« La démocratie est un régime qui repose sur la liberté, l’égalité, la majorité, et donc, dans l’esprit d’Aristote, les gens modestes détiennent la souveraineté ; pour protéger le système, il est conseillé de redistribuer les richesses, de lutter contre toute forme de démagogie. L’éducation est le meilleur moyen pour garantir la cité idéale de toute déviation en légiférant pour rendre le citoyen apte à mener une vie de loisir car une vie laborieuse est absolument méprisable ; .. » Claude-Henry du Bord.

De la plate-forme des conditionnements propre à la culture moyen orientale, les règles de suivis et de l’évitement précèdent souvent dans les familles libanaises aux gratifications et aux protections immédiates. Dès le plus jeune âge le rapport relationnel se précise au degré de rassurance de l’enfant selon les critères de la convenance appropriée.

La dépendance à l’humeur et à l’expectative accélérée de nombreux parents caractérise ainsi un paradoxe éducatif bien particulier. Dans nos autres contextes les élans d’autonomie et d’indépendance de l’adulte libanais demeurent aussi viscéralement indexés par des convenances tacites ou rigoureuses de convivialité, de distanciation, de prérogatives et de préservations d’ordres, communautaires, politiques et contextuelles divers. L’héritage des constantes persiste chez le libanais jusqu’à limiter considérablement en lui l’initiative de s’exprimer et de répondre librement à sa demande. Il risque alors de ne pas plaire forcément ou de déranger.

L’avis indépendant ne peut exprimer un franc parler sans prendre en considération et en charge la défense de tout avis différent ou critique. La mentalité de ceux qui prédisposent enfants et adultes à éviter le faire face ne peut correspondre à construire la personne independante. Un citoyen qui sort du tableau traditionnel car il peut faire la part des choses. Il est alors fiché, « perturbateur », « inhabituel » ou « marginal » car il questionne intelligemment ce confort dû en partie à de tranquilles déresponsabilisations, des soumissions et des résignations selon la verticalité de tant de faits accomplis.

Les dispositions du gouvernement pour l’application des projets, des lois, des prochaines élections et d’un carrefour de culture qui témoigne de réelles coexistences nécessitent bien plus que des fermes engagements. Il nous faudrait évaluer et gérer  l’état complexe mais moteur du facteur humain ainsi que les capacités des gens à engager au delà de la référence contextuelle ce rôle de citoyen au service de toutes les composantes. Quand on préfère éviter le faire face, on choisit de mal grandir. Le libanais qui tolère de ne pas convenir à ses convictions, de ne répondre à ses tolérances et à sa volonté d’agir autrement perd de sa conscience. Il tourne ainsi gravement le dos au sens de sa citoyenneté et à un naufrage de cohérences.