empêcher le Hezbollah de se réorganiser au sud du Litani et autour des axes dominant la Galilée. Le Premier ministre israélien a répété que l’armée resterait dans les zones jugées nécessaires à la sécurité d’Israël. Cette position contredit les attentes libanaises, iraniennes et américaines autour d’une désescalade rapide. Elle alimente surtout une ambiguïté : un cessez-le-feu peut-il tenir si l’une des parties conserve des troupes sur le territoire de l’autre ?

Pour le gouvernement israélien, la présence au Sud-Liban répond à une logique de sécurité. Elle vise à empêcher des tirs antichars, des drones explosifs ou des roquettes à courte portée contre le nord d’Israël. Pour Beyrouth, elle constitue une occupation. Pour le Hezbollah, elle justifie la poursuite de la résistance armée. Pour l’Iran, elle devient un argument dans la négociation avec les États-Unis. La même réalité militaire produit donc quatre lectures opposées.

Ce désaccord explique l’intensité des dernières heures. Les frappes contre des véhicules à Mifdoun et Choukine, les tirs sur Rihane et les affrontements autour de Kfar Tebnit ne sont pas des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans une bataille de positions avant la formalisation attendue de l’accord américano-iranien. Israël veut montrer qu’il ne se laissera pas enfermer dans un texte négocié sans lui. Le Hezbollah veut montrer que le retrait israélien reste incontournable. Washington veut éviter que ces deux lignes fassent échouer l’ensemble.

L’Iran hausse le ton sur le dossier libanais

Téhéran a choisi de placer le Sud-Liban au centre de son message. Le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé qu’une paix durable suppose la fin de l’occupation israélienne au Liban. Des responsables iraniens ont aussi averti qu’une poursuite des attaques israéliennes pourrait entraîner une réponse dure. Le message vise autant Israël que les États-Unis. Il signifie que l’Iran ne veut pas signer un accord qui serait aussitôt contredit par des bombardements au Liban.

Le Hezbollah a lui-même laissé entendre que Téhéran défendra le retrait israélien dans la phase suivante des discussions avec Washington. Le mouvement ne présente pas ce retrait comme une condition préalable formelle à la signature de vendredi. Il le décrit plutôt comme un résultat attendu du processus. Cette nuance est importante. Elle permet à l’accord de rester possible, tout en donnant à l’Iran un levier de pression après la signature.

La menace iranienne reste donc calibrée. Téhéran ne ferme pas la porte à l’accord. Il fixe une limite politique. Il affirme que la poursuite des raids israéliens ou le maintien durable des forces israéliennes au Sud-Liban seront considérés comme des violations de l’esprit de l’entente. Cette position donne à l’Iran un argument si les discussions devaient se tendre après vendredi. Elle permet aussi de rassurer le Hezbollah, qui redoute d’être marginalisé par une entente directe entre Washington et Téhéran.

L’accord Iran-USA sous contrainte de terrain

L’accord entre les États-Unis et l’Iran doit, selon plusieurs médias, être formalisé vendredi en Suisse. Il s’agirait d’un mémorandum d’entente ouvrant une période de négociation de soixante jours. Le texte viserait à stabiliser plusieurs fronts, à rétablir l’accès des inspecteurs au dossier nucléaire iranien et à organiser une levée progressive de certaines restrictions économiques. La réouverture du détroit d’Ormuz et l’assouplissement du blocus naval américain sur les ports iraniens font partie des mesures rapportées.

Dans ce cadre, le Liban occupe une place particulière. Il n’est pas le cœur technique du dossier nucléaire. Il n’est pas non plus un simple théâtre secondaire. Il est le front sur lequel l’Iran peut montrer à ses alliés que la négociation produit des gains concrets. Il est aussi le front sur lequel Israël peut tester la détermination américaine à imposer une désescalade. C’est pourquoi les frappes de la nuit ont un poids diplomatique supérieur à leur seule portée militaire.

Le risque d’un échec avant vendredi existe, mais il n’apparaît pas mécanique. Les États-Unis et l’Iran ont intérêt à préserver le canal ouvert. Washington cherche à éviter une guerre directe avec l’Iran. Téhéran veut obtenir des allègements économiques et sortir d’un isolement maritime coûteux. En revanche, un incident grave au Sud-Liban pourrait imposer un report, ou durcir les termes de la signature. Le point le plus sensible reste donc la capacité américaine à obtenir d’Israël une réduction visible de ses opérations.

