
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaei, a affirmé lundi que le cessez-le-feu au Liban devait faire partie de tout accord visant à mettre fin à la guerre. Cette déclaration intervient alors que les combats s’intensifient au Sud-Liban, que l’armée israélienne a progressé jusqu’au secteur de Beaufort et que Benjamin Netanyahu et Israel Katz ont annoncé avoir ordonné des frappes contre des objectifs dans la banlieue sud de Beyrouth. Téhéran entend ainsi rappeler que le front libanais ne peut pas être isolé des discussions régionales en cours.
Cette position iranienne donne au dossier libanais une portée plus large que le seul face-à-face entre Israël et le Hezbollah. Elle lie l’arrêt des hostilités au Sud, la sécurité de Beyrouth, les discussions avec Washington et les tensions maritimes autour de la navigation iranienne. Pour le Liban, ce lien est lourd. Le pays subit directement les frappes, les destructions, les déplacements et les pertes humaines. Mais une partie du règlement se joue dans des négociations où Beyrouth ne maîtrise ni tous les paramètres militaires, ni tous les leviers diplomatiques.
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Téhéran replace le Liban au cœur des discussions
Ismaïl Baghaei a tenu ces propos lors de son point de presse hebdomadaire. Il a déclaré que le cessez-le-feu au Liban constituait une partie indissociable de tout accord destiné à mettre fin à la guerre. La phrase vise d’abord les États-Unis et Israël. Elle signifie que Téhéran ne veut pas d’un arrangement limité aux seuls intérêts iraniens, ni d’un texte qui laisserait le Hezbollah sous pression militaire au Liban. L’Iran considère le front libanais comme l’un des volets d’une même confrontation régionale.
Le porte-parole iranien a aussi accusé les États-Unis d’avoir soutenu, selon ses termes, une guerre permanente contre les pays de la région pendant quatre-vingts ans. La formulation s’inscrit dans la ligne habituelle de Téhéran, qui présente Washington comme le garant politique et militaire d’Israël. Elle donne aussi un cadre idéologique aux négociations en cours. L’Iran dit discuter, mais il ne présente pas ces discussions comme un processus fondé sur la confiance. Il les décrit plutôt comme une nécessité imposée par le rapport de force et par le risque d’élargissement de la guerre.
Baghaei a insisté sur ce point. Selon lui, les négociations se déroulent dans une atmosphère de doute profond. Les parties en seraient encore au stade de l’échange de messages. Il a ajouté que la négociation ne résulte pas de la confiance entre les interlocuteurs. Cette formule vise à préparer l’opinion iranienne à un processus long, fragile et réversible. Elle permet aussi à Téhéran d’imputer la lenteur du dialogue à l’autre camp, accusé de modifier sans cesse ses positions. Le message est double : l’Iran reste dans la discussion, mais il refuse de donner l’image d’un rapprochement rapide.
Une doctrine déjà affirmée depuis avril
Cette méfiance explique la place donnée au Liban. Depuis avril, Téhéran affirme que le cessez-le-feu libanais s’inscrit dans un cadre régional plus vaste. Le ministère iranien des Affaires étrangères avait déjà salué la trêve annoncée au Liban en la présentant comme une composante d’un arrangement plus large, négocié avec l’appui de médiateurs. Il demandait alors le retrait complet d’Israël des secteurs occupés au Sud-Liban, la libération des prisonniers, le retour des déplacés et la reconstruction des zones détruites. La déclaration de lundi prolonge cette doctrine.
L’enjeu est désormais plus urgent. Le dernier bilan officiel consolidé du ministère libanais de la Santé, publié dimanche soir, fait état de 3 412 morts et 10 269 blessés depuis le 2 mars. Ce chiffre marque une hausse de 41 morts et 140 blessés en vingt-quatre heures. Il ne couvre pas forcément tous les bilans partiels signalés lundi, notamment après la frappe de Deir el-Zahrani, qui a tué huit personnes et blessé dix-neuf autres selon le ministère. L’ampleur des pertes donne un poids concret à l’appel au cessez-le-feu au Liban.
Les frappes israéliennes ont touché ces derniers jours Tyr, Nabatiyé, Deir el-Zahrani, Qlaylé, Majdel Zoun, Al-Mansouri et plusieurs localités du Sud. Une frappe près de l’hôpital Hiram, à Tyr, a blessé treize membres du personnel de santé. Les organisations internationales alertent aussi sur les enfants tués ou blessés et sur les attaques contre les structures médicales depuis le début de la trêve théorique d’avril. Dans ce contexte, la demande iranienne ne reste pas abstraite. Elle porte sur une guerre qui se traduit chaque jour par des morts, des blessés, des évacuations et des services publics débordés.
