Valérie Guillard, Université de Montpellier et Nathalie Gontard, INRA

La fonction première de l’emballage alimentaire est de protéger, transporter et stocker ces denrées périssables que sont nos aliments. Un rôle essentiel mais malheureusement de plus en plus négligé au profit d’innovations dans le domaine de l’esthétique, de la facilité d’utilisation, voire du « gadget » amusant.

Pourtant, le sujet est beaucoup plus sérieux qu’il n’y paraît, car l’emballage est accusé de contaminer l’aliment et de polluer l’environnement.

Mauvais pour la santé et l’environnement ?

Des perturbateurs endocriniens sont ainsi suspectés d’être introduits dans les aliments par le biais de l’emballage. Il s’agit de petites molécules présentes dans le plastique qui interfèrent dans le bon fonctionnement de notre organisme.

Le dernier exemple en date concerne la crise liée au Bisphenol A ou BPA, présent dans certains contenants, comme les biberons. Ces substances, nécessaires à la mise en forme de nos matières plastiques et à leur bonne résistance, se retrouvent involontairement dans nos aliments après un contact plus ou moins long avec l’emballage. Elles présentent des effets potentiellement toxiques pour l’homme après une exposition régulière et à long terme.

La réglementation européenne protège le consommateur et impose aux fabricants d’emballages de respecter des « limites de migrations » pour toutes les molécules autorisées. Mais les découvertes régulières dans le domaine imposent une mise à jour permanente de la réglementation : ainsi, des composés et résidus d’encres d’impression des emballages, qui ne sont donc pas en contact direct avec le produit, ont été récemment retrouvées dans les aliments.

Il y a aussi ces millions de tonnes de plastique flottant entre deux eaux dans l’océan Pacifique sur une surface équivalente à 6 fois la France. Ce « septième continent » composé de matières plastiques se dégrade lentement avec des conséquences à long terme sur les écosystèmes encore mal connues.

Nous produisons chaque année 300 millions de tonnes de plastiques dans le monde. On estime à 150 millions de tonnes la quantité de déchets plastiques dans les océans aujourd’hui, majoritairement des emballages (62 %). Cela correspond chaque année au déversement au large du contenu d’un camion poubelle par minute. Si rien ne change, en 2050, il y aura autant de plastique que de poissons en masse dans les océans ! Ce dernier tue un million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins chaque année. Les conséquences sur l’homme sont, elles, encore mal connues.

« Un continent de plastique » par Arte Future (Fathi Drissi, 2016).

Pourtant, l’emballage connaît aujourd’hui des avancées qui peuvent en faire un élément essentiel de la durabilité de la chaîne alimentaire.

Des emballages actifs et connectés

L’atmosphère interne de l’emballage peut en effet être volontairement modifiée de manière à améliorer la conservation des produits.

Les absorbeurs d’oxygène sont ainsi couramment utilisés pour réduire, sans additif ni traitement, les réactions d’oxydation des vitamines ou acides gras essentiels. Ils retardent également le développement microbien.

De nombreux autres emballages actifs sont aujourd’hui commercialisés : absorbeurs d’humidité, d’éthylène pour la conservation des fruits, etc. D’importants investissements en recherche y sont consacrés, notamment en ce qui concerne les emballages anti-microbiens. Le développement d’outils d’aide à la conception de solutions d’emballages innovants sûrs et efficaces est ainsi un axe de recherche majeur.

Par leur rôle actif sur la conservation des produits alimentaires, ces solutions d’emballages permettent d’anticiper des retombées très positives, liées à la réduction des pertes et gaspillage alimentaire. Selon l’Ademe, sur les 29 kg de nourriture jetés chaque année en moyenne par Français, on compte 7 kg d’aliments encore emballés.

D’autres enjeux concernent les emballages dits « intelligents » qui informent les différents acteurs de la chaîne, consommateurs inclus, sur la qualité du produit. Ils contribuent ainsi à limiter les pertes liées aux marges de sécurité sanitaire appliquées aux dates limites de consommation et à la mauvaise interprétation de ces dates. Il est alors possible de détecter la présence de bactéries pathogènes ou d’informer sur l’état de maturité d’un fruit sans avoir à le toucher ou à le sentir.

Une nouvelle génération d’étiquettes intelligentes vient ainsi de voir le jour dans les laboratoires de l’université de Montpellier. Elle associe un capteur végétal à une étiquette RFID (de l’anglais radio frequency identification) et permet de communiquer en temps réel l’état de fraîcheur d’un produit. Cette étiquette RFID permet d’imaginer un futur ou l’aliment emballé sera « connecté ». Il communiquera avec notre smartphone ou notre réfrigérateur connecté pour nous signaler les denrées à consommer en priorité.

Nouvelle génération d’étiquette intelligente permettant de détecter la fraîcheur des aliments (ici, un premier prototype appliqué sur l’emballage d’un sandwich).
Université de Montpellier, 2015

Réduire l’empreinte écologique

Tout au long de leur cycle de vie, les matériaux d’emballage consomment des ressources et de l’énergie, souvent non renouvelables. Ils génèrent des émissions atmosphériques et des déchets.

Actuellement 90 % des plastiques tous secteurs confondus (pas seulement l’emballage) sont issus de ressources fossiles. 6 % de la production pétrolière mondiale est dédiée à cette production, soit l’équivalent de la consommation mondiale du secteur aéronautique. Si la progression du plastique continue sur sa lancée, en 2050, le secteur représentera 20 % de la consommation mondiale de ressources fossiles et 15 % de notre « budget carbone » annuel (en se basant sur un scénario de réchauffement climatique se limitant à 2 °C à l’horizon 2050).

Pour réduire l’impact écologique de nos emballages plastiques alimentaires, la substitution des matériaux d’origine pétrochimique par des matériaux issus de ressources renouvelables et non alimentaires constitue une avancée attendue de la recherche dans le domaine des emballages.

Une équipe de recherche (INRA et Université de Montpellier) en collaboration avec de nombreux partenaires européens vient de mettre au point une barquette alimentaire issue de résidus des industries agricoles et agro-alimentaires.

Constituée d’un polymère issu de la fermentation de déchets liquides des industries laitières, et de fibres ligno-cellulosiques issues du broyage de paille de blé, cette barquette ressemble à s’y méprendre à du plastique, mais en version totalement biodégradable.

Ces matériaux écologiques doivent cependant encore franchir un obstacle : s’imposer sur le marché de l’emballage en lieu et place des plastiques d’origine pétrochimique. Dans cette optique, un logiciel d’aide à la décision – pour orienter l’utilisateur dans son choix d’un emballage durable – à destination des acteurs de la filière a, par exemple, été développé.

On le voit, une transition vers des approches novatrices est engagée. Mais elle ne pourra être effective que si les gouvernements mettent en place des actions incitatives et concertées à l’échelle européenne. Or il n’y a actuellement en France que très peu d’actions menées en faveur des emballages biodégradables : pas ou peu de collecte spécifique et pas d’écotaxe en faveur de ces matériaux (alors que les matériaux recyclés bénéficient d’un « bonus » éco-emballages).

The Conversation

Valérie Guillard, Maître de conférences en génie des procédés appliqué au domaine du vivant, membre de l’IUF, Université de Montpellier et Nathalie Gontard, Directeur de recherche et professeur, INRA

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.