Fady Noun, PERMIS DE SEJOUR : Pèlerin de l’impossible

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C’est d’effleurer l’absolu qui rend inachevé le poète, toucher la grâce pour le croyant. C’est de voir, pour l’homme, s’avancer la mort, au loin, comme une « noce ». Dans les mots de Fady Noun, l’entrelac des amours sacrées, des amours profanes et la peur de la mort. Au cœur du croyant, du poète et de l’enfant qui transparaît, un feu qui n’a pas flambé. Et un homme inachevé.

Dans ce dernier recueil, un hommage à la vie, un « Eloge ». On se livre au plaisir comme on se livre à Dieu. « Les paupières infiniment closes ».

« Aime librement.

Ne regarde pas à la dépense ».

Ou bien encore :

« Pèlerin de l’heure 

Où tu ouvres ta chemise. »

Et cet aveu :

« C’est à jamais la première fois. »

Et pourtant, 

« Sauras-tu jamais la douleur quand ta main me frôla. »

La foi aussi, telle une confiance, est accordée « une fois pour toutes ». Dieu n’est jamais bien loin dans les textes de Fady Noun, journaliste de l’Orient-Le-Jour et spécialiste des questions religieuses. Il est l’auteur notamment d’une recherche sur les apparitions mariales au Liban et, tout récemment, d’un livre captivant sur la vie de Saint Charbel. La poésie pour lui émane du créateur. Elle est « cette immense respiration de Dieu dans les êtres et les choses. »

Ecrire comme on prie. Et si l’homme est un funambule –« A deux doigts de l’enfer, à deux doigts de la miséricorde » – les mots sont un acte de foi : « tenir le poème éclairé […]

Comme ça Dieu saura que je suis là. »

Des mots pour partager la souffrance des autres, dénoncer la violence, évoquer « le déclin de l’Occident, les derniers jours de Pompéi ». Pour l’auteur, un devoir de veille :

« Je pris mon tour de garde ». Pour empêcher la mort de Dieu.

Ecrire comme un acte d’engagement, porté par l’exigence, le dépassement de soi et l’appel des hauteurs.

Et puis inlassablement, comme une rengaine, une soif de donner inextinguible, cette exhortation à l’amour :

« Aimez, […]

Que vous n’ayez pas à sonner deux fois. »

Au début du recueil, un enfant est mort.

« Pas plus tard qu’hier on a encore endeuillé le monde. »

Se laisser bercer par la douceur du quotidien pour endiguer la douleur. Un départ qui nous renvoie à notre condition humaine. Permis de séjour, pour dire que la vie est un sursis.

« Ecris, il y a encore un morceau de peau vierge sur mon corps », pour conjurer la mort et l’anarchie du monde. Une soif de renouveau et d’une «nouvelle Shéhérazade pour conter […] des histoires à dormir debout ». Car si la vie est un « roman qui ne sera jamais écrit », il faut néanmoins lui rédiger une fin.

« La saison n’était pas finie,

Des fruits étaient toujours au programme ».

Il nous faut achever ce qui n’est pas accompli.

« Un bonheur peut toujours arriver. »

Il nous faut donner un sens à la souffrance et par une divine alchimie « nous extraire du monde comme on extrait de l’or ».

« Je viens d’avoir vingt ans,

Les voilà à la porte ».

A la porte de la vie, une fois le permis expiré, il nous reste ce rêve d’éternité.

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