Dans une interview diffusée par la chaine CNN alors qu’il a rencontré le Premier Ministre Saad Hariri au Grand Sérail de Beyrouth toujours assiégé par les manifestants présents au Centre-Ville de Beyrouth, le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, a d’abord estimé que le Pays est à quelques jours de l’effondrement économique, en raison de la situation de crise induite par les manifestations, puis s’est repris en réfutant tout effondrement immédiat. Il a également souligné le fait de devoir trouver une solution dans les jours qui viennent à la crise.

Le gouverneur de la BDL a indiqué que les banques libanaises rouvriront quelques jours après la fin de la crise actuelle, alors que des manifestations ont eu lieu devant le siège de la BDL aujourd’hui ainsi que ses succursales régionales. Les protestataires demandent la démission du gouverneur, ce qu’il refuse jusqu’à présent.

Beaucoup d’économistes estiment également que la politique dont il est l’auteur et notamment le maintien de la parité et de forts taux d’intérêt, mise en place il y a 25 ans, ont contribué à la crise économique en siphonnant les fonds des la classe moyenne puis des rentrées en devises pour financer la dette publique, au bénéfice des banques.

Riad Salamé est également sur la sellette en raison d’une importante crise de liquidité, les banques étant confrontés à une pénurie de devises étrangères. En effet, plusieurs secteurs d’activité sont actuellement paralysés suite au refus des banques à vendre des dollars au taux officiel de 1 511 LL/USD. Face à cette situation, ils ont ainsi le recours au service de changeurs à des taux plus élevés, entre 1 600 LL/USD à 1 800 LL/USD. Après de nombreuses menaces de grève générale, les importateurs d’essence, de blé ou encore de médicaments ont obtenu la mise en place d’un mécanisme particulier adopté par la BDL, la circulaire 530, pour pouvoir bénéficier des taux officiels.

En raison des manifestations qui se poursuivent depuis le 17 octobre au soir, les banques et les autres institutions du pays sont toujours paralysées. Les protestataires occupent toujours les principaux axes du Pays des Cèdres ainsi que le centre ville de Beyrouth. Ils réclament la démission du gouvernement, du parlement et des élites politiques ainsi que celle du gouverneur de la Banque du Liban, qu’ils accusent de corruption et de détournement de fonds.

Cependant, la majorité des indicateurs économiques étaient déjà préalablement rouges avant que les manifestations se produisent.

En effet, le Liban traverse une grave crise économique avec un déficit public atteignant plus de 150% du PIB alors qu’un million et demi de libanais vivent actuellement avec 6 000 LL par jour soit 4 USD par jour. Quant à la croissance économique, elle reste en berne avec des estimations quasi-nulles depuis le début de l’année.

Pour l’heure, les banques libanaises sont toujours fermées. Des experts notent que cela soit la réouverture des établissements bancaires pourrait aboutir à une panique, avec un retrait massif de liquidités tant en livres libanaises et en dollar ou encore des transferts importants à l’étranger. Cela serait pour cette raison que les banques libanaises tentent de temporiser et préfèreraient attendre la fin de la crise actuelle.

Face à cette crise, le Premier Ministre a présenté, en début de semaine, un plan de réformes économiques dont l’objectif est d’atteindre 0.6% du PIB dans le cadre du budget 2020. Les manifestants estiment cependant cette réforme insuffisante, demandant également des réformes politiques et monétaires en plus des réformes politiques, soulignant que les derniers projets de réformes, notamment dans le cadre de Paris II et III sont restés lettre morte.

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Cependant, l’échéance prioritaire intervient en novembre, avec l’arrivée à échéance d’une émission obligataire de 1.5 milliards de dollars et 500 millions de dollars au titre des intérêts sur la dette publique alors que le Ministère des Finances a déjà été incapable de faire face à l’échéance arrivée au mois de mai. Les paiements ont été en effet honorées par la Banque du Liban et devraient être également remboursées par le Trésor Public.

Face à ces échéances, l’état avait d’abord envisagé l’émission de nouvelles obligations pour un montant de 2 milliards de dollars à des taux supérieurs à ceux qui arrivent à échéances (entre 12% à 14% au lieu de 6% à 7%). Cependant, face à la situation de crise, il n’est aujourd’hui pas certain de pouvoir émettre cette émission sans que les taux d’intérêts soient encore plus élevés, ce qui n’ira pas s’en arranger le ratio d’endettement et le déficit public, pas plus que la mise sous perspective négative des notes attribuées aux obligations par Standard & Poor”s, la semaine dernière, suivant ainsi les 2 autres agences de notations majeures, Fitch au mois de juin et Moody’s dès le début de l’année.

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