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Sanctions US : Hezbollah, Amal et armée libanaise visés

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Un nouveau train de sanctions US place le Hezbollah, le mouvement Amal et des responsables liés à l’armée libanaise au centre d’un bras de fer entre Washington et Beyrouth. Les États-Unis ont inscrit neuf personnes sur la liste noire de l’OFAC, en les accusant d’aider le Hezbollah à préserver son influence dans les institutions, d’entraver son désarmement et de freiner les efforts diplomatiques en cours. La décision, annoncée le 21 mai 2026, vise des députés, des cadres politiques, deux responsables amalistes, un diplomate iranien et deux responsables sécuritaires libanais.

La mesure frappe d’abord par son périmètre. Elle ne concerne pas seulement les réseaux financiers ou militaires du Hezbollah, déjà visés à de nombreuses reprises par Washington. Elle touche aussi des élus, un mouvement allié représenté au cœur du système politique libanais et des responsables rattachés à des institutions de sécurité. Les États-Unis présentent cette approche comme une réponse à ce qu’ils décrivent comme une infiltration de l’État par le Hezbollah. Les partis visés y voient au contraire une pression politique destinée à imposer le désarmement du mouvement sous contrainte américaine et israélienne.

L’affaire intervient dans un calendrier sensible. Des discussions militaires et sécuritaires doivent se poursuivre à Washington autour du front sud, du cessez-le-feu, du retrait israélien et de la place du Hezbollah dans l’équation libanaise. Israël exige des garanties sur le désarmement du parti. Beyrouth réclame l’arrêt des frappes, la fin des incursions et le retour de l’autorité libanaise sur les zones frontalières. Les sanctions US ajoutent donc une pression financière et politique à un dossier déjà marqué par la guerre, les déplacements de population et la fragilité des institutions.

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Sanctions US : les noms liés au Hezbollah

Le Trésor américain a désigné Mohamed Abdel-Mottaleb Fanich, aussi connu sous le nom de Mohammad Fneich. Ancien ministre et ancien député, il est présenté par Washington comme le chef du conseil exécutif du Hezbollah. Les autorités américaines lui reprochent de participer à la réorganisation administrative et institutionnelle du mouvement, dans le but de maintenir sa présence armée au Liban. Son parcours incarne le lien entre la structure partisane du Hezbollah, son implantation politique et son appareil interne. Il fut élu au Parlement en 1992 dans le bloc de la Fidélité à la Résistance, avant d’occuper le portefeuille de la Jeunesse et des Sports.

La liste comprend aussi Hassan Nizammeddine Fadlallah, député du Hezbollah depuis 2005. Washington rappelle son rôle passé dans des médias proches du parti, notamment Al-Nour et Al-Manar, déjà sanctionnés par les États-Unis. Les autorités américaines lui reprochent surtout de défendre la ligne politique du mouvement et de s’opposer aux appels au désarmement. Dans le contexte actuel, son nom a une portée particulière. Quelques jours avant l’annonce, il avait accusé Washington et Israël de chercher à instrumentaliser l’armée libanaise contre le Hezbollah. Cette position rejoint le discours du parti, qui refuse de dissocier ses armes des frappes israéliennes et des territoires encore occupés.

Ibrahim al-Moussawi figure également parmi les personnes visées. Responsable de la commission médiatique du Hezbollah et député, il représente le parti dans la bataille politique et communicationnelle. Le Trésor américain le présente comme un responsable de longue date, chargé de défendre publiquement la ligne du mouvement. Son inscription illustre la volonté de Washington de viser non seulement les acteurs opérationnels, mais aussi ceux qui portent le récit politique du Hezbollah. Cette logique s’inscrit dans une stratégie plus large : réduire la marge des élus et cadres qui défendent le maintien d’une structure militaire autonome face à l’État.

Le quatrième responsable du Hezbollah désigné est Hussein al-Hajj Hassan. Député depuis 1996 et ancien ministre, il est l’un des visages les plus connus du parti au Parlement. Les États-Unis l’accusent d’être une figure clé de l’opposition au désarmement. Sa réaction a été immédiate. Dans une déclaration relayée par la presse arabe, il a dénoncé une atteinte à la souveraineté du Liban, en particulier parce que les sanctions touchent aussi des responsables liés à l’armée et à la Sûreté générale. Il a affirmé que Washington cherchait à intimider la délégation militaire libanaise attendue aux discussions de Washington, et a présenté ces sanctions comme un « honneur » pour les personnes visées.

