Mezzé. Crédit Photo: Marie-Josée Rizkallah, tous droits réservés.
Mezzé. Crédit Photo: Marie-Josée Rizkallah, tous droits réservés.

Il m’a fallu l’épisode, devenu récurrent, de l’élection de Miss Lebanon, et les critiques qui reviennent à chaque lendemain d’élection, pour me décider d’écrire ces quelques lignes. J’espère ne pas tomber dans mon propre piège…

Dans un pays où l’élection devient tabou, l’élection de Miss Liban fait tâche, pour certains. Rien de démocratique dans cette élection, qui reste avant tout un évènement médiatique et mondain. Avec les autres festivals, programmés pour la plupart durant l’été, Miss Lebanon est un produit de marketing touristique par excellence. Ces évènements remplissent bien leur mission, dans un pays en état de déliquescence avancée. Que les candidates, soient heureuses, que les organisateurs en soient remerciés, et que les critiques, malheureuses, se taisent.

Ceux qui critiquent le manque de culture chez les jeunes candidates, jolies, rayonnantes et ambitieuses, n’ont qu’à essayer, à 20 ans, de se tenir avec l’aisance nécessaire, devant des millions de téléspectateurs, pour répondre à des questions pédantes et si peu originales. Ces jeunes femmes ne représentent nullement la diversité socioculturelle du Liban. Cela restera mon plus grand regret, dans un pays qui vit sa diversité comme les critiques vivent la culture. Un mezze à la libanaise, où on va rarement à l’essentiel, et où on s’attarde surtout à toucher à tout et à rien et en permanence. Aux jeunes candidates, heureuses ou déçues, et qui s’apprêtent à se lancer dans la vie, vous étiez belles et rayonnantes. Sachez que si vous êtes critiquées, gratuitement, c’est le plus souvent par ignorance…

Pour poursuivre ces quelques lignes, il me fallait un boost supplémentaire. De si nombreuses personnalités publiques libanaises se portaient candidates… Revenons au mezze, ce festin aux plats variés qui introduit en quelque sorte un plat principal supposé assouvir notre faim. Car, en effet, le parallèle est utile à faire entre la culture du mezze, héritée de nos ancêtres, et le mezze de la culture que nous donnons en héritage à nos enfants… Ce parallèle mérite d’être fait également entre nos belles candidates à Miss Liban et les auteurs des critiques les plus vexantes à leur égard. Tentez l’exercice, et vous comprendrez bien mes pensées…

Les candidates à Miss Liban viennent de se mettre à table. Certaines succomberont à la culture du mezze, et seront rassasiées avant d’attendre le plat principal. A ce stade de la compétition, et à ce stade de leur vie, on n’en sait rien. Par contre, nombreux sont ceux qui les critiquent et qui s’apprêtent, eux, à se lever de table avant d’avoir attendu le plat principal… Ceux-là, journalistes, hommes et femmes politiques, mondains de tous poils, sont les vrais adeptes de la culture du mezze, et rares, très rares, sont ceux parmi eux qui n’ont pas très vite succombé à la paresse intellectuelle pour pousser plus loin leur culture. En plus, ce qu’ils peuvent être moches, eux, le plus souvent.

Fadi Assaf, http://www.mesp.me