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Banque du Liban : 6,1 milliards versés avec décote

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La Banque du Liban a publié lundi un communiqué consacré aux circulaires de base 158 et 166, deux mécanismes qui organisent depuis plusieurs années des retraits encadrés pour les déposants privés de libre accès à leurs comptes. L’institution affirme avoir versé, avec les banques commerciales, 6,109 milliards de dollars jusqu’à la fin de mars 2026. Ce montant confirme l’ampleur des paiements effectués, mais il rappelle aussi la nature inachevée du dossier : les dépôts restent soumis à des plafonds, à des conditions et à un calendrier imposé.

La dépêche de la banque centrale intervient dans un contexte toujours marqué par les restrictions bancaires apparues après octobre 2019. Des centaines de milliers de résidents et de non-résidents n’ont pas retrouvé la libre disposition de leurs fonds, en particulier ceux libellés en devises étrangères. La Banque du Liban présente donc les circulaires comme un outil d’urgence sociale et économique, dans l’attente d’une réforme bancaire complète. Mais cette solution demeure partielle. Elle permet des remboursements réguliers, sans rétablir le droit normal d’accès aux dépôts.

Un mécanisme d’urgence prolongé

Dans son communiqué, la Banque du Liban rappelle que la crise bancaire a entraîné des restrictions sur les dépôts et empêché les épargnants de gérer librement leurs avoirs. Elle souligne que cette situation touche aussi bien les résidents que les Libanais de l’étranger. L’institution explique avoir agi dans le cadre de ses prérogatives, en utilisant l’instrument juridique dont elle dispose : les circulaires.

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La circulaire 158 a été adoptée par la décision de base 13335 du 8 juin 2021. La circulaire 166 a été adoptée par la décision de base 13611 du 2 février 2024. Les deux textes visent à donner aux déposants un accès mensuel à des liquidités en dollars. Selon la banque centrale, ils assurent ensemble plus de 2,5 milliards de dollars par an en espèces.

Ces paiements ne s’inscrivent toutefois pas dans une restitution libre et immédiate des dépôts. Ils relèvent d’un mécanisme administré, conçu pour répondre à l’urgence en attendant des lois toujours absentes. La Banque du Liban cite elle-même la nécessité d’un plan intégré de stabilité financière, de réformes bancaires, de textes sur l’assainissement du secteur et d’un cadre de restitution des dépôts. Cette mention montre que les circulaires restent une solution transitoire, même si elles se prolongent depuis plusieurs années.

Le financement provient des placements obligatoires des banques commerciales auprès de la Banque du Liban. L’institution précise que ces fonds sont considérés, en droit et en fait, comme appartenant aux déposants. Cette phrase est essentielle. Elle signifie que les paiements ne résultent pas d’une recapitalisation nouvelle du système bancaire. Ils mobilisent une partie des ressources liées aux dépôts pour restituer progressivement des liquidités aux déposants eux-mêmes.

Les chiffres publiés par la Banque du Liban

Le communiqué donne un bilan détaillé des paiements à la fin de mars 2026. Au total, 578 770 déposants ont bénéficié des circulaires 158 et 166. Parmi eux, 266 166 ont récupéré l’intégralité de leurs avoirs dans le compte spécial concerné par ces dispositifs. Cela représente 46 % des bénéficiaires annoncés par la Banque du Liban.

L’institution indique aussi que 610 624 demandes ont été présentées pour bénéficier des deux circulaires à la date du communiqué. L’écart entre les demandes et les bénéficiaires montre que des dossiers restent encore en traitement, ou que certains ne remplissent pas toutes les conditions requises. La banque centrale ne détaille pas les demandes refusées, suspendues ou incomplètes.

Donnée publiéeChiffre
Paiements cumulés à fin mars 20266,109 milliards de dollars
Part de la Banque du Liban4,183 milliards de dollars
Part des banques commerciales1,926 milliard de dollars
Déposants bénéficiaires578 770
Déposants ayant soldé le compte spécial266 166
Demandes présentées610 624
Paiements de mars 2026240,4 millions de dollars
Paiements de février 2026242,2 millions de dollars

Les paiements mensuels ont légèrement reculé entre février et mars 2026. Ils sont passés de 242,2 millions de dollars à 240,4 millions de dollars, soit une baisse de 1,8 million de dollars, ou 0,73 %. La Banque du Liban précise que les banques commerciales ont assumé 28,36 millions de dollars sur la mensualité de mars. Cela représente 11,80 % du total versé ce mois-là.

