Les derniers articles

Articles liés

Sud-Liban : Ben Gvir dévoile un projet colonial

- Advertisement -

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a franchi un nouveau seuil en appelant à s’installer au Liban, tout en évoquant des plans d’« encouragement » au départ des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. La séquence, rapportée par un média public israélien et reprise par des agences, s’inscrit dans un moment de tension extrême au Liban. Au même moment, les habitants de plusieurs localités du Sud recevaient de nouveaux avis d’évacuation israéliens. La colonisation du Sud-Liban, longtemps portée par des groupes ultranationalistes, apparaît désormais dans le discours public d’un ministre en exercice. Elle n’est plus seulement un slogan militant. Elle devient un projet politique assumé, même si aucun plan officiel adopté par le gouvernement israélien n’a été confirmé.

Une déclaration qui transforme le débat

Les mots choisis par Itamar Ben Gvir ne relèvent pas d’une formule isolée. Lors d’un événement à Jérusalem, le ministre a affirmé vouloir s’installer au Liban et a lié cette idée à des plans visant Gaza et la Cisjordanie. Le message intervient dans une scène politique israélienne où l’extrême droite défend déjà la relance de colonies à Gaza, l’annexion de la Cisjordanie et l’extension du contrôle militaire sur les territoires voisins. Le fait marquant tient à l’addition des trois terrains dans une même phrase : Gaza, la Cisjordanie et le Liban.

Cette articulation donne un sens plus large à la déclaration. Elle ne traite pas le Sud-Liban comme un simple théâtre militaire. Elle le place dans une vision territoriale où l’occupation, le déplacement de populations et l’installation de colons deviennent les trois étapes d’un même imaginaire stratégique. Ben Gvir ne s’est pas contenté d’appeler à une opération de sécurité. Il a parlé d’implantation. Il a aussi laissé entendre que des plans existent. Cette précision nourrit l’inquiétude libanaise, car elle suggère une réflexion déjà structurée, et non une improvisation verbale.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Colonisation du Sud-Liban : un plan déclaré

La colonisation du Sud-Liban possède aujourd’hui plusieurs niveaux. Le premier est idéologique. Des groupes ultranationalistes israéliens affirment que la frontière nord d’Israël devrait avancer jusqu’au Litani, voire au-delà. Ils présentent cette extension comme un retour historique et religieux. Le deuxième niveau est militant. Des réseaux organisent des réunions, diffusent des cartes, recrutent des familles et évoquent une présence civile permanente dans les villages libanais. Le troisième niveau est politique. Des ministres et des députés d’extrême droite valident désormais ces discours, parfois ouvertement, parfois par des gestes de soutien ou par leur silence.

La nouveauté de la déclaration de Ben Gvir tient donc à sa fonction de passerelle. Elle relie les rêves des groupes de colons à l’appareil gouvernemental israélien. Le ministre ne dirige pas l’armée. Il ne fixe pas seul la politique étrangère. Mais il siège au gouvernement, contrôle le portefeuille de la Sécurité nationale et pèse sur la coalition. Ses propos ne peuvent donc pas être traités comme ceux d’un simple militant. Ils donnent une visibilité institutionnelle à un projet qui vise à transformer des secteurs libanais en espace d’implantation israélienne.

Cette distinction est essentielle. Aucune source publique ne permet, à ce stade, d’affirmer qu’un plan gouvernemental formel de colonisation du Sud-Liban a été adopté par le cabinet israélien. En revanche, il est confirmé qu’un ministre affirme l’existence de plans et appelle à s’installer au Liban. Il est aussi établi que des mouvements de colons travaillent depuis plusieurs mois à rendre cette perspective concrète. La frontière entre discours radical et stratégie d’État devient plus floue lorsque ces idées circulent dans les lieux du pouvoir.

