logo-ahrar-al-shamEn partenariat avec Al Madaniya – Par l’Institut scandinave des droits de l’homme

sihrUne étude interne de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR) sur Le Mouvement islamique «Ahrar Al Sham» «Les hommes libres du Levant).

Adaptation en version française par René Naba, directeur du site www.madaniya.info

V- Le Front Islamique et ses alliances

Le Front Islamique a opéré une répartition de ses allégeances en fonction de ses sources de financement, de ses pourvoyeurs en armes et selon les besoins du djihad. Les principaux groupements du Front Islamique ont en outre noué de très solides relations avec le trio occidental (Etats-Unis, Royaume Uni et France) en charge du dossier Syrie.

Trois de ses formations entretenaient d’ailleurs de très anciennes relations avec Robert Ford, ambassadeur des États Unis auprès de l’opposition off-shore.

Bien que le Front Islamique ait bénéficié du financement des salafistes des pétromonarchies du Golfe, certains des groupements ont préféré s’appuyer davantage sur le Qatar et d’autres -tels Al Qaida et le Front Islamique-compter sur le soutien de l’Arabie Saoudite.

De forts indices confirment l’existence de liens directs dans de nombreux domaines entre le Front Islamique et les deux branches d’Al Qaida en Syrie. Mais cette coopération n’a pas exclu pour autant la rivalité entre ces deux mouvements; Une rivalité qui s’est exprimée de diverses façons sur le terrain.

Dans la foulée de la libération des détenus de Da’ech en Irak, Abou Abbas Al Shami a déclaré sur twitter: «J’ignore pourquoi mon cœur est rempli d’inquiétudes à la libération des prisons d’Irak (22 juillet 2013). Des gazouilleurs partisans de Da’ech lui répliquèrent sans ménagement: «Abou Abbas est supposé remercier Dieu que les renégats aient été vaincus et les prisonniers libérés. Que peut-on faire pour un homme attaché d’une manière très fanatique à son parti» (site Ana Mouslim -Je suis Musulman).

A – Chafi Al Ajami Al Koweiti, un des principaux bailleurs de fonds d’Ahrar Al Sham

Les conflits sur les sources de financement sont fréquents. Si Ahrar Al Sham couvre d’éloges Chafi Al Ajami Al Koweiti, un des principaux bailleurs de fonds et un des plus importants soutiens du projet islamiste en Syrie, les partisans de Da’ech l’abreuvent d’injures, le qualifiant d’«hypocrite louvoyant, que Dieu doit faire disparaître sur terre, bien avant l’au-delà».

La polémique a pris parfois un ton si exaspéré qu’elle a conduit le chef d’une des principales formations du Front Islamique, Zahrane Allouche, à intervenir publiquement sur ce point: «Mon cher frère, nous n’avons rien reçu jusqu’à présent de Cheikh Chafi, sachant pertinemment que Cheikh Chafi n’apporte le moindre soutien à Liwa Al islam, pas le moindre dinar à ce jour (25 Juin 2013).

B – La présence des combattants étrangers (Les djihadistes migrants).

La charte du Front Islamique a admis la présence de combattants migrants en Syrie (moujahed mouhajer), précisant qu’il s’agit de «frères qui nous apporte leur soutien dans le djihad auxquels nous sommes gré de leur participation à ce djihad. Nous leur sommes redevables de leur soutien et réciproquement».

Mais la vérité est toute autre. L’affaire ne se limite pas à des migrants partisans, satisfaits de la considération dont ils bénéficient. Des indices pointent du doigt Ahrar Al Sham, le groupe axial du Front Islamique, dans son rôle majeur dans l’accueil des combattants étrangers, s’y appliquant, dès le début de la crise syrienne, à mettre sur pied ce système.

Un coup d’accélérateur a été donné à ce processus avec la remise en liberté en Mai 2011 des détenus de la prison de Saydnaya (périphérie de Damas) à la faveur de l’amnistie générale décrétée par le pouvoir syrien. Parmi les personnes libérées figuraient en effet Hassan Abboud, le chef d’Ahrar Al Sham.

Le travail à l’époque se passait dans la plus grande clandestinité. Trente mois après la libération du chef de ce mouvement, il est clairement apparu qu’Ahrar Al Sham a été le premier groupement à accueillir de djihadistes migrants en provenance de divers pays.

La plupart se sont ensuite ralliés à Jabhat An Nosra après sa création fin 2011. Le nombre des migrants combattants ralliés à Jabhat An Nosra n’a pu être déterminé avec précision. Mais cette transhumance entre groupements djihadistes a donné lieu à de vives tensons entre Jabhat An Nosra et Ahrar Al Sham.

