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Nous ne sommes plus des humains, nous sommes devenus des esclaves.
Nous trimons sans espérance, ni horizon, comme les esclaves. Nous chantons notre peine et notre dérision, comme les esclaves. 
Nous mourons inopinément, au coin d’une rue, comme les esclaves.
Ils nous achètent et ils nous vendent comme des esclaves.Ils nous lâchent une maigre pitance, comme des esclaves.Ils nous tiennent par les chaînes de l’allégeance, comme des esclaves.
Ils sont insensibles à nos péripéties, à nos tragédies, à la valeur de nos vies.
Ils répriment nos soulèvements par la barbarie, défigurent nos prières dans les salamaleks, ridiculisent notre dignité dans les marchandages.

Ils noient notre soif de liberté dans le sang.
Ils ont droit de vie et de mort sur nos existences.
Pour eux, nous ne sommes que des esclaves. 
Autant dire que nous ne sommes rien : s’ils ne voient pas leurs méfaits, c’est qu’ils ne nous voient pas. 
Ils étouffent leurs crimes et fustigent nos sacrifices. 
Ils érigent leur incapacité, leur décadence et leur stupidité en slogans pour la nation.
C’est précisément parce que nous sommes devenus leurs esclaves, qu’ils n’ont de cesse de piétiner nos âmes, pour en faire le terreau de l’enfer.
Et c’est pour cela qu’ils ne se sentiront jamais concernés par une agonie qu’ils perpétuent de leurs propres mains.
Mais nous sommes aussi les esclaves de notre amour. 

Notre amour pour les sommets blanchis et les mers turquoises, les sorties de l’été et les repas du Dimanche.
Nous sommes esclaves de la caresse matinale de la rosée et le parfum vespéral du gardénia.
Nous sommes esclaves de la chaleur familiale d’un au revoir, la lumière monumentale d’un coucher de soleil, sur les ruines de nos vestiges glorieux.
Nous sommes esclaves de nos villages clairsemés sur le pan des montagnes, de nos coutumes ancestrales savamment adaptées, de nos chemins verts bénis par les dieux, de nos pierres rocheuses qui riment avec les cieux, et nos toits rouges qui provoquent l’éternité.
Nous sommes esclaves, les uns des autres, reproduisant chacun dans son coin confessionnel, un même art de vivre, une manière de vivre unique au monde…
Nous sommes esclaves de deux maîtres: la corruption et le Liban.
L’un mérite d’être servi, l’autre mérite d’être aboli. 
Aujourd’hui, tout comme les esclaves, nous n’avons plus rien à perdre.
Désormais, c’est à nous d’agir.

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