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Quand la monnaie cesse d’être de la monnaie : l’émergence de la “liquidité effective”

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Il fut un temps — pas si lointain — où le fonctionnement des marchés pouvait se résumer à un réflexe simple. Les banques centrales augmentaient la masse monétaire, et les prix des actifs montaient. La liquidité était perçue comme un carburant pur : plus on en injectait, plus la machine accélérait. De l’après-crise de 2008 jusqu’aux années de pandémie, cette logique s’est vérifiée avec une constance remarquable. Les bilans ont explosé, les taux ont chuté, et toute une génération d’investisseurs a appris à lire l’expansion monétaire comme un signal quasi direct d’achat.

Ce monde a discrètement disparu.

Aujourd’hui, une même expansion monétaire ne produit plus les mêmes effets. Le lien entre liquidité et marchés n’a pas totalement disparu, mais il s’est déformé — filtré, ralenti, parfois neutralisé par des forces qui étaient autrefois secondaires. La monnaie compte toujours, bien sûr. Mais son impact ne dépend plus uniquement de sa quantité. Ce qui compte désormais, c’est sa qualité — sa capacité à circuler dans l’économie réelle sans être absorbée, détournée ou érodée par des frictions structurelles.

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Trois forces, en particulier, définissent ce nouveau régime : l’énergie, le système monétaire et la géopolitique.

La contrainte énergétique

L’énergie est le premier filtre, et le plus immédiat. Ce n’est pas simplement un facteur parmi d’autres : c’est le coût de fonctionnement du système lui-même. Lorsque l’énergie est abondante et bon marché, la liquidité circule librement. Elle se transforme en investissement, en consommation, puis en croissance. Mais lorsque l’énergie devient chère, cette même liquidité change de nature.

Des prix élevés du pétrole agissent comme une taxe globale. Ils compressent les marges, réduisent le pouvoir d’achat et augmentent les coûts de production. Dans ce contexte, la monnaie nouvellement créée ne stimule plus la croissance : elle compense les hausses de coûts. Elle ne développe plus l’activité : elle la maintient. Elle ne crée plus de prospérité : elle alimente souvent l’inflation.

La distinction est fondamentale. Un trillion injecté dans un monde à énergie bon marché stimule la croissance. Le même trillion, dans un monde à énergie chère, est en partie “consommé” pour maintenir l’équilibre. L’impulsion monétaire existe toujours, mais son efficacité est réduite.

Le filtre monétaire

Le deuxième filtre est le système des devises, dominé par le dollar américain. La liquidité mondiale ne se résume pas à une somme de masses monétaires nationales ; elle passe par les taux de change, les flux de capitaux et la force relative des devises.

Un dollar fort resserre les conditions financières mondiales, indépendamment des politiques domestiques. Il renchérit le financement pour les économies émergentes, exerce une pression sur les matières premières et retire de facto de la liquidité du système global. À l’inverse, un dollar faible amplifie la liquidité mondiale.

Cela signifie que l’expansion monétaire américaine ne peut être analysée isolément. Une hausse de la liquidité en dollars peut être neutralisée, voire inversée, par une appréciation du billet vert. La quantité augmente, mais l’effet global diminue.

La fracture géopolitique

Le troisième filtre, sans doute le plus transformant, est la géopolitique. Le système mondial se fragmente. Les routes commerciales ne sont plus évidentes. Les systèmes de paiement se dupliquent. Les alliances évoluent.

Sanctions, conflits, émergence de systèmes alternatifs : autant de facteurs qui ralentissent la circulation de la monnaie. Les flux deviennent plus locaux, moins fluides, moins efficaces.

Le résultat est simple : la même quantité de monnaie produit moins d’effet.

De la liquidité nominale à la liquidité effective

Ces trois forces redéfinissent la notion même de liquidité. Il ne suffit plus de mesurer la quantité de monnaie. Il faut mesurer ce qu’il en reste après les contraintes.

On passe d’une logique simple à une logique conditionnelle. La liquidité n’est plus un volume pur, mais un flux affecté par son environnement.

Cela explique les contradictions actuelles : inflation élevée malgré soutien monétaire, croissance faible malgré liquidité, marchés instables.

Un nouveau cadre

Pour les investisseurs, cela change tout. Il ne suffit plus de regarder la politique monétaire. Il faut intégrer l’énergie, le dollar, la géopolitique.

Les banques centrales n’ont pas perdu leur pouvoir. Mais leur pouvoir est désormais conditionnel.

Le marché devient plus volatile, plus instable, plus complexe.

La transformation silencieuse

Ce que nous vivons n’est pas une rupture brutale, mais une transformation progressive. La liquidité pure laisse place à une liquidité contrainte.

La question n’est plus : combien de monnaie ?

Mais : combien reste réellement utilisable ?

La monnaie compte toujours. Mais elle n’agit plus seule.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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