Les signaux américains adressés à Israël

Washington a envoyé plusieurs signaux de mécontentement à Israël. Le cas d’Itamar Ben Gvir a attiré l’attention. Le ministre israélien de la sécurité nationale a annulé un déplacement aux États-Unis après des difficultés liées à la procédure de visa. Selon la presse israélienne, les autorités américaines lui avaient demandé de se présenter pour fournir ses empreintes biométriques. Il ne s’agit pas d’un refus officiel confirmé. Mais l’épisode a été lu comme un geste de distance envers une figure de l’extrême droite israélienne, hostile aux compromis régionaux.

Un autre signal concerne les avions ravitailleurs américains stationnés à l’aéroport Ben Gourion. Des médias ont rapporté que l’armée américaine préparait le retrait d’environ 20 % de ces appareils. Ce mouvement peut avoir une explication opérationnelle et logistique. Il peut aussi être lu comme un choix politique. Les ravitailleurs sont un outil essentiel pour des frappes longues distances. Leur retrait partiel réduit la visibilité d’un dispositif qui pouvait être interprété comme une préparation à une confrontation directe avec l’Iran.

Ces gestes ne signifient pas une rupture entre Washington et Israël. L’alliance militaire reste solide. Mais ils montrent que les États-Unis veulent limiter leur exposition. Ils ne veulent pas être entraînés dans une séquence où Israël frapperait le Liban ou l’Iran au moment même où Washington tente de signer un accord. La levée rapportée du blocus sur les ports iraniens va dans le même sens. Elle indique que l’administration américaine privilégie désormais un mécanisme de détente, même limité et réversible.

Un sabotage ou une stratégie de pression ?

La question politique est posée avec insistance : Israël cherche-t-il à saboter l’accord entre Washington et Téhéran ? Les faits ne permettent pas de l’affirmer comme une certitude. Ils permettent en revanche de constater que les opérations israéliennes au Sud-Liban compliquent directement la séquence diplomatique. Chaque frappe donne à l’Iran un motif de protestation. Chaque avancée israélienne donne au Hezbollah un argument pour poursuivre ses attaques. Chaque incident oblige les États-Unis à arbitrer entre leur allié israélien et leur objectif de désescalade avec l’Iran.

Israël peut considérer qu’il agit avant tout pour préserver sa sécurité. Son gouvernement estime que le Hezbollah ne doit pas profiter de l’accord pour revenir au contact de la frontière. Il refuse aussi de laisser l’Iran présenter la trêve comme une victoire régionale. Cette lecture conduit à des frappes préventives, à des contrôles de terrain et à une volonté de conserver des positions. Mais l’effet politique de cette stratégie est clair : elle rend l’accord plus fragile.

Pour Washington, l’enjeu consiste donc à transformer la pression en discipline. Les États-Unis peuvent pousser Israël à limiter les frappes, à éviter les zones densément peuplées et à accepter une discussion sur un calendrier de retrait. Ils peuvent aussi conditionner certaines facilités militaires ou diplomatiques. Les signaux autour de Ben Gvir et des ravitailleurs montrent que cette pression existe. Ils ne prouvent pas encore qu’elle suffira.

Le Liban, variable exposée de la négociation

Le Liban reste l’acteur le plus exposé et le moins maître de la séquence. Son gouvernement demande le respect de sa souveraineté, le retrait des forces israéliennes et le retour à un cadre de sécurité international. Mais il doit composer avec un Hezbollah armé, une armée nationale affaiblie par la crise économique et une population déplacée par des mois de guerre. Les autorités libanaises ont déjà appelé les habitants à ne pas revenir trop vite dans certaines zones, faute de garanties de sécurité.

La situation humanitaire pèse lourd. Les destructions dans le Sud, à Nabatiyé et dans plusieurs villages rendent le retour difficile. Des habitations sont inhabitables. Les réseaux d’eau et d’électricité restent fragiles. Les routes demeurent exposées aux drones. Les habitants qui retournent à Mifdoun, Choukine, Kfar Tebnit ou dans les localités proches de la frontière ne retrouvent pas une paix établie. Ils retrouvent un espace suspendu entre cessez-le-feu annoncé et violence résiduelle.

C’est cette réalité qui peut peser sur vendredi. Si les frappes diminuent dans les prochaines heures, les négociateurs pourront présenter les incidents comme des violations limitées, appelées à être traitées dans la phase suivante. Si les bombardements se poursuivent autour de Nabatiyé, Jezzine et Bint Jbeil, l’Iran pourra demander des garanties plus fortes. Les États-Unis devront alors choisir entre une signature rapide et un texte plus contraignant pour Israël. Sur le terrain, les drones ont continué de survoler le Sud au matin.

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