Abou Bassyr At Tartoussi, un des plus célèbres théoriciens du djihadisme à l’échelle planétaire, a été le premier à mettre en suspicion Jabhat An Nosra, multipliant les accusations à son égard pendant plusieurs mois. Il n’est pas exclu de penser que cette polémique ait été favorisée par le régime syrien, quand bien même Abou Bassyr At Tartoussi passe pour être une des références majeures d’Ahrar al Sham.

Une des conséquences de cette polémique est le fait que, pour la première fois en Syrie, l’existence de conseils des tribus en Syrie, -sur le modèle des conseils de tribus en Irak du temps de l’occupation américaine-, est mentionnée dans le débat public.

Ahrar Al Sham a été le premier groupement à être accusé par Jabhat An Nosra de faire office de «conseil de tribus» contre les Moujahiddines. L’accusation peut surprendre lorsque l’on sait l’étroite collaboration qui existait peu de temps auparavant entre Jabhat An Nosra et Abou Bakr Al Baghdadi, futur chef de Da’ech.

Parmi les migrants ayant adhéré à Ahrar Al Sham figuraient d’anciens et d’actuels Moujahiddoune d’Al Qaida ainsi que certains dirigeants. Si la présence de dirigeants d’Al Qaida, non syriens, dans l’organigramme du Front Islamique n’a pas été établi à ce jour, la présence de dirigeants syriens est, en revanche, désormais patente.

C – Abou Khaked Al Soury, en coordination avec le journaliste d’Al Jazira le syrien Tayssir Allouni pour le compte d’Al Qaida

L’un d’entre eux est Abou Khaled Al Soury, l’un des plus célèbres d’entre eux et le plus mystérieux aussi. Un des fondateurs d’Ahrar Al Sham où il exerça de hautes responsabilités entourées du plus grand secret, Abou Khaled Al Soury était dans le même temps un chef d’Al Qaida,très proche de son fondateur Oussama Ben Laden.

Abou Khaled Al Soury coordonnait ses activités avec Tayssir Allouni, le journaliste syrien de la chaîne du Qatar «Al Jazira» qu’Ayman Al Zawahiri, en son temps, avait désigné comme tant «le meilleur à nous informé et le meilleur à nous faire connaître».

(NDLR: Journaliste syro-espagnol, Tayssir Allouni a été inculpé par la justice espagnole pour «collaboration avec un réseau terroriste» et condamné à 7 ans de prison ferme, en septembre 2005).

Abou Khaled Al Soury a même été chargé de régler le différend entre Mohammad Al Joulani et Abou Bakr Al Baghdadi. Il a été 3eme destinataire du verdict rendu dans le conflit, dont les deux autres destinataires n’étaient autre que les deux protagonistes.

Outre Abou Khaled Al Soury et Abou Tayssir At Tartoussi, deux autres noms ont émergé: Abou Mariam Al Falastini et Abou Mohamad Al Faransi.

Abou Mariam Al Faransi, arrêté par les autorités jordaniennes, s’est révélé par la suite

comme étant un chef législatif d’Ahrar Al Sham. Abou Mohamad Al Faransi dont le nom est devenu public après un incident à Miskine (périphérie d’Alep), s’est révélé être le Mufti général de la division Mouss’ab Ben Omeir d’Ahrar Al Sham.

L’indice le plus solide de l’appartenance d’Ahrar Al Sham, et par voie de conséquence du Front Islamique, au djihadisme mondial est la présence de la Brigade Al Forqane, constituée, dans sa totalité, de djihadistes migrants en provenance de divers pays du monde.

Il est indubitable qu’une composante importante du Front Islamique, le groupement Ahrar Al Sham, est affiliée à Al Qaida, soit d’une manière organique, soit du point de vue comportemental. Ce dernier courant a finalement réussi à monopoliser le pouvoir décisionnaire d’abord au sein d’Ahrar Al Sham, ensuite au niveau du Front Islamique, en partage avec Jaych Al Fateh, indépendamment de ses autres composantes.

L’étroite alliance entre Ahrar Al Sham et Jabhat an Nosra traduit cette connivence: A l’instar de autres formations, Ahrar Al Sham avait vivement critiqué l’allégeance de Mohamad Al Joulani à Ayman Al Zawahiri, considérant que cet acte constituait un service rendu au régime syrien.

Puis lorsque le différend a éclaté entre Jabhat An Nosra et Da’ech, Ahrar Al Sham n’a pas vu la moindre objection à s’allier avec une organisation qu’elle accusait auparavant de servir le régime syrien, préférant se ranger aux côtés de Jabhat an Nosra qui faisait preuve, selon Ahrar al Sham, d’une meilleure compréhension des réalités de la Syrie que son rival Da’ech.

