Jean-Yves le Drian a, une nouvelle fois, évoqué le dossier libanais lors du point-presse qui s’est tenu au Quai d’Orsay. Le Ministre des Affaires Etrangères français a souligné les liens étroits qui unissent le Liban et la France, liens qui se sont concrétisés par la visite du Président Français Emmanuel Macron, 2 jours après la catastrophe du 4 août dernier et l’explosion qui s’est produite.

Jean-Yves le Drian en a profité pour critiquer à nouveau la classe politique libanaise, accusée de parler sans rien faire face à la crise économique et notant que la banque du Liban est actuellement au bord de la faillite. Cet état de fait pourrait mener la population libanaise à souffrir davantage en raison de la crise financière que ce pays traverse

Il s’agit de mettre en place les réformes économiques promises afin d’ obtenir le déblocage de l’aide de la communauté internationale, réitère le ministre français.

Le Hezbollah, un parti politique élu par le peuple libanais

Répondant à une question concernant le Hezbollah, Jean-Yves le Drian a également estimé que ce dernier comporte une aile militaire et une aile politique. Si le Hezbollah militaire est considéré comme un mouvement terroriste, le Hezbollah politique est quant à lui est élu par une partie de la population, rappelle-t-il.

Extrait de la conférence de presse

Parlons donc du Liban : est-ce que vous respectez également, vous et le président de la République, la souveraineté du Liban quand on voit Emmanuel Macron se rendre sur place, avec vous, pour demander aux Libanais de se mettre d’accord sur un nouveau pacte politique, est-ce que vous avez le sentiment que vous n’intervenez pas dans un jeu qui n’est pas le jeu de la France ? 

R – Chacun est dans son rôle dans cette affaire. D’abord le président de la République s’est rendu au Liban deux jours après la catastrophe qui s’est produite. Il était le seul chef d’Etat à s’y être rendu depuis cette date. Nous étions au rendez-vous, nous avons été au rendez-vous à l’égard d’un pays ami avec qui nous avons une longue histoire…

Q – Mais il a critiqué le gouvernement, il a critiqué l’ensemble de la classe politique, il leur a formulé des injonctions, vous y étiez ; est-ce que c’est le rôle d’un chef d’Etat étranger de venir formuler des injonctions à un gouvernement dans un pays ?

R – Le problème, c’est quand un pays est au bord de la détresse et que ce pays est un pays ami, avec qui nous avons une relation particulièrement forte, des passions communes, des combats communs, des cultures communes, une francophonie commune, bref des relations personnelles communes, des communautés libanaises en France, des communautés françaises au Liban, bref… nous sommes de la famille, nous sommes très proches, les uns des autres. Quand ce pays-là se refuse à toute réforme alors qu’il est en train de sombrer et quand j’étais allé la première fois au Liban, avant la catastrophe, à la demande du président de la République au mois de juillet, j’avais dit : nous sommes presque à bord du “Titanic”, sauf qu’il n’y a pas d’orchestre, les gens se parlent sans arrêt mais il ne se passe rien. Et quand on sait que la moitié de ce pays a une population en-dessous du seuil de pauvreté, que la banque est proche de la faillite, qu’il n’y a plus de liquidités, qu’aucune réforme ne se fait et que ce même pays vient nous demander de l’aide internationale, alors, nous avons réuni, sous ma présidence, à la fin de 2018, une conférence que nous avons appelé conférence CEDRE pour dire : qui veut aider le Liban…

Q – Mais c’était une conférence de donateurs, ce n’était pas l’intervention dans le jeu politique libanais… 

R – … et on a eu 11 milliards mais à la condition que les réformes se fassent. Et on est allé dire aux Libanais : faites vos réformes. Les Libanais doivent assurer les réformes, doivent mettre en oeuvre les réformes. Tout le monde sait les réformes qu’il faut faire et la France doit, ensuite, parallèlement, aider à la reconnaissance de ces réformes par la communauté internationale. Chacun est dans son rôle. Nous sommes dans un rôle d’amis, mais je constate aussi à cet égard que la communauté internationale a valorisé, soutenu les efforts du président Macron, que ce soit les Nations unies ou que ce soit même le pape !

Q – On voit bien que vos objectifs sont légitimes, ils sont sans doute en accord avec les aspirations de la population, mais comment vous obligez un système politique à se réformer, à se saborder parce qu’au fond, ils se tiennent tous. Donc comment la France peut agir sans être accusée, effectivement, d’ingérence ?

R – On les a mis devant leurs responsabilités. Chacun sait ce qu’il doit faire mais ce sont les Libanais qui doivent assumer leurs responsabilités. Et s’ils n’assument pas leurs responsabilités, à ce moment-là, on renverra les Libanais à leur propre histoire et à leur propre situation. On ne va pas se substituer aux autorités libanaises.

Q – Il y a des Libanais même qui demandent de repasser sous le mandat français, par exemple, on va jusque-là ou pas ?

R – On était à Beyrouth aussi pour le centième anniversaire de la création du Liban. Curieuse convergence de l’agenda. Certains allaient même jusqu’à dire ça. Non, les Libanais, le Liban, est un peuple majeur, qui sait prendre ses responsabilités, qui a des ressources considérables, qui a une formation, une éducation très très forte, tout le monde sait ce qu’il faut faire.

C’est maintenant aux dirigeants libanais d’assurer. Il y a un nouveau Premier ministre, M. Adib, qui dit publiquement “je vais faire ça”, qui dit qu’il va faire un gouvernement dans quinze jours, OK, nous allons voir…

Q – Jean-Yves Le Drian, est-ce que vous allez discuter avec le Hezbollah ?

R – Le Hezbollah, il faut bien distinguer deux choses : il y a le Hezbollah militaire que nous condamnons, que l’Union européenne considère être une organisation terroriste. Et puis, vous avez le Hezbollah politique que les Libanais ont élu. Et donc, dans la conversation, il y a les acteurs avec leurs différentes histoires, confessions, origines, et il y a aussi le Hezbollah politique puisqu’il a été élu…

Q – Cela veut dire le parti de Dieu, Hezbollah…

R – Oui, c’est un parti politique comme il y a d’autres partis politiques…

Q – Mais comment mettre de côté l’influence, par exemple, de l’Iran, de la Syrie puisque vous dites que vous voulez laisser les Libanais décider de leur propre sort ?

R – Les Libanais ont toujours dit – et c’est un point très important – qu’ils étaient très attachés au principe de dissociation. Et c’est un point très important parce que si le Liban ne fait pas les réformes, ne s’engage pas dans cette dynamique que demande d’ailleurs la population qui a manifesté à plusieurs reprises, alors ce pays peut être l’enjeu d’affrontements, de dépeçage au niveau international et par des acteurs de la région, ce que personne ne souhaite et les Libanais non plus, y compris d’ailleurs, au moins dans le propos et dans le discours, le Hezbollah politique.

Q – Encore une question sur le sujet et on va avancer, beaucoup de questions parce qu’il y a beaucoup de dossiers sur votre bureau. Carine Bécard ?

Q – Monsieur Le Drian, vous dites : c’est un pays majeur, on peut lui faire confiance, je suis moi-même confiant. Est-ce qu’on peut faire confiance à un pays qui…, on le voit bien, l’enquête sur cette explosion n’a toujours pas avancé, on ne sait toujours pas vraiment ce qui s’est passé, on n’a toujours pas les responsables en fait de cette explosion ?

R – Honnêtement, c’est assez logique, c’est une enquête qui demande du temps et pour être très clair…

Q – Ce n’est pas ce qui avait été dit au début quand même…

R – Je pense que le président de la République, le président Aoun, a été un peu vite en besogne en disant : “dans trois jours, j’ai les résultats d’une enquête.” Une enquête aussi importante nécessite quand même beaucoup d’investigations. Nous avons à leur demande fait participer des experts français à cette enquête qui est en cours.

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