Beaufort, Beyrouth et le poids du terrain
La situation militaire renforce encore cette lecture. Dimanche, l’armée israélienne a annoncé la prise du château de Beaufort, aussi appelé Qalaat al-Chaqif, ainsi que de la crête voisine. Le site domine le Litani et plusieurs axes du Sud-Liban. Israël l’avait occupé de 1982 à 2000. Sa reprise a donc une valeur militaire et symbolique. Elle indique aussi que l’opération israélienne ne se limite plus à des frappes ponctuelles ou à des incursions proches de la frontière. Elle s’installe dans une bataille de positions en profondeur.
Israël affirme vouloir neutraliser les infrastructures du Hezbollah et protéger le nord de son territoire contre les roquettes, missiles et drones. Selon une agence de presse, plus de 1,2 million de Libanais ont été déplacés par les frappes israéliennes et les ordres d’évacuation depuis le 2 mars. Israël fait état de soldats et de civils tués par les attaques du Hezbollah. Ces pertes nourrissent la justification israélienne d’une opération élargie. Le Liban, lui, accuse Israël de mener une politique de destruction et de déplacement forcé dans des zones civiles.
L’annonce faite lundi par Benjamin Netanyahu et Israel Katz ajoute un degré supplémentaire à cette crise. Les deux responsables israéliens ont déclaré avoir ordonné à l’armée de frapper des objectifs dans la banlieue sud de Beyrouth. Le communiqué israélien invoque des violations répétées du cessez-le-feu par le Hezbollah et des attaques contre des villes et des citoyens israéliens. La banlieue sud, dense et populaire, concentre des quartiers résidentiels, des commerces, des axes routiers et des structures liées au Hezbollah. Toute frappe dans cette zone peut avoir des conséquences humaines et politiques majeures.
Washington veut séquencer, Téhéran veut lier
Pour Téhéran, cette menace contre Beyrouth confirme que le cessez-le-feu au Liban doit rester au centre des négociations. L’Iran ne veut pas que Washington obtienne un accord régional tout en laissant Israël poursuivre ses opérations au Sud ou frapper la capitale libanaise. Cette position sert aussi le Hezbollah. Le mouvement peut s’appuyer sur elle pour refuser un arrêt unilatéral de ses tirs. Ses alliés affirment que le Hezbollah ne peut pas cesser ses attaques si Israël conserve des troupes sur le territoire libanais et continue de bombarder.
La proposition américaine suit une logique différente. Washington cherche une désescalade graduelle. Le plan discuté ces derniers jours prévoit que le Hezbollah cesse d’abord ses attaques contre Israël. En échange, Israël s’abstiendrait d’une escalade contre Beyrouth. Le président Joseph Aoun soutient la recherche d’un accord capable de réduire la pression militaire. Le président du Parlement, Nabih Berri, estime pour sa part que le Hezbollah pourrait respecter un cessez-le-feu si Israël cessait d’abord de tirer. Le désaccord porte donc sur le premier geste.
La déclaration de Baghaei s’insère précisément dans cette dispute. Elle refuse la séquence américaine telle qu’elle est présentée. En liant tout accord au cessez-le-feu au Liban, Téhéran demande une approche simultanée. Les hostilités doivent cesser sur l’ensemble des fronts concernés, ou aucun règlement ne peut être solide. Cette ligne rejoint la vision iranienne d’un conflit régional unique, où le Liban, la mer Rouge, le Golfe, l’Iran et Israël relèvent d’un même rapport de force. Elle contredit la méthode américaine, qui tente de découper les dossiers pour obtenir des gestes successifs.
La navigation iranienne entre dans l’équation
Le volet maritime cité par Baghaei s’inscrit dans la même logique. Le porte-parole iranien a dénoncé la poursuite de ce qu’il qualifie de piraterie maritime et d’atteinte à la navigation iranienne. Il a présenté ces actes comme une violation du cessez-le-feu. Il a ajouté que l’appareil diplomatique iranien suivait les développements avec précision et que Téhéran prendrait toute mesure jugée nécessaire pour défendre sa souveraineté. Le message vise les restrictions, interceptions ou pressions exercées contre les intérêts maritimes iraniens.
