La chaîne libanaise LBCI hors les murs à Tripoli

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Le lundi 27 août 2012 la ville de Tripoli recevait la chaîne télévisée LBCI et pour la première fois,  à la « Menchieh », le jardin public du Palais Nawfal au cœur du Tall , 1er jardin public au Liban, dit Elias Khlat,  non loin de la place de l’Horloge. Ce lundi n’était pas un lundi ordinaire. C’était le premier jour-  depuis les derniers événements- où l’on pouvait entendre les bruits habituels des klaxons qui assourdissent les lieux. Ce lundi était un jour de trêve annoncée la veille par les députés de la ville qui s’étaient réunis , et pour la énième fois, depuis le 11 mai dernier, date des violents affrontements des deux habituels camps belligérants de Tebbaneh et Baal Mohsen, sans proposer de solution à cette situation qui s’envenime de jour en jour.

L’événement était de taille. Le plateau de « Nharkom Saïd » s’était installé à Tripoli par solidarité avec les tripolitains- a affirmé la journaliste Dima Sadek. Elle affirme vouloir entendre la voix de la population, des tripolitains neutres, de cette société civile qui refuse de se résigner, celle qui dénonce  l’état dans lequel est plongée leur ville tant aimée, la voix qui s’oppose à la guerre civile qui menace le Liban et dont les racines pourraient partir du Liban nord . L’émission s’est articulée autour de trois axes. Dans sa première partie elle a  donné  la  parole au  Maire de Tripoli Dr. Nader Ghazal  et à Dr . Samer Annous, Universitaire, co- fondateur de « Tripoli sans armes »,  et dans la deuxième partie,  le pôle social,   Elias Khlat  militant, fondateur de  Friends of  Tripoli Railway station et de  Tripoli Foundation  a remplacé  Dr Ghazal,   pour  parler de la situation  sociale catastrophique   de la ville quant à  la troisième partie, elle a traité des problèmes politiques et sécuritaires  récurrents «  le « wild west », tel que le décrit samer Annous.

Tout au long de l’émission la journaliste et ses invités n’ont eu de cesse de rappeler l’état de misère dans lequel la ville est plongée,  rappelant  les chiffres de l’UNDP qui ont été donnés sur la même chaîne, quelques jours auparavant par la sociologue Nahla Chahal, qui préconisent  non moins  de 58 à 62% de la population  vivant  au- dessous du seuil de la pauvreté, plaçant la ville au rang de la ville la plus pauvre du bassin méditerranéen.  Le maire de Tripoli  a à maintes reprises insisté sur les difficultés que rencontre la Mairie par manque de moyens et d’employés.  Il   a rappelé les lacunes  du gouvernement et la lenteur de l’exécution des projets, empêchant l’essor de la ville.  Il souhaite que l’armée puisse  être plus opérationnelle dans la ville pour rétablir la sécurité et empêcher les actes de délinquance.

Il dit : «  Nous espérons que l’état libanais prenne enfin ses responsabilités face à cette situation, que les politiciens soient plus sur le terrain, que la société civile soit plus libre et que l’armée soit plus présente dans  la ville.

Tripoli  est au demeurant une ville qui rend son âme. Est-ce la pauvreté qui est en cause ???
Elias Khlat  intervient en confirmant que  la pauvreté est responsable dans une large mesure mais pas seulement. Le système de centralisation  a fait que  Beyrouth a eu  la grosse part dans l’économie privant ainsi Tripoli de tout l’essor nécessaire pour la deuxième ville du Liban et capitale du Nord. A cela se  rajoute le fait que la ville se vide de sa population. Le contraire aurait permis une certaine dynamique et un meilleur équilibre entre les villes libanaises. Il accuse les différents gouvernements qui se sont succédés et dont les chefs étaient même originaires de Tripoli.  C’est d’ailleurs le cas actuellement où cinq ministres actuels sont de Tripoli, (trois d’entre eux détiennent les plus grandes richesses du pays)  mais rien ne se fait.

Samer trouve une autre raison à cela. Il rappelle que  Tripoli est la capitale  de l’illétrisme  et de la déscolarisation  qui atteignent le seuil approximatif de  de 20%,  « par manque de moyens beaucoup  d’élèves n’ont pas accès à l’enseignement »  rajoute Elias. Le taux national le plus élevé de mort subite du nourrisson par manque d’hygiène et de  soins est atteint à Tripoli. On y dénombre pas moins de 20% de chômeurs et de   90% de chômeuses dans les quartiers les plus défavorisés.

Mais Tripoli a eu un passé culturel glorieux. Qui est responsable de cette descente aux enfers ?

Elias rappelle que le Centre culturel et son  « menchieh » étaient  les 1er au Liban en leur genre. Que Tripoli avait connu une époque de gloire dans la production théâtrale( Inja et autre), que le 1er cinéaste mondialement connu est originaire de Tripoli et y a ses habitudes au (café Negresco), des grands musiciens compositeurs ont exercé leur art à Tripoli, les familles Bandali et Katrib etc…. rajoute Samer Annous, que la ville était connue par ses salles de cinéma et autres activités culturelles d’envergure. Mais  de tout cela, il ne reste  malheureusement  que les photos et les souvenirs.

Qui a décidé de détruire la vie à Tripoli??

