Les manifestants ont fait éclater leurs joies après l’annonce, à 16 heures de la démission du Premier Ministre Saad Hariri après 13 jours de manifestations. Il s’agissait d’une des principales revendications des protestataires, décrivant le gouvernement, le parlement et la classe politique libanaise comme étant corrompue.

Le Premier Ministre s’est rendu au Palais Présidentiel de Baabda pour présenter la démission de son gouvernement au Président Michel Aoun pour ensuite quitter sans faire de commentaire.

Pour l’heure, les axes principaux du Pays restent toujours fermés à la circulation.

Il s’agit de la première démission forcée d’un gouvernement après des manifestations qui ont uni sous les mêmes thèmes la population libanaise contre les partis politiques traditionnels depuis la fin de la guerre civile. Cette démission était jusqu’alors écartée par les principaux partis politiques, comme le Courant Patriotique ou encore le Hezbollah dont le secrétaire général Sayyed Hassan Nasrallah dans 2 de ses discours prononcés depuis le 17 octobre.

Un pari peut-être risqué de Saad Hariri

Le premier ministre Saad Hariri pourrait avoir annoncé publiquement cette démission afin de forcer ainsi la main du Président de la République, le Général Michel Aoun, et le mettre devant le fait accompli. Différentes sources indiquent en effet que ce dernier aurait refusé toute démission ou tout remaniement ministériel tant que le Ministre désormais sortant des Affaires Etrangères Gébran Bassil, Président du Courant Patriotique Libre et son gendre, ne soit pas reconduit à ses fonctions.

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Pour rappel, les protestataires entendaient dénoncer la crise économique qui ravage actuellement le Liban. La décision, prise par le Ministre des télécommunications Mohammed Choucair, de mettre en place une nouvelle taxe sur les communications VOIP comme WhatsApp, le 17 octobre 2019, avait mis le feu aux poudres. Quelques manifestants étaient alors descendus au centre-ville de Beyrouth, où un premier incident a eu lieu lors que les gardes du corps du Ministre de l’Education, Akram Chehayeb ont tiré en l’air et au sol.
Les manifestations se sont alors étendues à l’ensemble du Pays dans la nuit du 17 au 18 octobre, avec le blocage de nombreux points stratégiques de l’axe routier, notamment Jal el Dib, Zouk, Ghadir, Bouar, Jbeil, jusqu’à Tripoli au Nord du Liban ou encore au sud du Liban avec Khaldeh, Choueifat et Jiyeh.

Ce mardi, la décision de démissionner aurait été prise après l’attaque de la tente des manifestants par des casseurs, indique la Ministre de l’intérieur Raya el Hassan qui a vu son rôle être fortement critiqué en l’absence de l’intervention des Forces de Sécurité Intérieure (FSI). Elle estime que cette démission vise à sauvegarder la stabilité et la sécurité du Liban.

Cependant, cette insurrection populaire couvait depuis un certain temps, avec dès le début de l’année, différents mouvements sociaux, l’appel à la grève générale des propriétaires de stations essence, des boulangerie et les principaux indicateurs économiques au rouge depuis fort longtemps. Un million et demi de Libanais vivent en effet avec moins de 6 000 LL par jour, soit 4 USD.

Le Premier Ministre a tenté de contenir les manifestations en présentant un plan de réforme économique visant à contenir le déficit public à 0.6% avec annulation de toutes les taxes qui avaient été précédemment adoptées et une ponction plus importante des banques libanaises. Cependant, les manifestants demandent également des réformes politiques et monétaires, ainsi que le retour des sommes détournées alors que la dette publique libanaise atteindrait 150% du PIB.

Il était cependant confronté à d’importantes pressions notamment économiques afin de trouver une solution politique à la crise. Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, dont la tête est également demandée par les manifestants, a ainsi indiqué qu’un effondrement économique pourrait intervenir dans les prochains jours faute de solution rapide.

Plus de précisions

Ainsi, les établissements bancaires sont toujours fermés depuis le 18 octobre et pourraient être confrontés à une crise de liquidité à leur ouverte et à d’importants transferts de liquidités vers l’étranger. Les établissements universitaires sont également fermés depuis. Autre difficulté en rapport à la fermeture des établissements bancaires: les importateurs d’essence indiquent ne disposer que plus de 3 à 4 jours de stock actuellement.

Par ailleurs, la France a annulé ce mardi, une prochaine réunion prévue dans le cadre du suivi de l’aide économique au Liban et intitulée CEDRE, considérant pour l’heure toute réunion comme étant inutile en raison de la situation politique qui pourrait aboutir à la mise en place d’un nouveau gouvernement et en l’absence de l’applications de réformes économiques. Elle a d’ailleurs estimé que la démission du Premier Ministre pourrait encore aggraver la situation notamment économique.

Pour l’heure, le bilan officiel fait état de 4 morts et de 2000 blessés dont beaucoup ont pu être traités sur place, selon les bilans actuellement disponibles.

“Saoura, Saoura”, Révolution, Révolution, le slogan qui a finalement fait chuter le gouvernement Hariri III

Le gouvernement désormais démissionnaire devrait expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau cabinet, le prochain Premier Ministre, probablement Saad Hariri, étant désigné, suite à des consultations obligatoires des parlementaires, par le Président de la République, le Général Michel Aoun.

Dans un Centre-Ville de Beyrouth précédemment ravagé par des casseurs, les protestataires sont rapidement revenus pour assister au discours du Premier Ministre sortant et y apprendre la nouvelle.

À Tripoli au Nord Liban, décrite comme “la mariée de la révolution”, les personnes dansent dans la rue.

La stratégie de la classe politique: Plier pour mieux résister ?

Certains font état également d’un certain pessimisme par rapport à la suite des évènements, estimant qu’il est nécessaire un changement du personnel politique. Pour ces personnes, rien ne changera tant que les partis politiques actuels ou que les hauts fonctionnaires tel que le gouverneur de la Banque du Liban (BDL) resteront en place… Ils continuent à réclamer les arrestations de certaines hautes personnalités impliquées, selon eux, dans le détournement des fonds publics.

Mais prudence … le dernier gouvernement a mis 9 mois à être constitué

Prudence cependant, le gouvernement Hariri III a mis 9 mois à être constitué en raison d’importants différents entre partis politiques libanais. Ce délais a notamment retardé la mise en place du plan de réforme économique CEDRE.

Ce délais pourrait, comme le sous-entend le communiqué du Quai d’Orsay, retarder encore la mise en oeuvre du plan CEDRE ou encore mettre le Liban à genou économiquement parlant, en raison d’importantes émissions obligataires arrivant à maturité, 1.5 milliards de dollars en novembre puis 2 milliards en mars, et le remboursement du service de la dette à hauteur de 500 millions de dollars en novembre.

Les principales agences de notation, Fitch, Moody’s qui avaient déjà dégradé les notes attribuées aux obligations libanaises ou encore Standard & Poor’s qui avait menacé de le faire, avaient déjà mis en garde contre toute crise politique qui pourrait encore augmenter le coût de la dette publique.

Les difficultés commencent maintenant

Déjà précédemment à la démission du gouvernement, de nombreuses sources indiquaient qu’une politique plus sévère devrait être mise en place avec une dévaluation de la livre libanaise et encore une restructuration de la dette publique. La mise en faillite de banques majeures au Liban n’est également pas à exclure en raison de la mauvaise politique économique adoptée depuis 25 ans et le premier gouvernement Rafic Hariri qui avait fait les mauvais choix.

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