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Dario Escobar, l’ermite colombien qui fit du Liban sa dernière patrie n’est plus

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Il était venu de très loin pour disparaître du monde, mais le Liban avait fini par le reconnaître comme l’un des siens. Le père Dario Escobar, prêtre colombien devenu ermite maronite dans la vallée de Qannoubine, est décédé à l’âge de 92 ans, après une vie placée sous le signe du dépouillement, de la prière et d’un attachement profond à la tradition monastique libanaise.

Né en Colombie en 1934, le père Dario Escobar avait quitté une existence qui aurait pu être confortable pour suivre une voie radicalement différente. Plusieurs récits consacrés à sa vie rappellent qu’il était issu d’un milieu aisé et qu’il avait renoncé à la fortune familiale pour entrer dans les ordres. Sa trajectoire l’avait conduit d’Amérique latine aux États-Unis, puis au Liban, où il avait trouvé, dans les falaises de la vallée sainte, le lieu d’une vocation devenue définitive.  

Un homme venu de Colombie pour habiter la vallée sainte

La Qadisha n’est pas un simple décor. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO avec la forêt des Cèdres de Dieu, elle est l’un des grands paysages spirituels du Liban, marqué par les monastères rupestres, les grottes de prière, les ermitages et la mémoire des communautés chrétiennes qui y trouvèrent refuge au fil des siècles.  

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C’est dans cette vallée que le père Dario Escobar avait choisi de vivre. Il passa d’abord par le monastère de Kfifan, puis par celui de Saint-Antoine de Qozhaya, avant de s’installer dans l’ermitage de Notre-Dame de Hawqa, près de Qannoubine. Cette progression dit beaucoup de son itinéraire : non pas une retraite touristique ou romantique, mais une entrée progressive dans une forme de vie exigeante, faite de silence, de pauvreté volontaire et de fidélité quotidienne.  

À Hawqa, son nom était devenu familier aux habitants, aux marcheurs, aux pèlerins et aux visiteurs de passage. Le père Dario n’était pas un ermite coupé de toute humanité. Il vivait à l’écart, mais il accueillait. Il priait longtemps, mais il parlait volontiers. Ceux qui l’approchaient décrivaient un homme simple, parfois malicieux, capable de passer d’une méditation profonde à une remarque pleine d’humour. National Geographic, qui lui avait consacré un portrait en 2017, le présentait comme un moine maronite colombien installé depuis dix-sept ans dans ce sanctuaire accroché à la montagne.  

Une pauvreté choisie, non subie

Dans un pays souvent déchiré par les fractures politiques, les crises économiques et les guerres, la figure du père Escobar avait quelque chose d’inactuel. Il ne cherchait ni tribune, ni influence, ni reconnaissance. Son message tenait dans une vie : quitter l’excès, réduire les besoins, habiter un lieu, prier, cultiver, lire, recevoir ceux qui montaient jusqu’à lui.

Cette pauvreté n’était pas une posture. Les récits anciens le montrent vivant dans une cellule austère, avec peu d’objets, un quotidien scandé par la prière, le travail manuel et la lecture. En 2009, alors qu’il vivait depuis neuf ans dans son ermitage, il expliquait que celui qui goûte à cette vie « n’en voudrait pas d’autre ». Cette phrase résume sa liberté intérieure : le renoncement, chez lui, n’était pas une perte, mais un choix.  

Il faut aussi rappeler ce que sa présence signifiait pour le Liban. Le père Dario Escobar n’était pas libanais par naissance. Il l’est devenu par fidélité. Il avait adopté le rite maronite, la vallée, ses pierres, ses sentiers, ses silences et ses habitants. Sa vie racontait une vérité que le pays oublie parfois : le Liban n’est pas seulement un territoire de crises. Il reste aussi une terre d’attrait spirituel, capable d’appeler à elle des hommes venus de l’autre bout du monde.

Le dernier silence d’un veilleur

L’annonce de sa mort a aussitôt pris une dimension particulière dans le nord du Liban. Plusieurs médias libanais ont parlé de la perte du « reclus de Qannoubine », soulignant que la vallée sainte perdait l’une de ses figures les plus connues. Le communiqué relayé par la presse précise que la prière pour le repos de son âme sera célébrée mercredi 20 mai 2026 à 16 heures au monastère Saint-Antoine le Grand de Qozhaya, avant son inhumation dans le cimetière du monastère.  

Sa disparition ne met pas seulement fin à une biographie singulière. Elle ferme une présence. Dans la vallée, certains ermites deviennent presque des points de repère, comme une cloche, un sentier ou une chapelle. Ils ne font pas l’actualité, mais ils donnent au paysage une densité humaine. Le père Dario Escobar faisait partie de ces présences discrètes qui rappellent qu’un pays se mesure aussi à ceux qui y prient en silence.

Le Liban, qui a souvent vu partir ses enfants, aura donc accueilli jusqu’au bout un homme venu d’ailleurs pour y mourir. C’est peut-être là le cœur de son hommage. Dario Escobar n’a pas choisi le Liban pour y réussir. Il l’a choisi pour y disparaître. Et en disparaissant, il laisse une trace plus profonde que bien des existences bruyantes : celle d’un homme qui a pris au sérieux la solitude, la foi et la fidélité à un lieu.

Dans la pierre de Hawqa, dans les chemins abrupts de Qannoubine, dans la mémoire de ceux qui l’ont visité, le père Dario restera comme une figure rare : un Colombien devenu ermite du Liban, un étranger devenu familier, un homme de silence dont la vie aura parlé longtemps après lui.

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Newsdesk Libnanews
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