Le précédent des groupes de colons

Depuis 2024, un mouvement appelé Uri Tzafon, ou « Réveille-toi, vent du Nord », pousse l’idée d’une présence israélienne permanente au Sud-Liban. Ses animateurs décrivent un scénario simple : l’armée entre, prend le contrôle, la population libanaise fuit, la frontière se déplace, puis les civils israéliens s’installent. Cette vision contient explicitement un mécanisme de non-retour des habitants. Elle transforme le déplacement de guerre en outil territorial. Dans le contexte libanais, ce point touche un nerf historique, car le Sud a déjà connu l’occupation, les zones de sécurité et les retours empêchés par la destruction des villages.

Le mouvement ne représente pas la majorité de la société israélienne. Il appartient aux marges les plus dures du camp colon. Mais ses réseaux ne sont pas inexistants. Des informations de presse décrivent des dizaines de familles, des groupes de messagerie, des cartes, des voyages à la frontière et des rencontres avec des responsables politiques. Certains militants disent posséder du matériel destiné à préparer de futures implantations. D’autres revendiquent des incursions symboliques de l’autre côté de la frontière. Ces actions restent limitées, mais elles testent l’opinion, l’armée et le gouvernement.

Leur méthode ressemble à celle qui a accompagné d’autres fronts de colonisation. Une minorité commence par formuler l’impensable. Elle cartographie ensuite l’espace. Elle crée des groupes familiaux, des symboles, des documents et des événements. Elle obtient enfin des relais politiques. Le basculement se produit lorsque le discours cesse d’être seulement marginal et devient un argument de sécurité. Le Sud-Liban est alors présenté non plus comme un territoire souverain voisin, mais comme une zone tampon à conserver, puis comme une terre à occuper durablement.

Du vocabulaire sécuritaire au vocabulaire colonial

Cette évolution passe par un glissement de vocabulaire. L’expression « zone de sécurité » peut désigner une présence militaire supposée temporaire. Elle devient plus dangereuse lorsqu’elle se combine avec l’idée d’une installation civile. L’armée ouvre alors un espace que les colons veulent rendre irréversible. Les villages évacués, les routes coupées et les terres abandonnées deviennent les éléments d’une possible recomposition territoriale. Ce scénario n’est pas théorique pour les Libanais. Il rappelle les décennies d’occupation au Sud, mais aussi les pratiques observées en Cisjordanie, où la présence militaire, les routes et les implantations civiles se renforcent mutuellement.

Les propos de Ben Gvir accentuent ce risque. Il ne parle pas seulement d’empêcher le Hezbollah d’opérer près de la frontière. Il parle de s’installer. Il ne parle pas seulement de Gaza. Il parle de Gaza, de la Cisjordanie et du Liban dans une même séquence. Le terme « migration », utilisé par l’extrême droite israélienne pour les Palestiniens, sert à rendre acceptable un départ massif qui ne se produit pas dans des conditions normales. Dans une guerre, lorsque les habitants n’ont plus de maison, plus de sécurité et plus d’accès à leurs terres, l’« encouragement » au départ peut devenir une pression directe ou indirecte.

Le droit international distingue clairement l’évacuation temporaire nécessaire à la protection des civils et le déplacement forcé. Il interdit aussi à une puissance occupante de transférer sa population civile dans un territoire occupé. Une implantation israélienne au Sud-Liban violerait la souveraineté libanaise et placerait la région dans une crise juridique majeure. C’est précisément ce qui rend les propos de Ben Gvir si lourds. Ils ne décrivent pas seulement une option militaire. Ils suggèrent une modification du territoire par la force, suivie d’une installation civile.

Un Sud-Liban déjà sous pression

La déclaration intervient alors que la matinée au Liban s’ouvre sous alerte. Selon les dépêches de l’agence nationale, l’armée israélienne a adressé un avis urgent aux habitants de Chebrieh, Hammadiyé, Zqoq al-Mofdi, Maachouk et Al-Hoch, dans l’environnement de Tyr. Le message leur demande de quitter les lieux et de s’éloigner vers des espaces ouverts. Ces avis ne sont pas neutres. Ils produisent des départs, bloquent les écoles, perturbent les soins et désorganisent la circulation. Ils installent aussi l’idée que certains villages peuvent devenir inhabitables à très court terme.

