Qatar, Le Livre Noir 2/4. Les Frères Musulmans, un mauvais choix sur un mauvais pari.

«Le concept de la Charia est un terme général, jamais utilisé par le prophète ni par ses premiers successeurs. Il fera son apparition au début du II me siècle de l’hégire».

  • Une Étude du Centre Euro-arabe contre l’Extrémisme
  • Adaptation en version française par www.madaniya.info

En partenariat avec Madaniya.info – Plus d’un mois avant que la crise entre l’Arabie saoudite et le Qatar, n’éclate, le 5 juin 2017, l’équipe de chercheurs du «Centre euro-arabe contre l’extrémisme» s’était penchée sur l’analyse des facteurs ayant conduit à l’émergence et à l’amplification de l’extrémisme ainsi que sur les gigantesques moyens mis en œuvre en vue de neutraliser et de marginaliser le Courant Démocratique Arabe à la faveur de l’anarchie qui s’est instaurée en Libye dans la foulée de l’intervention de l’OTAN, de la militarisation du mouvement populaire en Syrie et de la prise de Sana’a par les Houthistes à la faveur de la paralysie politique régnant au Yémen.

-Le peuple syrien s’est il révolté pour instaurer un califat de type taliban?
-Existe-t-il vraiment un environnement populaire propice à l’éclosion et au développement de l’extrémisme dans le Monde arabe?.
-Al Qaida et Daech auraient ils pu se déployer aussi largement sans le soutien direct et considérable des puissances régionales et internationales?

Pour répondre à cette question, le groupe de travail du Centre Euro-arabe a entrepris un travail d’enquête, de prospection, de documentation et de compilation. L’étude porte sur les cas de plusieurs gouvernements complices et partenaires de l’émergence de l’extrémisme et du terrorisme dans la zone.

Le Centre a décidé de consacrer son premier dossier au Qatar en raison du rôle prééminent de la principauté dans la contre révolution arabe. Extraits.

UN CONFLIT LATENT SUR FOND DE PROCÈS EN LÉGITIMITÉ DE LA GOUVERNANCE DE LA LIGNÉE HAMAD BEN KHALIFA

Telle une tumeur pernicieuse, le différend était latent. S’il a éclaté au grand jour, en juin 2017, il remontait en fait à la fin de l’occupation du Koweït et de l’Afghanistan, dans la décennie 1990. Il s’est développé plus précisément avec le coup de tonnerre constitué par le coup d’état du Cheikh Hamad contre son propre père Khalifa, en juin 1995.

Craignant l’effet de contagion, le Royaume saoudien considérait que le coup d’état d’un fils contre un père constituait un précédent dangereux au sein des sociétés des pays du Golfe en ce que le coup d’état au sein d’une famille régnante pouvait ouvrir la voie à des coups d’état au sein des familles, comme la forme locale des coups d’état militaire dont ont pâti bon nombre de pays arabes et du tiers monde.

Le leadership du Qatar s’est appuyé sur des non nationaux pour la mise en place de son projet. Pour ce faire, il a mis sur pied «L’Union des Oulémas
Musulmans» en tant que structure rivale de la prestigieuse université d’Al Azhar (Le Caire), sous la direction d’un membre de la confrérie des Frères Musulmans, l’égyptien Youssef Al Qaradawi, par ailleurs Mufti du Qatar.

S’investissant à plein dans le domaine de la communication via Al Jazeera, à la suite du retrait de la BBC du service arabe dont la chaîne anglaise en avait été l’initiatrice, le Qatar a offert l’hospitalité à quiconque souhaitait se placer dans son giron: Frères Musulmans, Salafistes, Djihadistes.

Il établira de contacts avec Israël parallèlement avec le Hamas, la branche palestinienne des Frères Musulmans, dont l’autorité s’exerce dans l’enclave de Gaza, autorisant, dans le même temps, l’aménagement d’une base américaine sur son sol, la plus importante base militaire américaine hors des États Unis.