Elias  insiste, c’est  La centralisation- malgré l’insistance de la journaliste sur le fait que d’autres villes libanaises ont une vie culturelle à travers les festivals et autres- c’est bien la centralisation, car à Tripoli, il y a eu la foire internationale, chef d’œuvre d’Oscar Niemeyer, qui a détruit une bonne partie de l’économie de la ville qui provenait des vergers d’agrumes, et qui au final et resté sans âmes et ce depuis les années 70. « C‘est voulu » réplique t-il.

Samer le rejoint en évoquant les problèmes provoqués par les mouvements islamistes qui règnent sur la ville. Tripoli n’est pas cette ville confessionnelle que les médias s’acharnent à montrer. Notre Tripoli à nous n’est pas celle qu’on  s’imagine. C’est une infime minorité( moins de 10% de la population) qui menacent la sécurité de la ville.  Il rappelle que les chrétiens sont les premiers habitants de la région et que nous tripolitains nous refusons de les laisser partir mais que tout cela est voulu. Notre Tripoli est celui de la convivialité et de l’amour de l’autre. Nous ne voulons en aucun cas vivre isolés dans une société d’une seule couleur. Des rassemblements civils  se font d’ailleurs tout au long de l’année par la société civile pour dénoncer la ségrégation religieuse, d’où le slogan émis la veille lors du rassemblement à la mairie,  Sawti bé  i sawt rssassak ila zawal, (ma voix restera celle de tes balles va disparaître…….)

Mais Tripoli s’est vidé petit à petit de sa population et de plus en plus sa démographie change. Elias estime que du temps des « Tawhid », la vie était encore meilleure, bien que ce soit une période obscure de la vie tripolitaine,  les islamistes de l’époque étaient connus de la population, ils étaient pour la majorité des tripolitains. Actuellement, ce n’est plus le cas. Ce qui se passe à Tripoli n’est pas du ressort de sa population.

 Pourquoi les  armes  à Tripoli ?

Samer explique qu’à Tripoli il y a toujours eu des armes distribués dans la ville, par les palestiniens  et les syriens , et que les tripolitains n’ont jamais compris pourquoi fallait-il combattre Israël depuis Tripoli.

Les citoyens de Tripoli sont-ils eux-mêmes les  gens armés et comment accueillent-ils ces armes ??? Est-ce un terrain  propice à la prolifération des armes ?

Elias : ce sont les Changements démographiques qui sont en cause, les habitants (surtout les jeunes) quittent la ville, ils sont remplacés par d’autres. Ce phénomène s’amplifie de plus en plus car de plus en plus la population ne se reconnaît plus dans cette ville qui devient étrangère elle-même, ce explique cette exode de la population.

Samer : en l’absence de l’état à quoi peut-on s’ attendre. La mafia c’est elle qui occupe les postes de l’état. Ce sont les responsables eux-mêmes qui les alimentent en armes ; Les victimes c’est nous. De quel  bras de fer parle le 1er Ministre ?  Les 18 qui ont été capturés hier vont sortir bientôt car ils représentent des voix électorales . Et dans tout cela que fait l’état ??

Il  donne un exemple simple qu’une balle coûte en période de crise 3000 livres,  depuis le début des conflit, il s’est jeté plus d’  un million de dollars,  c’est le coût de la construction d’ une école .  Les interlocuteurs assurent que les aides sociales sont réservées aux  périodes électorales seulement.

Tarablos sandouk barid : Tripoli est une boîte au lettres.

La crise syrienne est la cause immédiate des conflits à Tripoli. On veut faire de Tripoli un fief syrien, nonobstant la volonté de la population qui a subit les pires atrocités du régime syrien.

Depuis peu on constate la présence de Kaida   à Tripoli.  C’ est  un complot contre la ville répondent les deux interlocuteurs en chœur. Tripoli est une ville socialement, politiquement  et économiquement fragile. Elle  devient  un terrain fertile  pour tout. C’est la raison pour laquelle , il faut réflechir à  une stratégie d’urgence, pour soutenir  la Mairie et la ville. C’est la responsabilité des  politiciens.

Que faire : Tripoli une ville qui meurt ???? Que faire ???

Déclarer l’Etat d’urgence. Dans les quartiers sensibles. Stratégies d’urgence à réaliser de suite. Il ya beaucoup d’études qui ont été faites,  il faut les réaliser de suite. Repeindre les façades des immeubles dans les quartiers sensibles,  créer des emplois, rétablir la paix et combattre le chaos régnant,  faire vivre La foire internationale autant de projets qui n’ont jamais vu le jour…………………….

Mais avant toute chose, il faut créer un dialogue entre la population, Tripoli a toujours  été une ville cosmopolite et doit le rester.  C’est un cri du cœur, Tripoli n’appartient à personne,  c’ est la ville de la convivialité et  de la culture  par excellence et doit le rester à jamais……………………

Celui qui prône le contraire serait entrain de l’anéantir ……….

Cette émission a duré plus d’une heure et demi pendant lesquelles un tour d’horizon a été fait et nous remercions Dima Sadek, la LBCI et nos trois interlocuteurs : Dr Nader Ghazal, Dr Samer Annous et Elias Khlat pour ce beau projet réalisé enfin pour faire entendre la voix de la société civile tripolitaine qui est prise en otage par les belligérants,  abandonnée par l’état libanais et négligé de ses propres députés.

Expérience à renouveler……………………….

Par Joumana Chahal Tadmoury
Association pour la sauvegarde du Patrimoine de Tripolis (Paris)
Présidente

Libnanews

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