logo-ahrar-al-shamEn partenariat avec Al Madaniya – Par l’Institut scandinave des droits de l’homme

sihrUne étude interne de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR) sur Le Mouvement islamique «Ahrar Al Sham» «Les hommes libres du Levant).

Adaptation en version française par René Naba, directeur du site www.madaniya.info

IV- La charte du Front Islamique: La gouvernance de Dieu (Hakimyat Allah)

Le Front Islamique a définitivement tranché la question de sa filiation idéologique en décrétant dans l’article 1 de sa charte «le principe de la gouvernance de Dieu», caractéristique d’un acte de foi majeur du courant salafiste djihadiste.

Le Front Islamique va même jusqu’à spécifier que son objectif vise à l’édification d’un État islamique dont la souveraineté relèvera exclusivement de la Loi de Dieu, en tant que référence d’un gouvernement juste, régissant les individus, la société et l’État.

Une proclamation de foi confirmée par l’adoption d’un «Pacte d’allégeance et de sauf conduit». Ce document souligne que l’état doit être fondé «sur une base islamique religieuse et non sur la base de la nationalité. Son allégeance doit être à l’Islam et aux musulmans, son hostilité doit être portée vers l’idolâtrie et les idolâtres». …«Un état qui adopte l’Islam pour la détermination de sa politique interne afin qu’elle soit une source de fierté pour les Musulmans et que la religion musulmane gouverne les principales articulations de l’état.

En politique étrangère: L’objectif est de «porter haut la parole de Dieu et d’édifier un État Islamique Mondial et Solide. Un état hostile aux régimes illégitimes». (Un régime légitime, d’un point de vue salafiste, est un régime gouverné par la Charia ou alors un régime placé sous le régime de la dhimmitude et soumis en conséquence à un impôt spécifique de servitude).

Article 5 de la Charte: «Les enfants du Front Islamique sont des Musulmans. Leur allégeance est à la religion de Dieu, rassemblés par leur Dieu commun, en vue de mener le Djihad et de rejeter l’injustice et la tyrannie. Leur objectif est d’établir la «Loi de Dieu» sur terre, fiers de leur appartenance à la nation musulmane dont ils se considèrent comme des membres indivisibles».

Article 14: «Le Front Islamique entretient de bonnes relations internationales avec tous les états qui ne nourrissent pas à son égard des intentions hostiles, de manière compatible avec ses intérêts, selon les dispositions de la législation islamique. Ces dispositions sont contenues dans le pacte d’allégeance et d’exemption».

Le document de réflexion sur «la stratégie régionale sur la terre du Levant».

Sur ce point, une convergence existe entre le Front Islamique et Al Qaida, lequel reconnaît l’importance de l’action extérieure. Un document de réflexion sur «la stratégie de la guerre régionale sur la terre du Levant» en traite en ces termes: «Tout jeu local qui ne tient pas compte de la sphère générale du jeu, qui ignore comment traiter avec elle et conjuguer ses efforts, ne réussira pas à faire bouger les choses, sauf volonté de Dieu».

La stratégie détaillée par ce document met l’accent sur la souplesse: «Toute force djihadiste qui souhaite s’engager sur la scène du Levant, -de plus en plus mouvante avec une violence de plus en pus accrue-, avec un nombre d’acteurs de plus en plus nombreux, doit s’appuyer sur une stratégie souple pour se positionner en fonction des interventions sur le théâtre d’opérations ou contre les actions hostiles imposées par les grandes puissances».

Bien que la Charte du Front Islamique ne spécifie pas clairement qu’il vise à l’établissement d’un califat mondial, allant même jusqu’à faire allusion à la création d’un État Islamique dans le cadre des frontières de la Syrie, diverses raisons nous inclinent à penser qu la Charte du Front Islamique a recouru à la restriction mentale et à la dissimulation des véritables objectifs de son combat.

1 ère raison: la Charte porte le nom «Projet d’une Nation» (Machrouh al Oumma), une claire suggestion au fait que le Front Islamique se considère comme porteur légitime du projet de la «Nation Islamique», qui s’assimile en fait au projet de «Califat Islamique. Ce faisant, les rédacteurs du projet ont ainsi voulu ménager les étapes, selon l’expression d’Abou Issa Al Cheikh. Veillant à ne pas «étaler la totalité de leurs visées, ils ont opté pour une politique progressive, celle-là même pratiquée par Ahrar Al Sham.

2me raison: L’abolition du découpage territorial résultant des accord Sykes-Picot de 1916. C’est à tout le moins ce qui se déduit des propos de l’Émir du mouvement Ahrar Al Sham, Hassan Abboud. Dans un entretien à la chaîne du Qatar Al Jazira, en date du 13 juin 2013, soit un an avant son assassinat, le dirigeant d’Ahrar Al Sham avait déclaré textuellement: «Nous attendons avec impatience le jour où nous pourrons détruire de nos mains les barrières qui nous ont été imposées par Sykes-Picot. C’est un fait. Nous ne nous bornons pas à dépasser ces données de fait. Ce que nous visons et espérons est de voir la Oumma constituer une entité unique une nouvelle fois».