Dans ce contexte, l’appel à coloniser le Sud-Liban prend une portée directe. Il ne s’agit pas d’une déclaration faite dans le vide. Elle tombe pendant que des familles libanaises quittent leurs maisons, parfois pour la deuxième ou la troisième fois. Elle se superpose aux frappes, aux destructions et aux négociations de Washington. Elle donne aux évacuations un sens politique plus inquiétant. Les habitants peuvent y voir non seulement une mesure liée à un raid, mais aussi une étape d’un processus visant à vider durablement certaines zones.

Les autorités libanaises cherchent à documenter les violations du cessez-le-feu. Des chiffres publiés ces derniers jours font état de centaines de raids, de tirs d’artillerie et d’opérations de destruction depuis l’entrée en vigueur de la trêve d’avril. Le ministre libanais de l’Information a aussi présenté un décompte officiel des violations, en soulignant que des civils, des journalistes et des secouristes avaient été touchés. Ces données alimentent la ligne de Beyrouth : le cessez-le-feu ne peut pas rester un texte diplomatique si les frappes continuent et si les habitants du Sud ne peuvent pas rentrer.

Tyr, le Litani et la peur d’une ligne imposée

Le choix des localités visées ce matin renforce l’inquiétude. Elles se situent autour de Tyr, ville côtière stratégique et centre vital pour le Sud. Les cartes des groupes de colons et les déclarations de certains militants évoquent souvent le Litani comme nouvelle ligne désirée. Entre la frontière et ce fleuve, des dizaines de villages libanais forment un tissu continu de familles, de cultures, de réseaux municipaux et de lieux de mémoire. Parler d’une frontière déplacée jusqu’au Litani revient donc à parler du sort de populations entières.

Israël présente ses opérations comme une réponse au Hezbollah. Le Liban répond que la sécurité ne peut pas justifier la destruction des villages, la poursuite des frappes ni l’installation de zones interdites. La question devient encore plus grave lorsque des responsables israéliens ne se limitent plus à l’argument militaire. Le passage à l’argument colonial change la nature du conflit. Il ne s’agit plus seulement de repousser des combattants ou de neutraliser des armes. Il s’agit d’ouvrir la possibilité d’une présence civile israélienne dans un territoire libanais.

Cette perspective complique aussi la médiation internationale. Le mandat de la FINUL repose sur la mise en œuvre de la résolution 1701, le respect de la Ligne bleue, le soutien à l’armée libanaise et la protection des civils menacés. Un projet d’implantation israélienne au Sud-Liban entrerait en collision frontale avec ce cadre. Il remettrait en cause l’idée même d’un retrait, d’une souveraineté libanaise restaurée et d’une zone frontalière gérée par l’État libanais avec l’appui des Nations unies.

Washington face à une contradiction majeure

Les discussions de Washington se déroulent donc dans une atmosphère contradictoire. D’un côté, Beyrouth réclame un cessez-le-feu complet, l’arrêt des frappes, le retrait israélien et des garanties pour le retour des habitants. De l’autre, Israël veut conserver une liberté de frappe et conditionne tout progrès au désarmement du Hezbollah. Les propos de Ben Gvir ajoutent un élément explosif : si une partie du gouvernement israélien parle d’installation au Liban, la question n’est plus seulement sécuritaire. Elle devient territoriale.

Pour le Liban, cette contradiction doit être mise au centre de la négociation. Un pays ne peut pas discuter d’un retrait avec un voisin dont des ministres évoquent, au même moment, des plans de colonisation. Il ne peut pas accepter une zone tampon indéfinie si des mouvements de colons la présentent déjà comme une étape vers une implantation civile. Il ne peut pas demander à ses habitants de patienter si ceux-ci entendent que leur déplacement pourrait servir à modifier la frontière.