Amal directement mis en cause

Les sanctions US visent ensuite deux cadres du mouvement Amal, allié politique du Hezbollah et formation dirigée par le président du Parlement, Nabih Berry. Ahmad Asaad Baalbaki est présenté par Washington comme le directeur de la sécurité d’Amal. Les autorités américaines l’accusent d’avoir coordonné des démonstrations de force avec des responsables du Hezbollah afin d’intimider des adversaires politiques au Liban. Cette accusation place Amal dans un registre sécuritaire, et non plus seulement politique. Elle expose une formation qui joue depuis des décennies un rôle de médiation institutionnelle, tout en restant liée à l’axe chiite dominé par le tandem Amal-Hezbollah.

Ali Ahmad Safawi, aussi désigné par l’OFAC, est décrit comme le commandant d’une structure amaliste dans le sud du Liban. Washington affirme qu’il a coordonné son action avec le Hezbollah et pris des instructions du parti dans des opérations dirigées contre Israël. Les États-Unis lui reprochent aussi d’avoir conduit des forces amalistes dans des opérations conjointes avec le Hezbollah. Ces accusations sont lourdes. Elles suggèrent que Washington considère une partie de l’appareil sécuritaire d’Amal comme un partenaire actif du Hezbollah, et non comme un acteur distinct. Pour Amal, cette lecture revient à contester son rôle national et son ancrage dans les institutions.

Le mouvement Amal a rejeté les sanctions contre Ahmad Baalbaki et Ali Safawi. Dans un communiqué, il les a qualifiées d’inacceptables et d’injustifiées. Le mouvement a estimé qu’elles visaient d’abord Amal lui-même, son rôle politique, son attachement aux causes nationales et la protection de l’État et des institutions. Cette réaction cherche à déplacer le débat. Amal ne répond pas seulement aux accusations de coopération sécuritaire avec le Hezbollah. Il présente la mesure américaine comme une attaque contre sa légitimité politique et contre une composante majeure de l’équilibre institutionnel libanais.

L’armée libanaise et la Sûreté générale exposées

Le volet le plus sensible concerne les deux responsables sécuritaires libanais. Khattar Nasser Eldin, brigadier général et chef d’un département de la Sûreté générale, est visé pour avoir, selon Washington, partagé des renseignements importants avec le Hezbollah pendant le conflit en cours. L’OFAC le rattache à la Direction générale de la Sûreté générale, institution centrale dans le contrôle des frontières, des dossiers administratifs de sécurité et des équilibres internes. Le fait qu’un responsable en fonction soit sanctionné donne à la décision une portée différente. Elle met en cause la capacité de l’État à contrôler ses propres circuits de renseignement.

Le colonel Samir Hamadi, également mentionné sous l’orthographe Samer Hamadi, est présenté comme chef de la branche de Dahiyeh au sein de la direction du renseignement de l’armée libanaise. Washington l’accuse, lui aussi, d’avoir fourni des renseignements au Hezbollah. La précision géographique est importante. La banlieue sud de Beyrouth reste le principal bastion politique et sécuritaire du parti. La mise en cause d’un responsable militaire affecté à cette zone nourrit les soupçons américains sur une porosité entre certaines structures officielles et le Hezbollah. Elle place aussi l’armée libanaise dans une position délicate, alors qu’elle dépend d’un soutien international important et doit préserver son image nationale.

Aucune réaction institutionnelle détaillée de l’armée libanaise ou de la Sûreté générale n’était clairement publiée dans les éléments disponibles au moment de la rédaction. Cette prudence peut s’expliquer par la sensibilité du dossier. Défendre publiquement les responsables sanctionnés ouvrirait une confrontation directe avec Washington. Les désavouer trop vite pourrait, à l’inverse, provoquer des tensions internes et nourrir l’idée d’une pression étrangère sur les institutions. Le silence relatif des autorités sécuritaires montre la difficulté du moment. L’armée doit rester un acteur central du retour de l’État au sud, sans apparaître comme l’auxiliaire d’une stratégie américaine ou israélienne.

Le diplomate iranien dans la même liste

Mohammad Reza Sheibani complète la liste. Diplomate iranien et ambassadeur désigné de l’Iran au Liban, il avait été déclaré persona non grata par le ministère libanais des Affaires étrangères après le retrait de son agrément. Washington l’accuse d’être lié au soutien iranien au Hezbollah. Son cas ajoute une dimension régionale à la décision. Les États-Unis ne visent pas seulement des acteurs libanais. Ils rappellent aussi que le Hezbollah reste, à leurs yeux, une organisation soutenue par l’Iran et insérée dans une stratégie régionale plus large. Dans la séquence actuelle, ce signal s’adresse autant à Téhéran qu’à Beyrouth.

