Sauvez le Sergent Kevin Vickers par Jean Marie Kassab

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Faire un bilan positif  de la planète a toujours été une tache quelque peu difficile. Il y a toujours  une guerre qui se déroule quelque part, une crise économique qui pointe du nez ailleurs  ou un conflit d’intérêt entre deux pays qui présagerait un conflit. Il y toujours eu  une famine qui menace une population, ou une sècheresse qui décime des milliers de pauvres gens. De tous temps aussi il y eu des  fanatiques qui n’acceptent pas que d’autres  pensent différemment qu’eux ou vénèreraient  un  dieu autre que le leur,  quittes à abuser du fil de l’épée pour imposer leur croyance. Toutes les religions en abusèrent sans exception et firent même trancher les têtes de leurs propres fils une fois l’ennemi  exterminé, toujours avec la prétendue bénédiction de l’Eternel. Sauf que souvent ces fanatiques sont simplement l’instrument d’ambitions politiques savamment escamotées par leurs commanditaires aux ambitions souvent douteuses.

Tenez par exemple, Daesh , on en a fait ce qu’on veut du moment que ça choque et que ça fasse  les intérêts de tout le monde. Créer l’ennemi parfaitement haïssable fut une belle réussite. La religion au service des intérêts politiques, un art qui date depuis l’antiquité.

Ainsi fut construite notre société et le sera pour pas mal de siècles à venir. Bien que tout prête à dire que la science serait actuellement en instance  de faire très prochainement des bonds énormes et transformer notre façon de vivre ,  la nature de l’homme elle, demeurera probablement  la même. Cupidité et avidité semblent faire partie de notre patrimoine génétique et seraient même ravivées par cette abondance de richesses à une époque  où tout le monde veut encore plus de tout, tout en voulant travailler moins. Il est évident que ces remarques ne s’appliquent  pas au tiers monde où la pauvreté ne fait que sévir et les ressources manquent cruellement. Mais aborder ce déséquilibre dans la distribution des richesses et les causes de cette inégalité exigerait des milliers de pages d’analyse et seraient hors du sujet.

Si nous sommes d’accord que la nature de l’être humain n’a pas changé depuis la nuit des temps, l’unique explication à cet étalage de scandales et de méfaits serait du à ce flot  d’informations qui nous inonde de partout, et inlassablement il faut dire. Rien de nouveau sous le soleil, sauf que maintenant on en est informé quasi instantanément et à profusion.

 Si dans le temps la planète comptait quelques milliers de medias qui employait l’équivalent en journalistes et reporters aguerris, le monde compte bien actuellement un milliard de reporters autoproclamés : chaque porteur de téléphone cellulaire équipé de camera en est devenu un,  de facto. Chaque trafic sur la toile est exposé à des yeux scrutateurs et souvent malveillants.  On ne peut plus cacher grand-chose. Cela est bon et mauvais en même temps. Bon puisque les magouilleurs ne sont plus  à l’abri dans  leurs grand palais. Mauvais parce  que    l’information est devenue incontrôlable, invérifiable et souvent insoutenable. Donnez l’accès à l’Internet à n’importe quel mauvais plaisant et il vous sortira les inepties les plus psychédéliques en deux minutes, vous soumettra trois images truquées,  et des « preuves » que les extra-terrestres sont là. Mais là où le bât blesse, c’est que l’imbécile en question pourrait trouver des millions d’âmes crédules qui pourraient croire  ses sorties, du simple fait « que vu online » voudrait dire « c’est vrai ! ».