La part de la banque centrale dans le paiement de mars atteint donc 88,2 %. Sur l’ensemble des paiements réalisés jusqu’à fin mars, elle a financé 4,183 milliards de dollars, soit 68,46 % du total. Les banques commerciales ont financé 1,926 milliard de dollars, soit 31,54 %. Cette répartition confirme le rôle central de la Banque du Liban dans le maintien du mécanisme, alors que le secteur bancaire reste incapable de restaurer un accès ordinaire aux comptes.

Une restitution partielle, avec décote de fait

Le communiqué met en avant une donnée favorable aux petits déposants. Selon la Banque du Liban, tous les bénéficiaires de la circulaire 158 depuis le 1er juillet 2021 dont les dépôts étaient égaux ou inférieurs à 40 200 dollars ont récupéré l’intégralité de leur épargne à la fin d’avril 2026. Cette information est importante pour les ménages modestes concernés. Elle montre que le mécanisme a permis de solder une partie des comptes les moins élevés.

Elle ne signifie pas pour autant que la crise des dépôts est réglée. Le remboursement porte sur des comptes ou des montants entrant dans les conditions des circulaires. Il ne restitue pas aux déposants la pleine liberté bancaire perdue depuis 2019. Les comptes plus importants, les soldes non couverts, les modalités de traitement des pertes et les conditions finales de remboursement restent dépendants d’une réforme qui n’a pas encore abouti.

C’est dans ce cadre qu’il faut parler de décote. Elle n’est pas annoncée officiellement par la Banque du Liban sous la forme d’un taux uniforme. Mais elle existe dans les faits lorsque l’accès aux fonds reste plafonné, étalé et soumis à des règles exceptionnelles. Un dollar récupéré après plusieurs années, par mensualités et sous conditions, n’a pas la même valeur économique qu’un dollar librement disponible au moment où le déposant en avait besoin.

La décote est donc autant une question d’accès que de montant. Pour certains déposants, le mécanisme permet de récupérer la totalité du compte spécial ouvert dans le cadre des circulaires. Pour d’autres, il ne donne accès qu’à une fraction des avoirs déposés dans le système bancaire. Le communiqué ne précise pas le volume total des dépôts encore bloqués ni la part qui pourrait rester non récupérable dans une future restructuration.

La Banque du Liban présente les paiements comme un soutien aux déposants et à l’économie locale. Cette lecture n’est pas fausse : les sommes versées financent des dépenses de santé, d’éducation, de logement et de consommation courante. Mais elles ne doivent pas être confondues avec un retour à la normale. Le système bancaire continue de fonctionner avec des règles d’exception, et les déposants restent placés dans une situation d’attente.

Des réserves obligatoires utilisées pour payer les déposants

Le point le plus sensible du communiqué concerne la source des fonds. Les circulaires sont financées par les réserves obligatoires des banques commerciales déposées auprès de la Banque du Liban. Ces réserves proviennent du système bancaire et sont liées aux dépôts. Leur utilisation permet de soutenir les paiements, mais elle ne règle pas la question de la responsabilité des banques, de la Banque du Liban et de l’État dans l’accumulation des pertes.

Ce mécanisme a un avantage immédiat. Il met des dollars en espèces à la disposition de centaines de milliers de ménages. Il réduit la pression sociale et entretient un minimum de circulation monétaire. Dans une économie fortement dollarisée, ces liquidités jouent un rôle direct dans la vie quotidienne. Elles permettent à des familles de couvrir des frais urgents alors que les revenus restent fragiles.

Mais le mécanisme a aussi une limite. Il ne remplace pas une restructuration des bilans bancaires. Il ne dit pas quelles banques sont viables, quels établissements doivent être recapitalisés ou résolus, ni comment les pertes seront réparties. Il ne fixe pas non plus un calendrier global pour l’ensemble des déposants. La Banque du Liban reconnaît implicitement cette limite en rappelant que les circulaires sont mises en œuvre dans l’attente des lois nécessaires.

La contribution des banques commerciales reste également observée. En mars, leur part représente moins de 12 % des paiements mensuels. Au cumul, elle atteint un peu plus de 31 %. Ces chiffres ne suffisent pas à mesurer leur capacité réelle à participer davantage, mais ils montrent que la charge immédiate repose majoritairement sur la banque centrale. Pour les déposants, cette situation entretient une question centrale : les banques assument-elles suffisamment leur rôle dans la restitution des fonds ?

