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Nawaf Salam temporise sur les armes

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Depuis le ministère de l’Intérieur, Nawaf Salam a tenté de fixer une ligne d’équilibre. Le premier ministre affirme que les négociations avec Israël n’ont pas encore commencé et que les réunions de Washington restent préparatoires. Il maintient aussi que le cantonnement des armes dans les mains de l’État est irréversible. Mais il refuse de placer l’armée libanaise en confrontation directe avec un acteur interne, dans un pays exposé à la guerre au Sud et au risque de fracture civile.

Nawaf Salam corrige la lecture de Washington

Nawaf Salam a choisi le ministère de l’Intérieur pour clarifier une ligne devenue sensible. À l’issue d’une réunion du Conseil central de sécurité, le premier ministre libanais a voulu corriger deux lectures qui circulent depuis plusieurs jours. D’un côté, il a affirmé que les négociations avec Israël n’ont pas encore commencé et que les rencontres de Washington restent préparatoires. De l’autre, il a répété que la décision de réserver les armes à l’État constitue un processus sans retour. Entre ces deux messages, il a ajouté une précision décisive : il n’est pas demandé à l’armée libanaise d’être placée face à un quelconque acteur libanais.

Cette phrase résume l’équilibre recherché par le gouvernement. Le cabinet Salam veut montrer qu’il ne renonce pas au principe du monopole de la force publique. Il veut aussi éviter que ce principe se transforme en choc frontal avec le Hezbollah, dans un pays déjà exposé à une guerre ouverte au Sud, à des pressions américaines et à une polarisation confessionnelle dangereuse. La ligne est donc double : avancer vers l’autorité complète de l’État, mais sans déclencher une confrontation interne qui affaiblirait encore davantage les institutions.

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Le premier ministre a insisté sur le rythme. Le cantonnement des armes dans les mains de l’État ne se décide pas en une nuit. Il peut prendre des semaines, voire des mois. Cette prudence vise à répondre à ceux qui réclament une application immédiate, comme à ceux qui soupçonnent le gouvernement de préparer un affrontement militaire. Nawaf Salam tente ainsi de présenter la décision comme une trajectoire institutionnelle. Elle n’est ni une formule de communication ni un ordre opérationnel brutal donné à l’armée.

La réunion du Conseil central de sécurité donne un cadre particulier à cette clarification. Ce n’est pas une déclaration faite depuis une tribune partisane. C’est une parole d’exécutif, prononcée après une réunion consacrée à l’ordre public, à la sécurité intérieure et à la coordination des services. Le message s’adresse donc aux Libanais, mais aussi aux chancelleries étrangères. Il dit que l’État veut agir, que ses décisions seront exécutées, mais qu’il ne confondra pas le rétablissement de l’autorité publique avec une aventure interne.

Des rencontres préparatoires, pas des négociations

L’autre correction apportée par Nawaf Salam porte sur Washington. Le premier ministre a estimé que le communiqué américain avait été chargé de plus de sens qu’il n’en fallait. Selon lui, les rencontres en cours ne constituent pas encore des négociations. Elles servent à préparer un éventuel processus. Cette nuance est importante, car une partie du débat libanais a déjà présenté ces réunions comme le début d’un dialogue direct avec Israël, voire comme une étape vers une normalisation politique.

Beyrouth cherche à éviter cette lecture. Le gouvernement veut préserver une marge diplomatique sans ouvrir trop vite une crise intérieure. Il affirme que la position libanaise exprimée dans ces rencontres correspond à un consensus du Conseil des ministres. Cette référence au collectif gouvernemental n’est pas anodine. Elle permet à Nawaf Salam de ne pas porter seul le poids du dossier. Elle permet aussi de rappeler que le Liban ne négocie pas par canaux parallèles, mais à partir d’une position institutionnelle.

La priorité affichée reste l’arrêt du feu. Nawaf Salam a rappelé que cette demande n’est pas nouvelle. Un cessez-le-feu a déjà été annoncé, mais il n’a pas été pleinement appliqué. Cette formulation traduit la frustration libanaise. Le pays dispose d’un cadre diplomatique, mais les villages du Sud continuent de subir frappes, alertes et destructions. Dans ces conditions, parler de négociation paraît prématuré à une partie de l’opinion. Le premier ministre tente donc de maintenir l’idée suivante : les rencontres doivent continuer jusqu’à un arrêt réel et vérifiable des hostilités.

Il a également rappelé le précédent de 2024, lorsque des discussions avaient été menées pendant deux mois avec l’émissaire américain Amos Hochstein avant l’annonce d’un cessez-le-feu. Cette référence sert à replacer les échanges actuels dans une continuité. Le Liban n’est pas soudainement entré dans une négociation politique complète. Il participe à des contacts préparatoires, comme il l’avait déjà fait dans des phases antérieures, afin de produire une désescalade sur le terrain.