Le principe dit qu’il ne faut pas tuer le messager comme l’a bien prôné Shakespeare dans une de ces pièces et se concentrer sur le message. Mais à lire les messages, soient-ils de provenance wikileaks , ou les Panama Papers, le monde semble être pourri jusqu’aux os. Mais ça, ne le savait pas-t-on déjà ? La corruption n’est pas née d’hier. Crassus, un des plus grands généraux de Jules César devint immensément riche et ne se contenta jamais de  son solde de tribun.   Laurent de Médicis  se servit amplement dans les coffres de Florence pour devenir Magnifique, et mériter son sobriquet. Les avoirs  du russe Yelstin furent  évalués à un certain moment à deux milliards de dollars.  Hosni Moubarak, Kadhafi,  Assad père et fils, Ben Ali et la liste est interminable  ont sans honte aucune puisé dans les    finances de leurs pays.

Si la corruption est née depuis longtemps, les nations avaient par contre une dignité propre à eux, et c’est la perte de cette dignité proprement dite qui devient inquiétante.

La première question que Jean-Pierre Elkabbach et David Pujadas , illustres journalistes Français  posèrent au président Iranien Rouhani en prévision de sa visite à Paris fut significativement : « Qu’amenez-vous comme contrats dans votre besace Monsieur le Président ? ». Ensuite vinrent les questions « moins essentielles ». Les Italiens ( que l’âme de ma mère me pardonne) ne furent pas moins carpettes : En vue d’amadouer le même Rouhani, ils couvrirent  « Ces seins qu’on ne saurait voir. Par de pareils objets, contrats pourraient être affectés, et cela fait venir de coupables budgets   ».  Des seins sculptés avec amour depuis  des siècles par les plus illustres artistes du monde.

Durant la crise de l’Ukraine , et suite aux menaces de boycott  lancées par l’Europe et les Etats-Unis contre l’agresseur russe, les banquiers britanniques, censés avoir vécu le nationalisme hors-pair de l’immense Churchill qui avait ébranlé le monde avec son « We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender » firent pression sur leur gouvernement pour ne pas mettre en danger les dépôts de la mafia russe dans leurs coffres-forts. Cette liste aussi est interminable.

En somme quand même  la dignité des peuples devient si précaire, s’attendre à ce que leurs leaders soient des monuments d’intégrité devient un espoir illusoire.

Quand en 2014 le terroriste  Michael Zehaf-Bibeau  pénétra dans l’enceinte du parlement canadien pour déchainer encore plus sa fureur sur des innocents après avoir abattu une première victime, il se retrouva nez à nez avec  le sergent Kevin Vickers  qui l’abattit d’un coup de feu  et sauva un grand nombre de gens d’un geste ferme  . Zehaf-bibeau  ne s’attendait pas à ce que cet homme d’un certain âge, supposément censé tout simplement s’habiller d’une toge,  porter un sceptre doré et parader avant de donner le coup d’envoi aux sessions parlementaires, soit aussi ferme et efficace. Zehaf-Bibeau mourût abasourdi devant tant d’héroïsme.

Vickers refusa tout honneur en répondant à ceux qui  s’extasiaient devant sa bravoure qu’il avait tout naturellement fait son devoir. Il dédaigna les dizaines de demandes d’interviews soient-elles par CNN ou ABC ou tout autre media de ce calibre. Il ne prit même pas la peine de lire les offres de biographie à coups de millions de dollars mises entre ses mains.

Quand les parlementaires canadiens le jour suivant lui faire une standing ovation de dix minutes, il se contenta d’acquiescer du menton, puis une fois le mois terminé après cet acte d’héroïsme, il empocha son salaire modeste de  fonctionnaire.

Comme quoi on peut faire son boulot et assumer son devoir sans piller le trésor. Comme quoi l’honneur n’a pas de prix. Comme quoi le monde a besoin de gens comme cet homme. Comme quoi tout espoir ne serait  pas perdu.

Quand Spielberg tourna son « Sauvez le soldat Ryan », il voulut dire que pour que l’humanité ne se perde pas, il faut des fois sauver un seul homme.

Messieurs Dames, s’il y aurait quelqu’un qu’il faudrait sauver c’est bien cet homme. S’il vous plait,   sauvez le Sergent Kevin Vickers ou notre civilisation serait perdue.

Jean-Marie Kassab

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