Cette tension rend le rôle américain plus délicat. Washington cherche à éviter une extension de la guerre, mais sa médiation perd en crédibilité si elle laisse le vocabulaire colonial s’installer sans réponse claire. Les garanties attendues par Beyrouth ne portent pas seulement sur les frappes. Elles portent aussi sur le refus de toute annexion de fait, de toute présence civile israélienne et de tout changement imposé au tracé frontalier. La colonisation du Sud-Liban doit donc être traitée comme une ligne rouge diplomatique, non comme une provocation de meeting.

Un discours qui vise aussi Gaza et la Cisjordanie

La déclaration de Ben Gvir ne peut pas être séparée du dossier palestinien. Le ministre a associé l’installation au Liban à des plans visant à encourager le départ de Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Dans le langage de l’extrême droite israélienne, cette « migration » est présentée comme volontaire. Mais les organisations internationales et les juristes examinent ces formules à la lumière des conditions réelles : bombardements, destructions, fermeture des passages, crise humanitaire et expansion des colonies. Une décision de partir n’a pas le même sens lorsque les alternatives disparaissent.

En Cisjordanie, l’expansion coloniale reste un fait central. Des centaines de milliers de colons vivent déjà dans des implantations considérées comme illégales par la plupart de la communauté internationale. La Cour internationale de Justice a rappelé en 2024 que la présence israélienne dans les territoires palestiniens occupés et les colonies soulevaient des obligations juridiques pour les États. Cette base juridique éclaire le cas libanais. Si une occupation prolongée s’accompagne d’un transfert de population civile, elle ne relève pas d’une mesure de sécurité ordinaire.

La liaison établie par Ben Gvir entre Gaza, la Cisjordanie et le Liban donne donc une cohérence à un projet de domination territoriale. Elle montre que le Sud-Liban n’apparaît plus seulement comme une frontière militaire. Il devient, dans le discours de l’extrême droite israélienne, un espace disponible pour une extension de la colonisation. Cette vision renforce les accusations de déplacement forcé portées par les Palestiniens et par de nombreux Libanais. Elle exige toutefois de distinguer le constat politique de la qualification juridique, qui dépendra des faits, des ordres, des politiques adoptées et des actes réalisés sur le terrain.

Le risque d’un précédent régional

L’enjeu dépasse le Liban. Si un ministre israélien peut appeler à coloniser un pays voisin sans coût politique immédiat, le précédent devient régional. La Syrie, déjà frappée et traversée par des incursions signalées ces dernières semaines, observe aussi ces discours. La Jordanie suit avec inquiétude les projets de transfert visant les Palestiniens. L’Égypte refuse toute expulsion de Gaza vers le Sinaï. Dans cette géographie tendue, chaque déclaration d’un responsable israélien ne reste pas interne à la politique israélienne. Elle devient un message adressé aux frontières voisines.

Pour le Liban, la réponse doit s’appuyer sur trois axes. Le premier est documentaire. Chaque avis d’évacuation, chaque frappe, chaque destruction et chaque déplacement doit être enregistré. Le deuxième est diplomatique. Les médiateurs doivent recevoir une demande explicite de rejet de toute colonisation israélienne au Sud. Le troisième est intérieur. L’État libanais doit renforcer sa capacité à parler d’une seule voix sur la souveraineté, le retour des déplacés et la protection des civils. Le débat sur les armes du Hezbollah reste central, mais il ne peut pas effacer la question de l’occupation ni celle des ambitions coloniales exprimées par des ministres israéliens.

La matinée du 15 mai se déroule donc sur deux plans qui se rejoignent. Sur le terrain, des villages du Sud-Liban vivent sous avis d’évacuation et sous menace de frappes. Sur le plan politique, un ministre israélien affirme qu’il faut s’installer au Liban et parle de plans visant aussi Gaza et la Cisjordanie. Entre ces deux faits, le lien est désormais difficile à ignorer. Les prochaines heures diront si les médiateurs internationaux traiteront ces propos comme une outrance de plus ou comme l’annonce publique d’un projet à empêcher avant qu’il ne passe du discours aux cartes, puis des cartes au terrain.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi