
Le Liban a traversé, entre samedi 23 et lundi 25 mai, une nouvelle séquence de frappes, d’ordres d’évacuation et de bilans provisoires, avec Sir al-Gharbiyeh comme point le plus lourd du week-end. Dans cette localité du caza de Nabatiyé, une frappe a tué 11 personnes, dont un enfant et six femmes, et blessé neuf autres, selon le bilan communiqué par les autorités sanitaires. Autour de cet épisode, les attaques se sont étendues à Arab Salim, al-Namiriya, al-Duweir, Toul, Bazouriyeh, Toura, Srifa, Nabatiyé et plusieurs localités de la Bekaa occidentale. Les chiffres disponibles restent évolutifs, car les secours ont travaillé sous pression, parfois dans des zones frappées à plusieurs reprises.
Les principaux bilans recensés
| Date | Lieu | Bilan rapporté | Détails |
|---|---|---|---|
| 22 mai | Hanouiyeh | 4 morts, 2 blessés | Quatre secouristes de l’Association sanitaire islamique tués |
| 22 mai | Deir Qanoun al-Nahr | 6 morts, 6 blessés | Dont deux secouristes et une enfant syrienne |
| 23 mai | Sud et Est du Liban | 16 morts, au moins 33 blessés | 40 attaques rapportées |
| 23-24 mai | Sir al-Gharbiyeh | 11 morts, 9 blessés | Dont un enfant et six femmes tués |
| 24 mai | Arab Salim | 2 morts, 10 blessés | Dont un secouriste tué et six secouristes blessés |
| 24 mai | al-Namiriya | 2 morts, 1 blessé | Trois frappes contre deux motos |
| 24 mai | Toul | 1 mort | Moto visée près de l’hôpital Cheikh Ragheb Harb |
| 24 mai | Bazouriyeh | 1 mort, 2 blessés | Frappe dans le caza de Tyr |
| 24 mai | Toura | 1 morte, 2 blessés | Maison visée |
| 24 mai | Srifa | 3 corps retirés | Maison frappée dans le secteur de Taffahiya |
| 25 mai | Sud-Liban | 1 soldat israélien tué, 1 blessé grave | Sergent Nehoray Leizer, 19 ans |
Une séquence dominée par Sir al-Gharbiyeh
Le fait central de ces dernières 48 heures reste la frappe de Sir al-Gharbiyeh. Le village, situé dans le caza de Nabatiyé, a été touché samedi par un raid visant un bâtiment résidentiel de trois étages dans le quartier d’al-Zouhour. Le bilan a d’abord circulé sous une forme partielle, avant d’être revu à la hausse après les recherches dans les décombres. Les autorités sanitaires ont finalement annoncé 11 morts et 9 blessés. Parmi les morts figurent un enfant et six femmes. Parmi les blessés, quatre enfants et une femme ont été recensés.
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Cette frappe concentre les éléments qui expliquent la gravité de la séquence. Le bâtiment visé était une habitation. Les victimes comprennent plusieurs civils. Les secours ont dû intervenir dans un environnement encore instable. Les familles ont attendu l’identification des corps, tandis que les hôpitaux de la région recevaient les blessés. Le bilan a donc progressé par étapes, comme souvent après les frappes qui détruisent entièrement un immeuble. Il ne s’agit pas seulement d’un chiffre. Il s’agit du cœur du bilan humain du week-end au Sud-Liban.
Autour de Sir al-Gharbiyeh, d’autres localités du caza de Nabatiyé ont subi des frappes ou des avertissements israéliens. Jebchit, Harouf, Kfar Roummane, Haboush, Toul, Zebdine, Kfar Jouz et Arab Salim ont été cités dans les comptes rendus de terrain, les ordres d’évacuation ou les bilans sanitaires. Cette concentration d’incidents a donné au secteur de Nabatiyé un rôle central dans les événements des dernières 48 heures. La ville de Nabatiyé elle-même a aussi été touchée, notamment par la destruction du centre régional de la défense civile.
Samedi : 40 attaques et un bilan lourd
La journée de samedi a été l’une des plus denses de la séquence. Un décompte régional évoque 40 attaques israéliennes au Sud et à l’Est du Liban, dont 37 frappes aériennes, un tir d’artillerie et deux opérations de destruction ou explosions. Le bilan rapporté pour cette journée atteint au moins 16 morts et 33 blessés. Ces chiffres agrègent plusieurs secteurs et doivent être lus avec prudence, car certains bilans locaux ont été actualisés plus tard. Ils donnent toutefois une indication claire du rythme des attaques.
Dans le secteur de Tyr, plusieurs frappes ont été signalées au cours du week-end. À Srifa, trois corps ont été retirés des décombres d’une maison frappée dans le secteur de Taffahiya. À Bazouriyeh, une frappe a fait un mort et deux blessés. À Toura, une femme a été tuée et deux autres personnes ont été blessées lorsqu’une maison a été visée. Ces bilans sont moins lourds que celui de Sir al-Gharbiyeh, mais ils montrent la dispersion des frappes sur plusieurs villages et axes de circulation.
Arab Salim et les secours touchés
La frappe d’Arab Salim a ajouté une dimension particulièrement sensible au bilan. Dimanche, deux personnes y ont été tuées, dont un secouriste de l’Autorité sanitaire islamique, et dix autres ont été blessées. Parmi les blessés figurent six secouristes. Le village avait déjà été cité dans les avertissements israéliens et dans les comptes rendus d’attaques. Les informations disponibles indiquent que les équipes de secours intervenaient dans un secteur déjà touché. Cet élément renforce les inquiétudes sur la sécurité des opérations d’extraction et d’évacuation des blessés.
Arab Salim s’inscrit dans une série plus large d’attaques ayant frappé des personnels de secours. Vendredi 22 mai, juste avant la période principale du bilan, des frappes sur Hanouiyeh et Deir Qanoun al-Nahr avaient tué 10 personnes, dont six secouristes et une enfant syrienne. À Hanouiyeh, quatre secouristes de l’Association sanitaire islamique avaient été tués. À Deir Qanoun al-Nahr, six personnes avaient péri, dont deux secouristes affiliés aux Scouts al-Rissala et une enfant. Ces précédents immédiats pèsent sur la lecture du week-end.
La destruction du centre régional de la défense civile à Nabatiyé illustre aussi la pression exercée sur les capacités locales de secours. Le bâtiment a été frappé dans la nuit de samedi à dimanche. Il s’est effondré, et plusieurs véhicules ainsi que des équipements ont été endommagés. Aucun agent n’a été signalé tué dans cette frappe, les équipes ayant été déplacées auparavant. Mais la perte d’un tel point d’appui réduit la capacité de réponse dans une zone où les attaques se multiplient.
Motos, véhicules et routes sous menace
Dimanche, plusieurs frappes de drones ont visé des motos ou des véhicules. À al-Namiriya, deux jeunes hommes ont été tués et une autre personne blessée après trois frappes successives contre deux motos dans le quartier d’al-Ghabra. À al-Duweir, une moto a été prise pour cible, puis des habitants venus inspecter un site touché ont été frappés selon des informations locales. À Toul, une moto a été visée près de l’hôpital Cheikh Ragheb Harb, tuant un jeune homme. Ces attaques ciblées ont rythmé la journée et compliqué la distinction entre incidents isolés et séquence coordonnée.
Sur l’axe Nabatiyé-Zefta, un véhicule municipal a été touché. Mohammad al-Jawad Fadi Bitar, présenté comme fonctionnaire municipal, a été tué. Son père, Fadi Bitar, a été grièvement blessé. Cette attaque montre que les victimes ne se limitent pas aux occupants de maisons touchées par les frappes aériennes. Les déplacements sur les routes locales sont également devenus dangereux, notamment pour les motos, les véhicules municipaux et les voitures circulant entre des villages déjà sous surveillance de drones.
