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Cette semaine a été marquée par l’entrée triomphale de Hiba – Tawaji pour ne plus la présenter – dans le concours de The Voice organisé en France ou on était pratiquement tous knockout après sa prestation, qui a allié charme et grandeur. Amal – Alamuddin -, désormais épouse de George Clooney qui passe maintenant même au dernier plan face à elle -, avant elle s’était fait connaitre par le monde entier sur un tout autre registre, celui de la Justice Internationale, n’hésitant pas à combattre  les pires injustices au Monde, celui du conflit israélo-arabe ou les violations des droits de l’Homme commises par des régimes pas vraiment démocratiques. Moins connues, Sarah, étudiante en Science Politiques à Harvard, Alicia, chercheuse au CDC d’Atlanta, Nathalie, entrepreneuse, toutes ces libanaises qui n’hésitent pas à porter haut les couleurs de leur pays à l’étranger. Et peut-être n’ont-elles guère d’autre choix, soumises au Liban à des lois d’un autre âge, discriminatoire, en raison d’une société caractérisée par l’emprise politique et économique de quelques mafias.

Quel contraste, quelle déception de les voir s’exiler au lieu de nous apporter les lumières qu’elles portent. C’est bien un rappel, une claque, qu’elles nous ont dernièrement affligé.

« Nul n’est prophète en son pays », prétendait Gibran Khalil Gibran, autre exilé célèbre, reprenant une phrase des Evangiles. Il fut néanmoins un temps ou les libanais étaient des hommes et pouvaient sortir du lot dans leur propre pays. Un temps ou des Riad el Solh en compagnie de Béchara el Khoury et tant d’autres, s’unissaient, mettant de coté leurs communautés respectives pour établir une nation libanaise, concept de partage. Un temps ou plus proche de nous, Fouad Chéhab imposait le concept de l’état face au féodalisme imposé par quelques grandes familles; un temps ou Maurice Chéhab, lui aussi, opposait à la destruction culturelle et patrimoniale, la protection de l’Etat. Un temps enfin ou les Charles Malek, participaient à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme au sein d’un comité des Nations-Unis, qui venaient de gagner la IIème guerre mondiale, un temps ou ces Charles Malek devenaient les premiers présidents de l’Assemblée de ces mêmes Nations Unis qui tendront la main aux vaincus pour se réconcilier avec eux et construire un avenir commun. Un temps ou les Libanais rayonnaient aussi bien dans leur pays qu’à l’étranger. Ils étaient nos conquérants portant les valeurs de l’Humanité comme leur drapeau avec la fierté du Cèdre. Une grande époque.

Un temps bien loin … dont nos ainés demeurent nostalgiques et auquel on a bien du mal à croire, « Jeunesse rêve, vieillesse décompte« , dit l’adage, sauf qu’il s’agit là du contraire, le Liban était synonyme de civilisation dans cette partie du Monde encore sauvage, tout le contraire d’aujourd’hui.

Jean Giono prétendait que « la jeunesse, c’est la passion pour l’inutile ». Je suis au regret de lui dire qu’il avait tord dans le cas présent: Nul ne peut prétendre que les véritables conquérants de l’inutile que le Liban connait en sont les dignes héritiers, une classe politique occupée à se chamailler au lieu de jeter les ponts d’une entente, à s’étaler sur les photos selfies de Miss Liban au lieu de faire face aux dangers qui menacent d’abattre le Cèdre de notre drapeau – nul besoin de rappeler que Daech est à nos portes et même déjà se confronte à notre armée -.

Il faut également rappeler qu’une mafia économique existe et est plus occupée à amasser richesses au lieu de partager – 34 % de taux de chômage chez les jeunes aujourd’hui alors que les banques libanaises possèdent plus de 150 milliards de dollars d’actifs qu’elles pourraient plutôt investir en emploi au lieu de s’assoir dessus. Ce ne sont pas les idées qui manquent à ces jeunes pour créer des entreprises mais généralement l’absence de fonds -.

Enfin, une mafia culturelle exerce sa tyrannie, une véritable dictature culturelle si jamais on la critique, une pseudo-élite sociale, plus « anciens riches de la guerre civile » que personnes cultivées en parlant de terrorisme culturel, ils seront d’ailleurs les premiers à avoir un comportement digne de voyous en sortant des armes au détour d’une bagarre nocturne.

Et pendant ce temps-là, les libanais souffrent en silence, s’exilent dans un ultime souffre pour réussir ailleurs et obtenir une chance de briller, ce que dans leur pays qui le leur refuse. 30 000 jeunes quittent chaque année, à l’image des Hiba, Amal, Alicia, Nathalie, Sarah, et tant d’autres qui construisent leurs avenirs dans des pays lointains et qui leurs offrent richesses, leurs talents qui peut enfin s’y exprimer, ailleurs que dans un Liban qui en aurait pourtant tant besoin. Une fuite de talent.

François el Bacha

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