AL JAZEERA

Pour ce premier projet trans frontière arabe, chronologiquement parlant, les deux HAMAD (l’Émir Hamad Ben Khalifa et son premier ministre Hamad Ben Jassem) se sont engagés dans une politique d’ouverture apportant toute garantie tant aux États Unis qu’à Israël, tout en offrant une tribune médiatique à des voix discordantes ou protestataires arabes, dont ils en étaient privés auparavant. Mais, dans le même temps, Al Jazeera sera la première chaîne arabe à accueillir des commentateurs et personnalités politiques israéliens.

AL JAZEERA-AL QAIDA

Le Qatar est passé maître dans l’art de gérer les contradictions: «Tout document qui parvenait à Al Jazira d’Al Qaida est aussitôt transmis à l’ambassade américaine pour visionnage avant diffusion. A réception de l’accord de l’ambassade, la chaîne diffusait le document». L’internet n’était pas développé en ces temps là. La matière parvenait à la chaîne via DHL Pakistan.

AL JAZEERA SOUS L’ÈRE WADDAH KHANFAR

Al Jazeera sous l’ère de Waddah Khanfar a été une chaîne sous l’influence de Youssef Al Qaradawi et des Frérots. Les Frères Musulmans avaient ordonné la dissolution la section qatarie de la confrérie, en 1999, arguant du fait que les conditions d’une bonne gouvernance islamique étaient réunies au Qatar; que «La Loi de Dieu» s’y appliquait; que le Qatar était une terre de bienfait. Dans ces conditions, il leur suffisait de tirer profit des bienfaits de son prince au bénéfice de la confrérie.

(((NDLR Lauréat 20011 de la revue «Foreign Policy», au même titre que Rached Ghannouhi et Bernard Henry Lévy, le parcours de Waddah Khanfar résume à lui seul la confusion mentale arabe et la duplicité du Qatar. Ancien journaliste de la chaine gouvernementale américaine «Voice of America», ce palestinien natif de Djénine, en Cisjordanie occupée, était parent par alliance de l’ancien premier ministre jordanien Wasfi Tall, surnommé le «boucher d’Amman» pour sa répression des Palestiniens lors du septembre noir jordanien (1970), dont il a épouse la nièce. Cet Islamiste notoire était aussi un interlocuteur des services de renseignements de l’US Army. Une opacité typique du comportement du Qatar.

Deux reproches ont pesé sur sa gestion de huit ans à la tête d’Al Jazira (2003-2011): sa volonté d’imposer un code vestimentaire ultra strict aux présentatrices de la chaîne, en conformité avec l’orthodoxie musulmane la plus rigoureuse, ce qui a entraîné la démission de cinq journalistes femmes, ainsi que sa publication des documents confidentiels sur les pourparlers israélo palestiniens «The Palestine Paper», discréditant les négociateurs palestiniens; ce qui a conduit le chef des négociateurs palestiniens, Saeb Oureikate, à réclamer sa démission, de même que l’Arabie saoudite effrayée par la crainte que la large couverture des soulèvements arabes par la chaîne du Qatar n’ait des répercussions sur la stabilité des pétromonarchies.

Propulsé à la direction de la chaîne Al Jazeera par son ami libyen, Mohammad Jibril. Il sera remercié de la chaîne, en 2011, au terme de l’épisode libyen, mais gratifié de la distinction américaine. Maigre consolation. L’homme a quitté la scène publique, avec de substantielles indemnités, sans bruits, emportant avec lui ses secrets et sa part d’ombre, les raisons de sa gloire et de sa disgrâce. Il dirige désormais l’édition arabe du Huffington Post ))).

QATAR-TUNISIE: LE QATAR A CARBONISÉ LE PARCOURS HISTORIQUE MILITANT DE MOUNCEF MARZOUKI, PREMIER PRÉSIDENT POST DICTATURE TUNISIENNE.

An Nahda s’est engagé dans la vie politique tunisienne propulsé par un important flux financier. Ce qui lui a permis d’ouvrir des permanences aux quatre coins du pays, dont certaines à structure microscopique familiale, dirigées par un homme, son épouse et ses enfants.

Du Jour au lendemain, les dirigeants d’An Nahda ont troqué leur modeste logis pour des appartements somptueux, achetant à tour de bras des biens fonciers et des établissements économiques à des propriétaires désireux de s’en débarrasser afin d’éviter les poursuites judiciaires pour leur accointance avec le régime de Ben Ali.