La Bekaa occidentale dans le périmètre des frappes
La Bekaa occidentale a également été touchée, ce qui marque une extension géographique importante. Les secteurs de Sohmor, Qlaia et Labbaya ont été cités après des ordres d’évacuation. Des frappes ont aussi visé la zone située entre Sohmor et Labbaya. Cette région se trouve à distance de la ligne frontalière immédiate, ce qui renforce le sentiment d’élargissement du théâtre des opérations. Pour les habitants, la distance avec la frontière ne garantit plus une relative sécurité.
Les ordres d’évacuation ont accompagné cette intensification. Samedi, l’armée israélienne a demandé aux habitants de plusieurs localités de quitter leurs maisons et de s’éloigner d’au moins 1 000 mètres vers des espaces ouverts. Dimanche, de nouveaux avertissements ont visé Kfar Sir, Sir al-Gharbiyeh, Zrariyeh, Ansar, Mazraat Kouthariyet al-Riz et Kharayeb. Un autre message a mentionné Machghara, Deir al-Zahrani, al-Charqiyé, al-Duweir, Qlaia, Sohmor, Zebdine, Nabatiyé al-Tahta, Arab Salim et Kfar Jouz. Lundi matin, d’autres localités du Sud étaient encore citées dans de nouveaux avis.
Ces avertissements provoquent des mouvements de population difficiles à mesurer. Des familles quittent les villages menacés vers Saïda, Beyrouth ou des localités jugées plus sûres. D’autres restent sur place pour protéger leurs maisons, s’occuper de proches âgés ou faute de solution immédiate. Les municipalités doivent ensuite recenser les absents, les blessés, les déplacés et les dégâts matériels. Ce travail prend du temps. Il explique une partie des écarts entre les premiers bilans et les chiffres consolidés plusieurs heures plus tard.
Des dégâts sur l’économie locale
Les dégâts matériels touchent aussi des secteurs économiques. Dans la région de Nabatiyé, des commerces, des restaurants, des galeries, une coopérative, une station-service et des bâtiments résidentiels ou mixtes ont été endommagés ou détruits. À Haboush, une frappe a détruit un bâtiment résidentiel et commercial situé près d’une école internationale. À Marj Harouf, des installations commerciales ont subi des dommages importants. Ces destructions perturbent l’approvisionnement local, alors que les déplacements de population augmentent les besoins.
Hezbollah et armée israélienne poursuivent les opérations
Le Hezbollah a revendiqué plusieurs opérations durant la même période. Le mouvement a annoncé avoir visé des rassemblements de véhicules militaires israéliens dans le secteur de Biyyada, ainsi que des positions à Rachaf et près du Nahr Deir Siryan. Il a aussi revendiqué des tirs de roquettes, des tirs d’artillerie et des attaques de drones contre des positions israéliennes. Ces opérations s’inscrivent dans une dynamique de riposte revendiquée, tandis qu’Israël affirme viser des infrastructures, des combattants ou des mouvements liés au Hezbollah.
Côté israélien, l’armée a annoncé lundi la mort du sergent Nehoray Leizer, 19 ans, du 601e bataillon du génie de combat, dans le Sud-Liban. Un autre soldat a été grièvement blessé dans le même incident. Des médias israéliens ont évoqué une attaque de drone explosif. Cette perte confirme que les combats ne se limitent pas aux bombardements à distance. Elle montre aussi que les opérations au sol ou à proximité de la ligne de contact restent coûteuses pour l’armée israélienne.
Déclarations politiques et trêve fragilisée
Les déclarations politiques maintiennent la tension. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a indiqué à Donald Trump qu’Israël entendait conserver sa liberté d’action face aux menaces, y compris au Liban. Cette position affaiblit la portée pratique de la trêve, car elle laisse ouverte la poursuite des frappes. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a accusé le Hezbollah de chercher à replonger le Liban dans le chaos. Il a aussi défendu le droit d’Israël à se protéger contre les tirs ou les attaques préparées par le mouvement.
