“Ma sœur citoyenne” de Renée Rizk, un livre très inspirant

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C’était il y a 40 ans… C’était le début de la guerre au Liban.

Les violences s’amplifient. Embuscades, guérilla urbaine entre kalachnikov et M-16, tirs de francs-tireurs non identifiés sont bientôt suivis par l’entrée en lice de canons et de lance-roquettes.
Pourtant, rien n’arrête Renée Rizk dans la mission de sauvetage des âmes qu’elle s’est fixée.

En effet, Renée Rizk faisait régulièrement face aux défis de la guerre pour s’exprimer quotidiennement, dans une émission « Ma sœur citoyenne » effectuée depuis la station de radio Voix du Liban (VDL), afin d’adresser à toutes les femmes Libanaises,  que ce soit aux mères, aux épouses ou aux jeunes filles, des messages d’encouragement  et de réconfort pour rester fortes en ces jours de grands drames.

Renée Rizk avait cette sensibilité et ce souci d’encourager, et de ‘porter’ les citoyens Libanais dans ces moments pénibles. Elle a encouragé les femmes Libanaises à surmonter leur peurs et à soutenir les hommes afin qu’ils persévèrent dans les épreuves.  En comparant les combattants Libanais aux héros, elle identifiait leurs mères aux femmes Spartiates qui emmenaient leurs enfants dès leur plus jeune âge aux champs de bataille pour qu’ils s’y entrainent.

De ce fait, on avait l’impression que les messages qu’envoyait Renée Rizk à ses sœurs citoyennes ressemblaient à un plan de guerre ou les guerrières seraient  positionnées chacune en fonction de sa mission : que ce soit de préparer à manger aux soldats, ou de quitter l’abri de la maison pour rejoindre les dispensaires  afin d’aider à guérir les blessés, ou même de remplacer leurs robes du soir par  des uniformes  de combattantes.

Renée Rizk se rappelle avec nous de ce précédent historique qui eut lieu lors de l’arrestation des héros de l’indépendance  Libanaise au centre-ville à Beyrouth et où suite à une rencontre entre une marche de femmes chrétiennes et une marche de femmes musulmanes, ces dernières avaient remonté leurs voiles à l’arrière de la tête pour exprimer à l’ armée d’occupation qu’elles étaient avant tout,  des femmes libanaises qui se rassemblent, sous le drapeau de l’unité et l’indépendance de leur pays, le Liban.

Quand elle a dû quitter avec son mari et ses six jeunes enfants sa maison à Achrafieh face aux bombardements, Renée Rizk a fait en sorte de prendre avec elle les lettres qu’elle écrivait pour son émission et les albums de photos familiales, deux biens qu’elle considérait irremplaçables de par leur valeur émotionnelle.

Quatre décennies plus tard, ce n’est qu’en les retrouvant  dans le tiroir à lettres où elle les avait gardées bien précieusement, que Renée Rizk s’est rappelée avec nostalgie du ton fraternel que ses messages contenaient et a décidé de les publier car  le Liban est toujours confronté à la violence, aux risques et aux défis et qu’il est en train de faire face à des crises qui menacent son union et son entité . Surtout que la violence des discours politiques est en hausse pendant que les timbres de la fraternité  sont en train de baisser.

Ce fut dans le cadre d’une rencontre d’amitié à l’hôtel Le Gabriel à Achrafieh, et en présence d’une large et dense assistance culturelle et sociale dont  madame Nayla Moawad, madame Mona Hrawi, madame Leila El Solh Hamadé, l’ambassadeur Georgine Mallat, Princesse Hayat Arslan, Dr. May Chidiac, et madame Loubna Obeid que Renée Rizk a offert son livre « Ma sœur citoyenne ».

La première intervention fut celle de Renée Rizk qui déclara « Comme je suis heureuse après quatre décennies que nous nous souvenions et rappelions les sacrifices de la femme libanaise qui a contribué à la sauvegarde de la Patrie et eut un rôle actif dans l’affrontement du défi historique du Liban civilisé, reposant sur le pluralisme, le respect du droit à la différence et l’égalité des hommes. Ce livre porte le titre de Ma sœur citoyenne, que j’avais choisi en ce temps là pour m’adresser à la femme libanaise quelle que soit sa région et son appartenance… »

Puis ce fut Mona Khawli, directrice exécutive de la Fédération Nationale de l’Association des Jeunes Femmes Chrétiennes (YWCA) qui prit la parole : « Le message de Ma sœur citoyenne nous parvint à travers les ondes défiant les frontières et les francs-tireurs, pour unifier les rangs de l’association des jeunes chrétiennes, le christianisme non point dans son sens confessionnel mais dans ses valeurs de foi, d’éthique et d’humanité».

La rencontre fut animée par le journaliste Milad Hadchiti, qui souligna  l’importance de ce livre pour faire connaitre les événements de l’époque et assurer la transmission aux nouvelles générations de la société libanaise face à cette épreuve collective, notamment en ce qui concerne le rôle actif de la femme. En clôture, le livre fut offert aux personnes présentes.

Il est très important de se rappeler que la sœur citoyenne de Renée Rizk a toujours été la fille absolue du pays. Elle n’appartient pas à une certaine région ou secte ou parti. Et les messages de Renée Rizk nous rappellent que la vraie solidarité, celle qui tisse les liens si fructueux entre les peuples, passera toujours d’abord par la mobilisation et l’implication de citoyens et citoyennes épris de justice et d’équité.

Même aujourd’hui, ses lettres nous poussent à continuer, sans relâche, à bâtir et à édifier un monde plus juste avec la même ferveur qu’il y a 40 ans.

Si les années de la guerre Libanaise  furent celles de l’indignation, nous souhaitons plus que tout, que les années à venir soient  celles de l’engagement pour un Liban uni.

Par Bouchra Doueihy 

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Avocate à la cour, humaniste et adepte de la course de fond, cofondatrice de l’association Libanaise Women in Law Power –WILPower qui promeut le développement professionnel des femmes juristes, avocates, et étudiantes en droit au Moyen-Orient et dans la région du Golfe