En Tunisie, le Qatar a placé la politique de la Troika sous son contrôle en désignant Rafik Abdel Salam, «le camarade Abdel Salam», un salarié d’Al Jazeera, ministre des Affaires étrangères tunisien, carbonisant au passage le parcours historique du militant Mouncef Marzouki, le contraignant à accueillir à Tunis, la «Conférence des Amis de la Tunisie».

QATAR-HAMAS

Qatar a fait pression sur Khaled Mecha’al pour dégager le Hamas de Syrie, rendant la branche palestinienne des Frères Musulmans captive de la seule volonté du Qatar, la subordonnant à la politique de Doha à l’égard de la Syrie. L’impulsivité et la précipitation du Qatar a affaibli le Hamas, réduit désormais à quêter un nouvel abri.

QATAR-SYRIE: EN TANDEM AVEC LA FRANCE, LE PARI SUR LES FRÈRES MUSULMANS, UN MAUVAIS PARI SUR UN MAUVAIS PARTENAIRE.

Qatar était impliqué dans le dossier syrien «jusqu’à la moelle». Il a contribué à dévier un mouvement animé par des revendications populaires vers un conflit entre le régime syrien et des «djihadistes sans frontières», secondés par des «frérots», otages jusqu’à l’obsession d’une stratégie de conquête de pouvoir.

En concertation avec la Turquie, le Qatar a mis au point un plan visant à changer le régime en Syrie, en garantissant la mise du Conseil National Syrien sous tutelle des Frères Musulmans. Et, dans l’hypothèse de l’échec de cette structure, de favoriser la militarisation du soulèvement populaire, au départ un mouvement civil de contestation, par la démultiplication des formations combattantes et la légitimation du Jihad mondial en Syrie.

Mais en Syrie, le Qatar a fait un mauvais pari sur un mauvais partenaire en ce que la confrérie jouissait d’une faible adhésion populaire contrairement à la branche égyptienne. Nonobstant notre position à l’égard de la nature criminelle et répressive du régime syrien, il nous importe de rappeler les faits suivants:

-La Syrie a refusé de souscrire aux requêtes américaines concernant la fermeture des bureaux de représentations du Hamas et du Jihad Islamique Palestinien, installés à Damas. Ce refus a été signifié par Farouk Al Chareh, à l’époque ministre syrien des Affaires étrangères à son homologue américain Colin Powel. Ce refus a servi de déclencheur à la mise en route de la procédure législative visant à l’adoption de la «Syrian Accountability Act» et à la détérioration conséquente des relations ente la Syrie et les États-Unis.

Il est de notoriété publique que la Syrie avait aménagé à l’intention du Hamas et d’autres organisations populaires des camps d’entraînement militaires et des bureaux de représentation politique.

Le Qatar s’est mis à se comporter comme une grande puissance régionale, collaborant avec l’OTAN pour provoquer la chute du Colonel Mouammar Kadhafi, soutenant par tout moyen les Frères Musulmans d’Égypte pour succéder à Hosni Moubarak, mettant à la disposition du parti An Nahda, la branche tunisienne de la confrérie, d’importants moyens financiers, propulsant directement ses membres de la prison au parlement.

YOUSSEF AL QARADAWI

Cheikh Youssef Al Qaradawi est le meilleur exemple de cette symbiose entre Frères Musulmans et extrémisme.

Le jour de la chute de Mossoul aux mains de Daech, le Mufti du Qatar a signé clairement une déclaration, affirmant notamment: «L’effondrement complet des forces armées et des forces de sécurité irakiennes de même que la police ne résultent pas d’un vide. Ils sont le produit d’une révolution populaire». Puis réagissant au discours d’Abou Bakr Al Baghdadi, se proclamant Calife Ibrahim, Qaradawi s’est ressaisi, estimant que les conditions du califat n’étaient pas remplies.

Qaradawi a émis des Fatwas rendant licite les opérations suicide et l’intervention de l’OTAN en Libye à une époque où pas un groupement djihadiste n’avait encore cautionné l’intervention d’une force étrangère contre un pays musulman.