Une crise bancaire toujours sans cadre final

La dépêche de la Banque du Liban s’inscrit dans un débat plus large sur la sortie de crise. Depuis 2019, le Liban n’a pas adopté de solution complète permettant de garantir les petits déposants, de répartir les pertes, de restructurer les banques et de rétablir un fonctionnement normal du crédit. Les circulaires 158 et 166 ont donc pris une place disproportionnée. Elles sont devenues l’outil principal de restitution, alors qu’elles n’étaient pas conçues pour remplacer une réforme bancaire.

Cette situation pèse sur la confiance. Une banque fonctionne parce qu’un déposant croit pouvoir récupérer son argent lorsqu’il en a besoin. Au Liban, cette relation a été rompue. Les paiements mensuels réduisent une partie de la colère, mais ils ne restaurent pas entièrement la confiance. Beaucoup de Libanais continuent de conserver leurs liquidités hors des banques ou de limiter leurs opérations bancaires au strict nécessaire.

Le communiqué cherche à montrer une continuité et une capacité de paiement. Il confirme que les versements se poursuivent et que plusieurs centaines de milliers de déposants en ont bénéficié. Il donne aussi des chiffres précis sur la répartition entre la Banque du Liban et les banques. Ces données sont utiles. Elles permettent de suivre l’évolution des paiements et de mesurer l’effort déjà consenti.

Mais l’information centrale reste ailleurs. Les 6,109 milliards de dollars versés ne disent pas combien le système bancaire doit encore aux déposants. Ils ne disent pas quelle part des comptes sera finalement restituée. Ils ne disent pas non plus si la future loi reconnaîtra explicitement une décote, protégera entièrement les petits déposants ou imposera une contribution plus forte aux actionnaires et aux banques. Ces questions demeurent ouvertes.

Un soulagement réel, une solution incomplète

Pour les bénéficiaires, les circulaires ont un effet concret. Les montants reçus chaque mois peuvent représenter la différence entre une dépense possible et une dépense reportée. Dans un pays où les prix des soins, de l’éducation, de l’énergie et du logement restent élevés, l’accès aux dollars en espèces a une portée sociale importante. La Banque du Liban insiste sur cette dimension lorsqu’elle parle de soutien aux déposants, à leur capacité financière et à l’économie locale.

Cette dimension sociale explique pourquoi les circulaires restent défendues par l’institution. Un arrêt brutal des paiements provoquerait un nouveau choc pour les ménages concernés. Il aggraverait la crise de confiance et pèserait sur la consommation. La poursuite du mécanisme évite donc une rupture. Elle donne aussi au pouvoir politique du temps pour avancer sur les textes de réforme.

Mais ce temps n’a de valeur que s’il conduit à un règlement. Plus les circulaires durent, plus elles risquent de devenir la seule politique publique de restitution des dépôts. Or elles ne répondent pas aux questions de fond. Elles ne remplacent pas une hiérarchie des pertes. Elles ne définissent pas le traitement des grands dépôts. Elles ne réparent pas l’ensemble des bilans bancaires. Elles ne rétablissent pas, à elles seules, la crédibilité du système financier.

Le communiqué de la Banque du Liban peut donc être lu à deux niveaux. À court terme, il confirme que les paiements se poursuivent et que les petits déposants éligibles ont été en partie mieux servis. À moyen terme, il rappelle l’absence d’une solution globale. Le pays continue de gérer une crise bancaire majeure par retraits encadrés, financés largement par les réserves obligatoires, alors que la question de la décote finale reste suspendue.

Cette attente entretient aussi une inégalité entre déposants. Ceux dont les montants entraient dans les plafonds ont pu récupérer plus vite une partie ou la totalité du compte spécial. Ceux dont les avoirs dépassent ces seuils restent exposés à une incertitude plus longue. Les non-résidents, les retraités, les familles ayant vendu un bien ou les petites entreprises qui conservaient une trésorerie en banque ne sont pas tous dans la même situation. Le communiqué donne un bilan agrégé, mais il ne montre pas ces différences de trajectoire.

Le prochain enjeu se situe désormais du côté du gouvernement et du Parlement. La Banque du Liban affirme continuer à payer dans le cadre des circulaires existantes. Les déposants attendent, eux, un cadre légal qui transforme ces restitutions partielles en trajectoire complète de sortie de crise. Tant que ce cadre n’est pas adopté, les chiffres mensuels continueront de mesurer un soulagement réel, mais aussi la persistance d’un droit d’accès aux dépôts toujours incomplet.

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