Cette distinction protège partiellement Joseph Aoun et Nawaf Salam. Tous deux subissent une pression américaine croissante pour accélérer le processus avec Israël. Washington veut obtenir des avancées visibles, sur le retrait israélien, la sécurité de la frontière et le désarmement du Hezbollah. Mais à Beyrouth, chaque mot compte. Dire que les négociations ont commencé pourrait provoquer une réaction immédiate du Hezbollah et de ses alliés. Dire qu’elles n’ont pas commencé permet de poursuivre les contacts tout en désamorçant l’accusation de normalisation.

Le monopole des armes reste l’objectif

La prudence de Salam ne signifie pas immobilisme. Le premier ministre affirme que les décisions seront exécutées et qu’il faut se montrer plus strict dans leur application. Il reconnaît toutefois que l’État avance avec des moyens limités. Cette précision renvoie à une réalité connue. Le Liban dispose d’une armée respectée, mais financièrement éprouvée, équipée de manière inégale et placée dans une mission délicate. Elle doit rassurer les citoyens, tenir le terrain, éviter la guerre civile et se préparer à un rôle accru dans le Sud si un accord sérieux voit le jour.

Le refus de mettre l’armée face à un parti libanais répond à une inquiétude profonde. Le monopole des armes est une exigence constitutionnelle et politique. Mais son application dans le contexte libanais ne peut pas être réduite à une opération de saisie. Le Hezbollah n’est pas une milice isolée coupée de son environnement. Il représente une force armée, un parti, un réseau social et un acteur central d’une communauté qui se sent directement exposée à Israël. Une démarche mal préparée pourrait transformer une décision d’État en crise confessionnelle.

Le gouvernement cherche donc une méthode. Elle devrait passer par un calendrier, un consensus minimal, un renforcement de l’armée et un cadre régional permettant de réduire la pression militaire. Sans ces éléments, le principe du monopole de l’État risque de rester un slogan, ou pire, de devenir le déclencheur d’une confrontation que l’État n’aurait pas les moyens de contrôler. Salam tente d’éviter ces deux écueils.

Son message vise aussi les partenaires étrangers. Les États-Unis et Israël demandent des résultats rapides sur les armes du Hezbollah. Mais les dirigeants libanais savent que la vitesse peut être dangereuse. Exiger un désarmement immédiat pendant que les frappes israéliennes se poursuivent au Sud donne au Hezbollah un argument puissant : celui d’un désarmement sous menace ennemie. Le premier ministre veut donc dissocier l’objectif stratégique du calendrier imposé de l’extérieur. Le principe ne recule pas, mais sa mise en œuvre dépend des conditions politiques et sécuritaires.

Cette ligne rejoint l’argument défendu par plusieurs responsables libanais : l’État ne peut pas redevenir l’unique détenteur de la force sans retrait israélien, sans respect du cessez-le-feu et sans garanties pour les habitants du Sud. Dans le cas contraire, l’armée se retrouverait prise entre deux feux. Elle devrait remplir les demandes internationales, contenir le Hezbollah, protéger les civils et répondre aux violations israéliennes. Aucune institution libanaise ne peut assumer seule un tel fardeau sans couverture politique nationale.

Une méthode d’État plutôt qu’un choc interne

La difficulté réside dans la simultanéité des attentes. Les Libanais qui critiquent le Hezbollah veulent que l’État reprenne enfin sa souveraineté. Les habitants du Sud veulent que les attaques cessent et que les routes rouvrent. Washington veut une séquence diplomatique rapide. Israël veut éloigner le Hezbollah de sa frontière. Le Hezbollah veut préserver sa capacité de résistance tant que des territoires sont occupés ou frappés. Le gouvernement doit articuler ces exigences incompatibles sans perdre le contrôle de son propre récit.

C’est pourquoi la clarification sur les rencontres de Washington est essentielle. Si elles sont présentées comme des négociations, le gouvernement paraît déjà engagé dans un processus dont il ne maîtrise pas l’issue. Si elles sont décrites comme préparatoires, elles restent un outil. Salam choisit la seconde option. Il laisse la porte ouverte, mais refuse de donner à ces réunions un statut politique supérieur à ce qu’elles produisent réellement. Cette prudence protège l’espace de décision libanais.

Le premier ministre s’efforce aussi de réinstaller le Conseil des ministres comme source de légitimité. Il dit que la partie libanaise a exprimé une position partagée au sein du gouvernement. Dans un système politique fragmenté, cette formule est indispensable. Elle permet d’éviter que la négociation soit réduite à une initiative personnelle de Joseph Aoun, à une injonction américaine ou à un arrangement avec une seule composante. Elle rappelle que la décision doit rester nationale, même lorsque les pressions viennent de l’extérieur.

La réunion au ministère de l’Intérieur renvoie enfin à l’enjeu de sécurité intérieure. Le Liban ne fait pas seulement face à un danger militaire au Sud. Il affronte aussi un risque de tensions internes, de campagnes numériques, de crispations communautaires et de mobilisations partisanes. Les dernières polémiques autour de figures religieuses et politiques ont montré la rapidité avec laquelle une crise peut prendre une couleur confessionnelle. Dans ce climat, toute déclaration sur les armes ou sur Israël peut devenir inflammable.