Il a émis une Fatwa pour l’exécution de Kadhafi; une 2 me pour le djihad en Syrie; une 3 me pour le mariage de confort (Zawaj al Mit’ha). Joignant le geste à la parole, il tenta de nouer un mariage de confort avec Asma Ben Qada dès leur première rencontre. La dame de nationalité algérienne rabroua le religieux, lui enjoignant de respecter les convenances. Il l’épousa alors dans les formes et en divorcera.

L’INSTITUT DE BIENFAISANCE «EID AL THANI» DU QATAR, LE REPAIRE DES ARABES AFGHANS.

L’Institut a longtemps fait office de position de repli et abri sûr pour les anciens d’Afghanistan, rejoints au début du XXI me siècle par des Libanais fuyant la justice des mouvements salafistes «Taqfir wa Hijra» (Anathème et Migration) de Dinnyeh (Nord-Liban). Arabes Afghans et Libanais serviront ainsi de courroie de transmission entre les associations caritatives du Qatar et leur pays d’origine.

L’instrumentalisation par les Frères Musulmans et les Takfiristes de l’humanitaire à des fins politiques et militaires a atteint son paroxysme au cours de la 2me décennie du XXI siècle.

Durant la guerre d’Afghanistan (1980-1989), aucune organisation de bienfaisance islamique n’a consenti à œuvrer sous la tutelle d’un groupement armé. Le grand crime du Qatar, des Frères Musulmans et d’Al Qaida a été de considérer les organisations de bienfaisance comme le meilleur courroie de transmission pour les transferts des fonds et des armes dans les zones de conflit, pour la mise en œuvre de la corruption politique par l’achat des consciences, l’achat des voix électorales lors des consultations populaires et la rémunération des «fiers à bras» (Shabihha) dans les phases de transition politique.

En 2005, selon des témoignages recueillis par les auteurs de ce rapport, confortés par une étude d’un universitaire américain, Robert G. Rabil, professeur des Études du Moyen Orient à l’Université de Floride, -dans son ouvrage intitulé «Salafism In Lebanon, From apoliticism to transnational Jihadism- Le salafisme au Liban» (Georgetown University Press 2014), de nombreuses concertations ont eu lieu entre l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar visant à soutenir le mouvement salafiste djihadiste au Liban dans le cadre du financement des élections législatives libanaises de 2005, qui ont suivi l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.

Les groupements salafistes du Qatar et du Koweït ont mis à profit la campagne électorale libanaise pour transférer d’importantes sommes d’argent à leurs confrères libanais via «l’Institut de bienfaisance Eid Al Thani» du Qatar et «l’Association pour la Renaissance du Patrimoine islamique» du Koweït.

LIBAN: AL MOSTAQBAL ET L’ARMEMENT DE L’ARMÉE SYRIENNE LIBRE (ASL) VIA LE DÉPUTÉ CHIITE LIBANAIS PRO HARIRI OKAB SAKR

La grande majorité des membres du parti libanais «Al Mostaqbal», le parti du premier ministre Saad Hariri, réprouvait le soutien multiforme accordé par les pétromonarchies du Golfe aux groupements extrémistes, à l’exception des quelques députés du Nord du Liban réputés pour entretenir des rapports d’intérêts mutuels avec eux (relation de parenté, connivence électoraliste, instrument de pression etc..).

Saad Hariri, lui même, considérait que le soutien aux groupes extrémistes affaiblirait le courant sunnite modéré, et en contournant l’allégeance historique de Rafic Hariri, le chef du clan assassiné, à l’Arabie saoudite, y portait atteinte. Conscients des réticences du chef de file du clan saoudien au Liban, les groupements djihadistes n’ont pas hésité à l’attaquer frontalement.

Saad Hariri et son parti Al Mostaqbal ont ainsi été conduits à fermer l’œil sur les cargaison d’armes déversés au Liban et à l’afflux d’importants capitaux du Qatar et du Koweït dès le début de la militarisation de la guerre en Syrie et la Bataille de Bab Amro, février 2012, dans le secteur périphérique de Homs en Syrie.