La mer devient ainsi un autre terrain de la négociation. L’Iran veut lier la sécurité de sa navigation à la stabilité régionale. Les États-Unis et leurs alliés défendent la liberté de circulation et la sécurité des routes énergétiques. Les deux positions peuvent sembler converger sur le principe, mais elles divergent sur les responsabilités. Téhéran estime que ses navires et ses intérêts sont ciblés. Washington accuse l’Iran et ses alliés de menacer les voies maritimes. Dans ce climat, le Liban devient un dossier parmi d’autres, mais un dossier dont l’évolution peut bloquer ou accélérer les discussions.
Pour Beyrouth, cette régionalisation comporte un risque majeur. Le Liban a besoin d’un arrêt rapide des frappes, du retour des déplacés et de garanties sur sa frontière sud. Mais si le cessez-le-feu devient une pièce d’un accord global entre Téhéran, Washington et Israël, le calendrier libanais peut être ralenti par des sujets extérieurs. Les avoirs iraniens gelés, les sanctions américaines, la navigation, les garanties de non-agression et les équilibres régionaux peuvent peser sur la fin des combats au Sud. Le prix de cette articulation se mesure sur le terrain libanais.
Le débat libanais sur la négociation
Cette situation explique le débat interne autour des négociations directes. Joseph Aoun cherche à donner à l’État libanais une marge d’action. Les Forces libanaises ont annoncé lundi leur soutien à son choix de négociations directes pour arrêter l’escalade et mettre fin aux souffrances des Libanais. Cette position vise à replacer Baabda au centre du jeu. Elle affirme que le Liban ne peut pas rester dépendant de décisions militaires ou diplomatiques prises ailleurs. Mais elle se heurte à la réalité du Hezbollah, acteur armé majeur et allié de l’Iran.
Le Hezbollah n’a aucun intérêt à laisser l’État libanais négocier seul les termes d’un accord qui pourrait toucher ses armes, ses positions au Sud ou son rôle régional. Le mouvement présente ses attaques comme une réponse à l’agression israélienne. Il affirme viser des forces israéliennes, des blindés et des positions militaires. Israël affirme pour sa part viser ses infrastructures et ses capacités de tir. Entre ces deux récits, le gouvernement libanais tente de gérer l’urgence humanitaire et de préserver une souveraineté institutionnelle affaiblie.
La position iranienne donne donc au Hezbollah une profondeur diplomatique. Elle indique que Téhéran ne laissera pas le front libanais être traité comme une variable secondaire. Mais elle alimente aussi les critiques de ceux qui estiment que le Liban reste prisonnier d’un agenda régional. Pour ces acteurs, la priorité devrait être la décision souveraine de l’État, la protection des civils et le déploiement de l’armée libanaise au Sud. Pour les alliés du Hezbollah, la souveraineté ne peut pas être restaurée tant qu’Israël occupe des positions ou menace Beyrouth.
Une pression internationale encore limitée
La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont exprimé leur inquiétude face à l’approfondissement de l’opération israélienne au Liban. Paris a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité après la prise de Beaufort. Ces réactions européennes renforcent la pression diplomatique sur Israël, mais elles n’ont pas encore imposé de pause militaire. Elles montrent surtout que le Liban redevient un dossier international central, alors que les fronts régionaux se multiplient et que la trêve d’avril semble vidée de sa substance sur le terrain.
Le calendrier des prochaines heures reste décisif. Si Israël frappe la banlieue sud de Beyrouth, la proposition américaine de désescalade subira un choc majeur. Si le Hezbollah intensifie ses tirs, Israël pourra justifier une avancée plus profonde au Sud. Si les médiateurs parviennent à obtenir un arrêt simultané ou progressif, la déclaration de Baghaei deviendra l’un des paramètres à intégrer dans un texte plus large. Mais pour l’instant, aucune annonce ne confirme un accord final, ni même une séquence acceptée par tous les acteurs.
L’Iran a donc posé sa condition au moment où le Liban s’enfonce dans une crise militaire et humanitaire aiguë. Le cessez-le-feu au Liban n’est plus présenté par Téhéran comme un dossier annexe, mais comme un élément central de tout règlement. Cette ligne renforce le poids régional du front libanais, tout en compliquant la marge de manœuvre de Beyrouth. Entre les discussions américaines, les avertissements iraniens, les menaces israéliennes sur la banlieue sud et les combats autour du Litani, le prochain signal viendra autant des chancelleries que du terrain.