Nawaf Salam veut donc fixer des garde-fous. Le premier consiste à répéter que l’État avance vers le monopole des armes. Le deuxième consiste à exclure l’image d’une armée envoyée contre une partie des Libanais. Le troisième consiste à maintenir les contacts diplomatiques sans les appeler négociations. Le quatrième consiste à replacer le cessez-le-feu au cœur du processus. Ces quatre éléments forment une doctrine de prudence active. Elle ne satisfait pleinement aucun camp, mais elle évite pour l’instant la rupture.

L’armée au centre d’une équation impossible

La référence aux capacités limitées de l’État ouvre une autre question. La mise en œuvre du monopole des armes suppose des moyens matériels, mais aussi une stratégie administrative. Il faut contrôler les frontières, sécuriser les axes, renforcer les services de renseignement, soutenir les tribunaux et assurer une présence constante dans les régions frontalières. L’armée ne peut pas porter seule cette charge. Les forces de sécurité intérieure, la Sûreté générale, la douane et les autorités judiciaires doivent agir dans le même sens. Sans coordination, le principe restera partiel.

Le Conseil central de sécurité sert précisément à organiser cette coordination. Sa réunion au ministère de l’Intérieur montre que le gouvernement veut traiter le dossier sous l’angle de l’État, et non seulement sous l’angle militaire. Cette méthode peut sembler lente. Elle répond pourtant à une réalité libanaise. Un désarmement durable ne dépend pas uniquement du nombre de soldats déployés. Il dépend de la capacité des institutions à faire respecter une règle commune sans paraître agir contre une communauté précise.

La référence au consensus gouvernemental vise aussi l’accord de Taëf. Depuis la fin de la guerre civile, le texte sert de base à la reconstruction institutionnelle, mais il reste appliqué de manière incomplète. Les partisans du monopole de l’État sur les armes y voient un fondement décisif. Le Hezbollah et ses alliés répondent que la résistance contre Israël a conservé une fonction tant que l’occupation ou les menaces persistent. Le gouvernement tente désormais de sortir de cette confrontation théorique en ramenant le débat vers une trajectoire graduelle.

Cette trajectoire suppose un langage précis. Nawaf Salam ne parle pas de désarmement immédiat. Il parle d’un processus de cantonnement des armes dans le cadre étatique. La différence permet d’éviter une rupture frontale. Elle ne supprime pas le désaccord, mais elle donne au gouvernement une formule de travail. Elle laisse ouverte la possibilité d’une stratégie de défense discutée plus tard, à condition que la priorité actuelle reste la fin des combats et le retour de l’autorité publique.

Pour les partenaires internationaux, ce langage peut paraître insuffisant. Washington veut des actes rapides. Plusieurs capitales européennes demandent une stabilisation claire du Sud. Les pays arabes craignent que le Liban ne bascule dans une nouvelle guerre ou dans une normalisation précipitée. Salam tente de répondre à chacun sans s’aligner totalement sur aucun. C’est la difficulté de sa fonction : parler le langage de la souveraineté à l’intérieur, celui de la sécurité à l’extérieur, et celui de la prudence à l’armée.

Le Hezbollah suivra cette ligne avec méfiance. Le discours récent de Naïm Qassem a déjà réaffirmé que la résistance devait continuer et que toute pression sur ses armes serait interprétée à travers la guerre en cours. La réponse implicite de Salam consiste à dire que la décision de l’État ne reculera pas, mais qu’elle ne prendra pas la forme d’un piège militaire. Cette réponse ne règle pas le conflit politique. Elle en déplace seulement le calendrier vers une séquence plus longue, où le cessez-le-feu devient la première condition pratique.

Une doctrine de prudence active

Cette doctrine sera testée très vite. Si les frappes israéliennes continuent, le Hezbollah dira que le gouvernement parle d’État pendant que le territoire est attaqué. Si les réunions de Washington accélèrent, les opposants à toute normalisation dénonceront une dérive. Si le dossier des armes stagne, les forces souverainistes accuseront Salam de temporiser. Si l’armée est sollicitée sans moyens suffisants, elle risque d’être exposée à une mission impossible. Le premier ministre sait que chaque option comporte un coût.

La phrase sur l’absence de recul concernant le cantonnement des armes reste donc le marqueur principal de la journée. Elle permet au gouvernement de répondre aux attentes internationales et à une partie de l’opinion libanaise. Mais la phrase sur l’armée, qui ne doit pas être placée face à un quelconque parti, en fixe la limite opérationnelle. Entre les deux, toute la politique de l’exécutif tient dans un équilibre fragile : restaurer la souveraineté sans provoquer la guerre civile.

Le dossier entre maintenant dans une phase où les mots préparent les actes. Les rencontres de Washington continueront tant qu’elles pourront conduire à un arrêt du feu. L’armée devra renforcer sa présence sans devenir l’instrument d’un règlement interne par la force. Le gouvernement devra prouver que ses décisions s’appliquent sans précipitation ni abandon. Au Sud, les habitants jugeront cette ligne à partir d’éléments simples : baisse des frappes, fin des évacuations, retour possible dans les villages et capacité de l’État à se montrer présent autrement que par des déclarations.


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