Fouad ABOU NADER, ancien chef des Forces libanaises
Fouad ABOU NADER, ancien chef des Forces libanaises

À l’attention de Madame Sigrid Kaag, coordinatrice spéciale des Nations Unies pour le Liban

Madame,

Non, les réfugiés syriens ne peuvent pas devenir un atout économique pour le Liban. De la même manière que les réfugiés palestiniens ne sont jamais devenus un atout économique pour notre pays.

Seuls les jeunes et les émigrés libanais peuvent devenir un atout économique pour le Liban s’il redevient attractif économiquement pour eux. Ceci passe par l’édification d’un véritable État et par la stabilité et la sécurité.

Les réfugiés syriens vont devenir un véritable problème économique pour le Liban car ils vont tirer les salaires des Libanais vers le bas, geler la croissance économique du pays, augmenter le chômage et accentuer le fossé entre les plus riches et les plus pauvres alors même que la classe moyenne libanaise a quasiment disparu. Il faut travailler à recréer une classe moyenne libanaise, condition même de toute stabilité politico-économique.

Je ne rejette pas les réfugiés syriens par esprit sectaire mais parce que le Liban ne peut pas supporter la misère des Libanais et celles des Palestiniens et des Syriens. Je vous rappelle qu’un tiers des Libanais vit sous le seuil de pauvreté et qu’autant n’a pas de travail.

Les réfugiés palestiniens se trouvant au Liban doivent se voir délivrer des passeports palestiniens par l’Autorité nationale palestinienne afin de pouvoir partir faire leur vie ailleurs. Et, les réfugiés syriens doivent être répartis dans les États membres de la Ligue arabe selon des critères économiques et sociaux. C’est ce que font les États membres de l’Union européenne.

De plus, le Liban repose sur un équilibre entre chrétiens et musulmans. La présence des réfugiés palestiniens et syriens sur son sol met cet équilibre en risque. Toute intégration économique de ces réfugiés signifierait leur implantation et donc un changement de la nature même de la population libanaise.

Le Liban doit imiter la Suisse en admettant des ressortissants d’États tiers seulement si aucun travailleur libanais n’est disponible et en donnant donc une priorité à ses citoyens. Comme en Suisse, il faudrait qu’au Liban l’employeur soit obligé d’apporter la preuve qu’il n’a pas trouvé le personnel requis, malgré les efforts consentis, parmi les travailleurs libanais bénéficiant de ladite priorité.

Le Liban devait devenir un pays développé en 1975 mais la guerre qu’ont déclenchée les organisations palestiniennes contre le Liban a empêché cela. Il suffit de consulter les rapports de la Banque du Liban pour voir les milliards de dollars que le Liban a perdu depuis l’arrivée en masse des réfugiés syriens. Avec un si grand nombre de réfugiés syriens sur son sol, le Liban craint de devenir un nouveau théâtre de la guerre se déroulant en Irak et en Syrie.

Madame,

Nous dire que c’est parce que la Turquie est un état fort qu’elle reçoit 3 milliards d’euros de l’Union européenne et que c’est parce que le Liban n’en est pas qu’il ne reçoit rien est inacceptable. Le jeu des dirigeants turcs est de plus en plus contesté en Europe alors que le Liban combat le terrorisme depuis les années 1970.

Je veux aussi vous dire que vous avez raison sur le fait que la corruption mine le pays et est un obstacle important. Il faut faire du combat contre la corruption, de la production agricole, de la production industrielle et du développement des nouvelles technologies des priorités nationales dans les paroles et dans les actes. Vous admettrez néanmoins que les plus avancés des pays en développement restent minés par la corruption mais bénéficient d’une croissance très élevée. Vous avez également raison de dire qu’il faut développer toutes les régions du pays. Je pense que le régionalisme qui existe en Espagne et en Italie est une solution à la fois politique et économique pour le Liban.

Dr Fouad Abou Nader