Du côté du Hezbollah, Naïm Qassem a rejeté les appels au désarmement du mouvement. Il a présenté cette option comme une atteinte à la capacité de défense du Liban. Il a aussi lié la situation libanaise aux discussions américano-iraniennes, en exprimant l’espoir qu’un éventuel accord régional inclue un arrêt des hostilités au Liban. Cette position maintient le dossier libanais dans un cadre régional plus large, où Washington, Téhéran et Tel-Aviv pèsent directement sur la marge de manœuvre de Beyrouth.
La trêve reste donc très fragile. Israël et le Liban avaient accepté une prolongation de 45 jours du cessez-le-feu sous médiation américaine, mais les frappes et les ripostes n’ont pas cessé. Les pourparlers prévus à Washington doivent traiter du cessez-le-feu, du retrait israélien, de la sécurité du nord d’Israël et du désarmement du Hezbollah. Les positions restent éloignées. Beyrouth demande l’arrêt des attaques et le retrait israélien. Israël réclame des garanties de sécurité et le démantèlement des capacités militaires du Hezbollah.
Washington, Téhéran et le dossier libanais
Les discussions entre les États-Unis et l’Iran ajoutent un second niveau diplomatique. Washington cherche un accord plus large, qui pourrait inclure la réouverture du détroit d’Ormuz, le dossier nucléaire iranien, les sanctions et les fronts régionaux. Téhéran souhaite que le Liban soit intégré à tout arrangement. Les informations disponibles évoquent une possibilité de désescalade, mais aucun mécanisme concret n’a encore arrêté les bombardements. Sur le terrain, les habitants ne voient pas encore de différence entre la trêve annoncée et la réalité quotidienne.
Le bilan humain doit aussi être replacé dans un contexte national plus lourd. Depuis la reprise des hostilités du 2 mars, les autorités libanaises font état de plus de 3 000 morts et de plusieurs milliers de blessés. Les chiffres publiés au fil des derniers jours varient selon l’heure de consolidation et selon les décès intégrés après transfert hospitalier. Cette variation ne doit pas être interprétée comme une contradiction automatique. Elle reflète un système sanitaire sous pression, où les hôpitaux, les morgues, les municipalités et les équipes de secours transmettent leurs données à des moments différents.
Les secouristes affrontent en outre une difficulté opérationnelle majeure. Lorsqu’une frappe détruit une maison ou vise un véhicule, les premières équipes doivent vérifier l’absence de drones menaçants avant de s’approcher. Cette attente peut faire perdre un temps décisif. Elle peut aussi retarder l’extraction des corps, surtout lorsque les gravats sont instables ou que les routes d’accès ont été endommagées. Dans plusieurs villages du Sud, les familles n’obtiennent donc pas immédiatement une information complète sur le sort des proches absents.
Les habitants décrivent une vie suspendue aux messages d’alerte, aux sirènes locales et aux informations transmises par les municipalités. Les commerces ferment par précaution. Les écoles et les administrations adaptent leurs horaires ou interrompent leurs activités. Les hôpitaux de Nabatiyé, Tyr et Saïda reçoivent des blessés de plusieurs villages à la fois, ce qui complique le suivi des victimes par localité. Dans ce contexte, la publication d’un bilan définitif nécessite souvent plusieurs recoupements, surtout lorsque les victimes appartiennent à des familles déplacées.
Le bilan des dernières 48 heures reste donc ouvert. À Sir al-Gharbiyeh, Arab Salim, al-Namiriya, al-Duweir, Toul, Bazouriyeh, Toura, Srifa, Nabatiyé et dans la Bekaa occidentale, les chiffres peuvent encore évoluer après identification des victimes, transferts hospitaliers et vérifications municipales. Cette incertitude ne contredit pas les bilans déjà publiés. Elle reflète la fragmentation du terrain, la multiplication des frappes et la difficulté d’intervenir rapidement dans des zones encore survolées ou menacées. Lundi, la journée s’ouvrait encore sur de nouveaux avertissements, tandis que les familles cherchaient à récupérer les corps et à organiser les évacuations.