La section d’information des Forces de Sécurité Intérieure libanaise (FSI), commandée par le général Wissam Hassan, homme lige de Saad Hariri, avait recommandé que le transit des armes se fasse par la Turquie en raison de la précarité de la situation libanaise. En dépit de ces réserves, il n’en demeure pas moins qu’il a effectivement participé au financement des achats d’armes et à l’équipement de l’Armée Syrienne Libre (ASL), via le députe chiite libanais pro-Hariri Okab Saqr.

Selon un rapport documenté de «l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme -SIHR», basé à Genève, portant sur «Les mouvements salafistes en Syrie », sept personnalités du Golfe se sont rendues au Proche Orient porteurs d’importantes sommes d’argent en vue de financer l’achat d’armes et l’équipement des protestataires pacifiques de Syrie, avant de sombrer dans le trafic d’armes.

Voici la liste de ces personnalités:

  • Mohamad Ben Abdallah Al Hadba
  • Abdel Rahim Ben Rachid Al Wahibi
  • Mohamad Al Arifi
  • Abdallah Ben Hamoud Al Toueijiry
  • Ihsan al Outeiby
  • Walid Tabatba’î
  • Abdel Rahim Ben Omeir Al Neiamy

Dès le début du siège de Bab Amro, en Février 2012, le contact s’est établi via Abou Ahmad de la Brigade Al Farouk pour ravitailler cette formation en armes et en argent, en prenant pour couverture politique la branche d’Al Qaida de Tripoli (Nord-Liban).

Abdel Aziz Al-Attyah, proche de Khaled Al Attyah, ministre d’état pour les Affaires étrangères qatari, a été chargé du suivi de l’opération, en tandem avec le directeur général de «l’Institut de Bienfaisance Eid Al Thani» du Qatar et ancien directeur financier d’Al Jazeera, Ali Al Souweidy.

Abdel Aziz a été intercepté par les autorités libanaises, qui l’ont aussitôt remis à l’ambassade du Qatar à Beyrouth, à la suite de pressions du gouvernement de Doha, menaçant d’expulser tous les ressortissants libanais vivant dans la principauté.

Les contacts se sont poursuivis via la filière des notables sunnites de Tripoli connus pour leur sympathies salafistes djihadistes, notamment Bilal Dakmaq, le prédicateur islamiste Daï al Islam Chahhal, père de Jaafar Chahhal, un combattant de Jabhat An Nosra, arrêté en 2014 sous cette accusation.

LES RACINES CONFRÉRIQUES DE L’EXTRÉMISME

Sayyid Abul Ala Maududi (Pakistan) et Sayyed Qotb (Égypte) font incontestablement figure de pionniers dans la théorisation du Jihad.
«L’inclinaison au totalitarisme au sein des mouvements relevant de l’Islam politique, dans ses deux versions sunnites et chiites, est imputable au premier chef au pakistanais Abu Al Ala’ Al Maududi, premier islamiste du XX me siècle à prôner le retour au Jihad,
«Ce théologien fondamentaliste, fondateur du parti pakistanais Jamaat-e-islami, a envisagé la création d’un État Islamique Uni, fondé sur l’application rigoureuse de la loi religieuse (Charia). Dans sa conception, un tel état devait être hégémonique, totalitaire sur les divers aspects de la vie. La Gouvernance d’Allah (Al Hakimiya) au Pakistan relevait de Dieu, le gouvernement se devant d’être fidèle à la Charia.

Une transposition du schéma soviétique à l’Islam.

«En fait Maududi s’est inspiré du modèle stalinien en vigueur en Union Soviétique, substituant l’idéologie islamique à l’idéologie marxiste, le parti de Dieu (Hezbollah) au parti communiste, de même que le califat en guise de substitut au Secrétaire général du PC.
«Le concept de la Charia est un terme général, jamais utilisé par le prophète ni par ses premiers successeurs. Il fera son apparition au début du II me siècle de l’hégire. Il ne saurait être comparé au Talmud des Juifs, ni à la Constitution de l’époque contemporaine. Il reste sujet à débat.
«Les Frères Musulmans ont adopté la conception totalitaire du stalinisme pour l’appliquer à la religion musulmane. Hassan Al Banna, fondateur de la confrérie, répétait, tel un perroquet, les prescriptions de Maududi, affirmant que l’Islam est une soumission à Dieu, une obéissance au gouverneur, un livre saint, une épée. (CF.Hassan al Banna, «Mémoires de la prédication et du prédicateur», page 173.

