Aujourd’hui nous « célébrons » le 13 avril 1975, date funeste pour le Liban, date du début d’une terrible histoire, celle d’un conflit fratricide. En réalité, nous ne célébrons même pas cette date. Ce n’est pas un jour de commémoration, on ne rend ni hommage aux victimes, morts, disparus toujours disparus, nous nous en souvenons même pas. Il n’y a aucune « fête » officielle, des morts pour rien, nous nous souvenons ni des martyrs de cette histoire pas si passée, nous nous efforçons de refaire même les mêmes erreurs.

A chaque jour sa misère.

Et pour cause, nous n’accordons aucune place à notre Histoire commune. Le Libanais est fait d’histoires multiples, communautaires, chacun a ses héros, ils sont morts, il ne reste que des zéros que nous célébrons aujourd’hui, chaque jour, comme une misère.

Le Liban aujourd’hui est un pays sans avenir parce qu’ayant oublié son passé, un pays confessionnel qui n’a jamais su dépasser les frontières de ses communautés ou comme on dit pudiquement de ses sectes religieuses, parce qu’il s’agit bien de sectes en raison du caractère limitatif qui contredit la notion d’une nation libanaise. Voila les Chrétiens sur le ring de droite trop occupés à pinailler sur qui est le plus beau et le plus fort; les Sunnites, les Chiites, sur le ring de gauche, pardon ils s’entretuent déjà, tandis que les Druzes jouent comme à leurs habitudes le rôle d’arbitre. Diviser pour régner en quelque sorte.

Le véritable libanais est mort en 1975, on aurait pensé que tous les évènements passés l’auraient ressuscité. Il n’en a rien été, les sectes religieuses ont poussé ceux qui se réclament d’une certaine « libanité » à se tourner vers l’étranger, quémandant les miettes d’un pouvoir politique parfois, le plus souvent mendiant monnaie sonnante et trébuchante, ils y ont même vendu les pierres témoins de leur histoire longtemps passée et même contemporaine. Notre Mémoire a été rasée au sens propre alors que les plaies n’ont jamais été pansées. Ils ont vendu leur mère patrie aux étrangers.

L’Histoire moderne ne peut être écrite sur les livres d’Histoire et pour cause, l’Histoire est un passé, simple ou composé, mais devenu tellement complexe pour ce pays qu’on ne peut l’assumer. Chacun a son histoire, faite de drames, de lutte, les uns contre les autres. Un simple manuel d’Histoire se retrouve être à l’origine de nouvelles batailles, mais il ne s’agit pas d’Histoire en réalité, mais d’une continuité. On n’a jamais su assumer les schémas des conflits perdurent aujourd’hui. La guerre qui a débuté un certain 13 avril 1975 ne s’est en fait jamais terminée, elle perdure aujourd’hui, les flammes sont des taisons qui n’attendent une brise qu’elle soit du Sud ou du Nord, de l’Ouest ou de l’Est, pour être rallumées.

Vous me jugerez un peu pessimiste, mais peut-on encore être optimiste dans ce pays, où les meilleurs ont fini par perdre espoir, ce n’est plus en attendant Godot qu’on pourrait faire changer les choses, mais peut-être déjà en prenant notre destinée en main sans demander aux autres ce qu’il en adviendra.

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