« On prend les mêmes et on recommence », refrain entendu à longueur de journée dans les salons politiques concernés par la formation du nouveau gouvernement au Liban. Même si c’était potentiellement le cas, on pourrait le faire cette fois à une nuance près qui pourrait s’avérer salvatrice: il s’agit d’Innover (avec un grand I) à plusieurs respects.

Innovation dans l’Economie :
Afin que la dizaine de milliards de dollars et quelques promis à Paris dans la conférence CEDRE ne restent pas lettre morte, il faudra bien sûr commencer par innover dans les secteurs économiques mais aussi et surtout dans les secteurs ci-dessous qui sont fortement liés à notre contexte économique.

Innovation dans la lutte contre la Corruption :
Désormais mot d’ordre sur toutes les lèvres, après avoir été évoqué en premier par le Président de la République et le CPL, il faudra innover avec les outils adéquats pour vraiment pouvoir luter contre ce fléau. Notamment doter le tout récent Ministère d’Etat pour la lutte contre la corruption des moyens de sa politique en coordination avec les appareils judiciaires et sécuritaires.

Innovation dans l’Information :
Oui le Ministère de l’Information est devenu obsolète pratiquement partout à travers le Monde. Si on a nos raisons pour le garder, c’est un argument de plus pour être le plus innovateur possible dans ce contexte, surtout pour ce qui concerne les dossiers de Télé-Liban et du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Innovation dans l’Education :
Le Liban semble apparemment bien loti dans le domaine de l’Education, de la petite section jusqu’aux plus hautes études doctorales. Cela n’empêche pas le besoin de revoir plusieurs cursus et méthodologies et d’adopter des techniques plus appropriées à notre époque et à la spécificité Libanaise.
Les pays Scandinaves pourraient s’avérer être un modèle potentiel dans ce contexte.

Innovation dans la Culture et le Tourisme :
Reconnu de tous temps comme plateforme culturelle et touristique du Moyen-Orient, le Liban est à la traîne : Élever la flambante neuve Bibliothèque Nationale du Liban au niveau de ses prestigieuses consœurs (Bibliothèques nationales de France) à travers le monde pourrait être un résultat d’une politique innovante dans ce contexte.
Le Casino du Liban est sur la bonne voie pour retrouver son prestige d’antan et il faudra continuer à user de créativité pour qu’il prenne toute son ampleur et redevienne incontournable culturellement et touristiquement dans toute la région et au delà.

Innovation dans les Télécoms :
C’est exactement ce que s’était attelé à faire le Ministère des Télécoms alors qu’il était sous l’égide de Nicolas Sehnaoui il y’a 5 ans.
Alors s’étaient enchaînés le lancement des initiatives à succès avec la « cité numérique de Beyrouth » (BDD), un projet avec la Banque Mondiale (que j’avais eu l’honneur de coordonner à l’époque) pour booster Internet et pépinières d’entreprises au Liban, puis un projet introduisant les tablettes intelligentes dans des écoles pilotes.

L’Innovation est un concept que l’on aimerait voir, bien sûr, dans le processus de formation du gouvernement, mais surtout à travers les actions qui vont suivre. Mais aussi peut-être sémantiquement, dans ce qui pourrait être la désignation d’un portefeuille ministériel.
Par exemple pourquoi ne pas carrément renommer le Ministère des Télécoms pour qu’il devienne le « Ministère des Télécoms et de l’Innovation » ou bien avoir un « Ministère de l’Economie numérique ».

Le chantier gouvernemental dont les principaux architectes sont le Président Aoun (assisté par la baguette magique du Député Bassil) et le Premier Ministre Hariri est énorme, mais le résultat sera sûrement à la mesure des attentes si l’Innovation est partout au rendez-vous !


Rami Majzoub

Rami MAJZOUB, Conseiller en Relations Internationales. Il est aussi membre du Conseil d’Administration du Casino du Liban et sénateur à la Jeune Chambre Internationale (JCI).

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Jinane Chaker Sultani Milelli
Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].