L’APPORT DOCTRINAL DE YOUSSEF QARADAWI

Qaradawi n’a apporté aucune novation doctrinale dans son livre «La Religion et la Politique» édité à Dublin en 2007 par le Conseil Européen de la Jurisprudence, se bornant à récupérer l’idéologie diffusée par le tandem sunnite Maudaudi-Qotb, 80 ans après son lancement par le Pakistanais, un demi siècle après sa reprise par l’égyptien.

Le Mufti du Qatar se pose comme le défenseur du totalitarisme, niant les données de l’évolution historique de l’idéologie, mettant l’accent sur sa propre signification de l’Islam: L’Islam n’est que politique, le guide de la vie, une loi, une soumission, une religion, une politique, une prédication. La charia s’impose à quiconque en charge d’une responsabilité. Rien n’y échappe».

Une position conforme à celle de tous les fondamentalistes de toutes confessions pour lesquels l’État en Islam est un état idéologique qui se rattache à la religion, dont la tâche première est la consolidation de la religion.

ET LES CRITIQUES DE MOUNCEF MARZOUKI À L’ÉGARD DU MUFTI DU QATAR.

Mouncef Marzouki (Tunisie) fera parvenir ses critiques via un message poste à Al Jazeera.net: «La science de Qaradawi est en fait un ensemble des vérités assénées par les prédicateurs et savants depuis des siècles dans les mosquées des provinces les les plus reculées, comme depuis les plus hautes tribunes médiatiques, de plus en plus nombreuses ces temps-ci. De telles vérités n’ont pas empêché notre nation de connaître la décadence morale, ni la régression intellectuelle, ni la sauvagerie politique. Des données propagées avec un talent oratoire par ce cheikh savant, qui veut nous enseigner ce que l’on doit savoir sur notre religion et notre univers.

M. Marzouki conclut son texte en des termes empreints d’une grande ironie: Qaradawi se pose, de ce fait, en boussole, un guide. Un monde d’obéissance au tuteur, ceux-là même qui nous ont conduit des siècles durant sur le chemin de la liberté, qui ont fait de nous «La meilleure nation offerte au Monde (kaiyrou ommaten ounjibat lil Nass».

Rached Ghannouchi, le chef du parti tunisien An Nahda, intervint alors auprès de son compatriote tunisien pour lui demander de retirer son texte.

L’ancien opposant à la dictature de Zine El Abdedine Ben Ali, soucieux de ne pas rompre ni avec la branche tunisienne des Frères Musulmans, ni avec leur parrain, le Qatar, qui nourrissait par ailleurs ses propres calculs politiques obtempéra: Il sera le premier président de la Tunisie post dictature, avec le soutien d’An Nahda.

Un vieux compagnon de lutte de M. Marzouki, Haytham Manna, doyen de l’opposition démocratique syrienne, pris alors la relève de la critique de la pensée de Qaradawi. De nouveau An Nahda a demandé à l’opposant syrien de retirer son texte, ce qu’il refusa. Rached Ghannouchi dut voler au secours du Mufti du Qatar, publiant un texte intitulé «Nous sommes tous des Qaradawi».

Abdel Razzak Eid, écrivain syrien, s’est appliqué, lui, à déconstruire le discours de Qaradawi, mettant en garde contre la propagation des thèses fondamentalistes via Al Jazeera, alors que le poète Adonis dénonçait la liaison entre le djihadisme tafkfiriste et l’idéologie totalitariste qu’il prône.
Ces débats ont apporté la preuve que la confrérie des FM n’avait aucun rapport avec des termes tels que modération ou centrisme. Les habits de Qaradawi masquaient en fait un programme d’arbitraire et ne se différenciant guère de la mentalité prévalant au sein des mouvements djihadistes takfiristes.