Une pression financière à portée politique

Les conséquences juridiques sont classiques dans le régime américain des sanctions. Les biens et intérêts des personnes visées qui se trouvent aux États-Unis ou sous contrôle de personnes américaines sont gelés. Les entités détenues à 50 % ou plus par ces personnes sont aussi bloquées. Les transactions avec elles sont interdites aux ressortissants et entités américaines, sauf autorisation spéciale. Les effets peuvent toutefois dépasser le territoire américain. Les banques étrangères, les sociétés de transfert et les intermédiaires financiers évitent souvent toute relation avec des personnes inscrites sur la liste SDN, par crainte d’une exposition à des sanctions secondaires.

Le département d’État a aussi réactivé la dimension financière du dossier. Il a rappelé qu’une récompense pouvant atteindre 10 millions de dollars pouvait être versée pour des informations permettant de perturber les mécanismes financiers du Hezbollah. Ce volet complète le ciblage politique et sécuritaire. Washington veut isoler le parti sur plusieurs fronts : ses élus, ses alliés, ses relais institutionnels présumés et ses circuits de financement. Le message est conçu pour produire un effet dissuasif. Il vise les personnes nommées, mais aussi tous ceux que les États-Unis considèrent comme des facilitateurs potentiels.

Les réactions du Hezbollah et d’Amal

Le Hezbollah a dénoncé les sanctions comme une tentative d’intimidation. Dans sa réaction, le parti a affirmé que la décision n’aurait aucun effet sur sa stratégie, ni sur ses positions politiques. Il accuse Washington de soutenir l’offensive israélienne et de chercher à obtenir par la pression financière ce qu’Israël n’aurait pas obtenu par la force militaire. Le mouvement présente les personnes visées comme des responsables engagés dans la défense du Liban. Il insiste aussi sur le fait que le désarmement ne peut être discuté tant que les frappes israéliennes se poursuivent et que les violations de souveraineté ne cessent pas.

Cette ligne répond à la position américaine, qui réclame le monopole de l’État sur la force armée. Washington estime qu’un Liban stable et souverain suppose le désarmement complet du Hezbollah et le rétablissement de l’autorité exclusive du gouvernement sur les questions de sécurité. Le Hezbollah rejette cette approche, qu’il juge dictée par les intérêts israéliens. Le désaccord ne porte donc pas seulement sur une sanction. Il concerne la définition même de la souveraineté. Pour les États-Unis, elle passe par l’État et l’armée. Pour le Hezbollah, elle passe aussi par la résistance armée tant qu’Israël reste une menace directe.

La décision américaine peut aussi compliquer le rôle de Nabih Berry. Le président du Parlement reste l’un des rares responsables capables de maintenir des canaux avec le Hezbollah, Amal, l’exécutif et les acteurs étrangers. En visant deux responsables d’Amal, Washington touche indirectement un espace de médiation. Le mouvement a été un interlocuteur obligé lors de plusieurs crises libanaises, y compris sur les dossiers liés au sud. Une tension accrue avec Amal pourrait rendre plus difficile toute discussion interne sur la sécurité, le déploiement de l’armée et les garanties réclamées par les puissances étrangères.

Beyrouth face à une marge réduite

Pour le gouvernement libanais, l’enjeu principal est d’éviter une double perte de contrôle. D’un côté, il doit convaincre ses partenaires occidentaux qu’il peut restaurer l’autorité de l’État et empêcher toute action armée autonome. De l’autre, il doit éviter une confrontation interne brutale avec le Hezbollah et Amal, dont l’assise politique et sociale reste forte. Les sanctions US accentuent cette contrainte. Elles poussent l’exécutif à clarifier sa position, mais réduisent aussi son espace de manœuvre. Toute décision sur le désarmement, le contrôle du sud ou la réforme sécuritaire risque désormais d’être lue à travers le prisme de la pression américaine.

La portée immédiate des sanctions dépendra des avoirs réels des personnes visées, de leurs relations bancaires et de leur exposition internationale. Mais leur impact politique est déjà visible. Elles désignent nommément les acteurs que Washington considère comme des obstacles à la paix et au désarmement. Elles isolent des responsables parlementaires du Hezbollah, mettent en cause Amal, ciblent un diplomate iranien et jettent une lumière crue sur deux responsables sécuritaires libanais. Elles transforment donc une liste financière en instrument de pression diplomatique. Le prochain rendez-vous se jouera dans les discussions militaires attendues à Washington et dans la manière dont Beyrouth protégera, ou réorganisera, ses circuits de décision sécuritaire.

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