Ahrar A Sham se présente comme étant «un mouvement islamique global veillant à la libération du territoire, à la promotion de l’être humain et la construction d’une société musulmane mature en Syrie». Pourtant tant dans ses déclarations publiques que sur les réseaux sociaux, Ahrar Al Sham tient des propos en décalage avec son discours officiel.

A titre d’exemple, il qualifie l’armée syrienne et ses alliés de «renégats» et les unités de d’auto-défense du peuple kurde sont gratifiés de la dénomination de «bandes de miliciens». Dans les films de propagande qu’il diffuse après chaque opération militaire, il présente enfin le conflit de Syrie comme étant un conflit contre «les Chiites, les renégats et les nousseyrites».

Son attitude converge avec celle de Liwa Al Islam. Une vidéo de son chef, Zahrane Allouche, qu’il nous a été donnée de visionner emprunte les mêmes termes: «La gloire des Omeyyades va rejaillir à nouveau sur le Levant, malgré vous. Les Moujahiddines du Levant laveront le Levant de la souillure des renégats, afin de le purifier de leur souillure. …« Les renégats et les Noussseyrites encerclent Al Ghoutta (périphérie de Damas), je vous annonce renégats remplis de souillures que, de la même manière que les Ommeyades ont brisé vos têtes dans le passé, les habitants de Ghoutta et du Levant briseront vos têtes.….« Ils vous feront goûter la souffrance sur terre, avant que Dieu ne vous la fasse goûter dans l’au-delà. Renégats, vous subirez ce à quoi vous ne vous attendez pas».

D- Des rapports entre Al Qaida:

Zahrane Allouche, chef du Jaych Al Islam (l’armée de l’Islam) a tenu les propos suivants sur les rapports du Front Islamique avec Al Qaida: Jabhat an Nosra est une formation islamiste combattante déployée en Syrie. Ce sont des frères. Pour narguer nos ennemis, nous nous sommes associés dans de nombreuses batailles et avons constaté leurs bonnes prestations aux combats.

…«Personnellement, j’ai rencontré leur responsable de la législation islamique Abou Maria Al Qahtani et je n’ai constaté aucune divergence entre leur législation et la nôtre. Si nous formions un même groupement, Abou Maria Al Qahtani aurait été son responsable de la législation.

Zahrane Allouche a conclu ses propos en rendant hommage à Abou Mohamad Al Joulani, chef du Jabhat An Nosra, qu’il avait rencontré deux ans auparavant, mentionnant «son souci de veiller à l’avenir de cette nation» (Interview au journal Al Hayat en date du 21 novembre 2013).

E- La proportion des opérations conjointes Jabhat an Nosra et Jaych Al Islam est de l’ordre de 80 pour cent.

Les opérations conjointes menées par Jabhat An Nosra et Jaych Al Islam, sous commandement commun, notamment à Al Qalmoun, Ersal, ainsi que contre la prison centrale d’Alep et à Kuneîtra (chef lieu du Golan occupé par Israël), donnent une idée de l’ampleur de leur inter-connectivité et de leur coopération, voie même du degré de leur compétition à capter les djihadistes migrants.

Plusieurs responsables du Jabhat An Nosra assument d’ailleurs le commandement des formations militaires du Front Islamique, à l’échelon de la compagnie et de fortes similitudes existent dans leurs méthodes de combat, que cela soit dans la façon de procéder à la mobilisation psychologique, aux mots d’ordre employés, au recours aux l’enlèvement et à l’assassinat sur une base confessionnelle.

Les ONG s chargées de la défense des Droits de l’Homme estiment qu’il n’y aucune différence, tant en théorie qu’en pratique, entre Jabhat an Nosra et les mouvements Ahrar Al Sham, Souqqour Al Sham (les faucons du Levant) et les combattants étrangers. La coordination est pleine et entière: 80 pour cent des opérations menées par Jabhat An Nosra et Ahrar Al Sham sont des opérations conjointes. La différence réside dans le fait que le nombre des combattants étrangers (djihadistes migrants) était moindre chez Ahrar al Sham qu’au sein de Jabhat An Nosra.

Les bonnes relations d’Ahrar Al Sham avec les services de renseignements occidentaux.

L’autre différence résidait dans le fait qu’Ahrar Al Sham entretenait de bonnes relations avec les services de renseignements occidentaux (États-Unis, Royaume Uni, France) et le Qatar et veillait à entretenir de bonnes relations avec l’Arabie Saoudite après la mort du Roi Abdallah en janvier 2015. Ce fait lui assurait immunité et protection et lui donne droit à la part du lion dans la répartition des subventions gouvernementales des pétromonarchies et des pays occidentaux.