LA DUPLICITÉ DES FRÈRES MUSULMANS

Les Frères Musulmans se présentent comme un projet médian, centriste ou moderne. Mais depuis 1928, toutes ses critiques révèlent un projet extrémiste, violent que cela soit au sein de l’appareil privé ou sa structure clandestine en Égypte et en Syrie, via sa structure militaire clandestine «At Taliha Al Mouqatilla».

Son discours emprunte à l’art de la dissimulation, marqué du sceau de la duplicité à travers duquel, la confrérie a gagné la sympathie de l’Occident et Musulmans y vivant. Il repose sur le principe de se taire jusqu’à être intégré».

Nasr Hamed Abou Zeid, frappé d’apostasie en Égypte pour avoir dénoncé les turpitudes des FM, a visé juste, dénonçant publiquement la confrérie comme étant la plus importante formation du Monde à pratiquer la dissimulation.

  • http://www.renenaba.com/le-syndrome-egyptien/
  • http://www.renenaba.com/egypte-deces-de-lintellectuel-critique-hamed-nasr-abou-zeid/

DAECH OU LA SURENCHÈRE D’ABOU BAKR AL BAGHDADI, AKA CALIFE IBRAHIM.

Abou Bakr al Baghdadi a subverti le mouvement des islamistes traditionnels. Cet homme obscur réussira néanmoins à capitaliser le ressentiment d’une population soumise à fortes pressions tant de la part de régimes autoritaires, que de la surenchère permanente des fondamentalistes et du courant salafiste, dont la propagande imputait la tragédie du Monde arabe et musulman à l’abandon de la religion, au fait d’avoir combattu le califat ottoman, une institution musulmane, d’avoir été pris au piège des valeurs occidentalistes, frappées du sceau de l’ignorance, de s’être appropriés enfin des notions telles que modernisation et changement.

«L’État Islamique» a ainsi bénéficié de financement de la part de certains pays du Golfe, bien qu’il n’en fût pas tributaire. Mais l’ambition personnelle de certains princes a constitué le motif principal de ce financement car il permettait aux donateurs de s’en servir comme moyen de pression contre leur propre gouvernement.

La multiplicité des parrains étrangers, les divergences sur les objectifs et les méthodes ont souvent dégénéré en affrontements armés au sein des groupements djihadistes.

La guerre de Syrie a favorisé l’afflux de djihadistes de tous pays, y compris des pays du Golfe, suscitant les craintes que l’instabilité syrienne ne se répercute sur le Golfe, notamment lors de leur retour dans leur pays.

L’État du Califat porte en lui les germes de sa propre disparition: Une force haineuse et agressive dans son essence, propulsée par un besoin d’expansion sur le plan interne et externe, un besoin d’obéissance inconditionnelle des personne sous son autorité, doublés d’un mépris de nature raciste à leur égard et d’une volonté de surenchère envers l’ensemble des musulmans.

POUR ALLER PLUS LOIN
  1. http://www.renenaba.com/qatar-un-rebut-de-luxe-pour-recyclage-haut-de-gamme/
  2. http://www.renenaba.com/lhomme-de-lannee-2011/
  3. http://www.renenaba.com/le-qatar-une-metaphore-de-la-france-en-phase-de-collapsus/
  4. http://www.renenaba.com/la-fin-sans-gloire-du-deus-ex-machina-de-la-revolution-arabe/
  5. http://www.madaniya.info/2016/03/29/al-jazeera-la-fin-d-une-legende/
  6. http://www.madaniya.info/2017/06/08/arabie-saoudite-qatar-guerre-freres-ennemis-wahhabisme-guerre-de-defausse/
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René Naba | Journaliste, Ecrivain Français d’origine libanaise, jouissant d’une double culture franco arabe, natif d’Afrique, juriste de formation et journaliste de profession ayant opéré pendant 40 ans au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe, l’auteur dont l’expérience internationale s’articule sur trois continents (Afrique Europe Asie) a été la première personne d’origine arabe à exercer, bien avant la diversité, des responsabilités journalistiques sur le Monde arabo-musulman au sein d’une grande entreprise de presse française de dimension mondiale.