Sabra-Chatila : Opération Salami 2/2

La devise phalangiste «Dieu, Patrie, Famille», doit se lire ainsi «Dieu et la Patrie au service de la famille Gemayel.

Suite des extraits des mémoires de Georges Freyha.

A PROPOS DES PHALANGISTES

En partenariat avec Madaniya.info – La devise phalangiste «Dieu, Patrie, Famille», doit se lire ainsi «Dieu et la Patrie au service de la famille Gemayel. Le livre a d’ailleurs fait l’objet d’une véritable censure de la famille Gemayel par ce qu’il révèle un secret, longtemps tu, concernant la vive rivalité qui a opposé au sein de la famille Gemayel Pierre Gemayel, le fondateur du parti, et Maurice, son beau frère. Pierre a épousé la sœur de Maurice. Ce profond désaccord entre les deux a conduit Maurice à démissionner du parti en 1970».

LE PLAN DE PARTITION DU LIBAN

Le plan de partition du Liban prévoyait sa mise en œuvre en deux temps:

De 1975 à 1977, c’est à dire du début des hostilités à l’arrivée du Likoud au pouvoir en Israël, en 1977, l’objectif phalangiste était de constituer un état libanais allant du port de Jounieh, ville côtière située à 20 km au Nord de Beyrouth, au pied de la région montagneuse du Kesrouane au pont d’Al Madfoun, qui relie le Nord du Liban au reste du pays. En somme, un réduit chrétien adossé à Israël.

Dans cette perspective, Bachir a voulu écarter Georges de la direction du port de Jounieh pour s’épargner les affres de la présence d’un témoin gênant, lui préférant un autre membre du groupe consultatif.

L’arrivée d’Ariel Sharon au pouvoir au poste de ministre de la défense, en 1977, puis de Ronald Reagan, aux États Unis, en 1980, va changer la donne. Les livraisons d’armes tant de la part des Israéliens et que des Américains va amplifier le projet initial et assigner pour mission à Bachir Gemayel de s’emparer de la totalité du Liban. Cette séquence est connue sous le mot d’ordre phalangiste de «Le Liban des 10.452 km2».

Partisan résolu d’une alliance étroite avec Israël, ce groupe était hostile à la candidature de Bachir Gémayel à la Présidence de la République libanaise, en 1982, «en raison de son jeune âge, d’une part, et de l’hostilité de la population musulmane libanaise à son égard, d’autre part». Georges Freyha impute les malheurs du Liban à sa «renonciation à son alliance avec Israël».

LA COLLABORATION DE L’UNIVERSITÉ AMÉRICAINE DE BEYROUTH AVEC LES PHALANGISTES.

Préfigurant la partition du Liban, Georges Freyha, à l’instigation de la direction phalangiste, a mis en route un plan de démembrement de l’Université libanaise.

Invoquant l’exemple de l’Université de Californie (UCLA), qui dispose de plusieurs établissements dans les principales villes de la côte Ouest des États Unis (San Francisco, Los Angeles etc), il a ainsi favorisé l’implantation de l’Université américaine de Beyrouth dans la zone chrétienne du Liban, sans habilitation préalable du pouvoir central.

Le projet phalangiste ne visait pas une spécialisation des établissements, (Faculté d’agriculture dans la plaine de la Bekaa, faculté d’électronique dans la périphérie industrielle du nord de Beyrouth), mais, à proprement parle, un démembrement selon des critères purement confessionnels: Des universités chrétiennes sous contrôle maronite dans les zones chrétiennes, des universités musulmanes dans les zones musulmanes, des universités druzes dans les zones druzes etc..

LE CHANTAGE DE BACHIR GEMAYEL SUR LA HIÉRARCHIE DE L’UNIVERSITÉ AMÉRICAINE

La dissolution du Conseil étudiant de l’AUB (American University Of Beyrouth), en 1971 a résulté d’une pression directe de Bachir Gemayel auprès de l’administration de l’établissement en raison du fait que cette instance représentative de la totalité des étudiants auprès de la hiérarchie de l’Université était composée majoritairement de représentants des mouvements nationalistes libanais et de la Résistance palestinienne.

Bachir Gemayel a envoyé des «fiers à bras» au sein du campus pour susciter des bagarres, offrant ainsi un prétexte à la hiérarchie universitaire de dissoudre le Conseil étudiant (student council) et d’organiser de nouvelles élections, truquées celles-là, pour favoriser l’élection de représentants proches de la «Ligue Libanaise», groupement de partis isolationnistes de l’extrême droite libanaise.

Dans un premier temps, la hiérarchie de l’Université a refusé d’obtempérer aux desiderata de Bachir Gemayel, d’ouvrir une branche de l’établissement à Achrafieh, situé dans le secteur EST chrétien de Beyrouth. Pour la faire fléchir, Bachir Gemayel a bombardé le campus de l’Université situé dans le secteur Ouest de Beyrouth, contrôlé par les forces palestino progressistes.

Comme la hiérarchie universitaire persistait dans son refus, Bachir Gemayel a menacé d’amplifier les bombardements. Ce qui sera fait en représailles à l’échec des pourparlers de la dernière chance menée conjointement auprès des autorités universitaires, par Bachir Gemayel et Dany Chamoun, chef de la milice des Tigres et son partenaire au sein du «Front Libanais». Le propre fils du vice président de l’Université, Georges Hakim sera blessé au cours de ce 2me bombardement, conduisant l’AUB à souscrire aux demandes de Bachir Gemayel.

UN SCHÉMA IDENTIQUE POUR L’UNIVERSITÉ LIBANAISE.

Le schéma a été identique pour l’Université Libanaise pour l’implantation de succursales locales dans les zones sous contrôles des milices encadrées par les Israéliens.

Convoqué par Bachir Gemayel, le Recteur de l’Université Libanaise, Boutros Dib, n’a opposé la moindre résistance. Sans la moindre discussion préalable, il a demandé à signer le projet préparé par avance par les Phalangistes: «Je suis un homme malade. Je ne peux supporter, médicalement parlant, le fait d’être transporté à bord d’un coffre d’une voiture ou subir un supplice équivalent. Proposez moi ce que vous envisagez de réaliser et je vais signer sur le champ en ce qui concerne la création d’une section de l’Université libanaise à Achrafieh», a déclaré, résigné, le recteur libanais.

De tels comportements de Bachir Gemayel, de même que ses crimes de guerre ont été gommés des archives du «Mouvement du 14 Mars», le succédané post guerre des Forces Libanaises, le groupement des milices chrétiennes.

Un tel comportement criminel de Bachir Gemayel donne à penser que l’assassinat du Recteur de l’Université Américaine, Malcolm Kerr, en 1984, a pu être le fait des Forces Libanaises, en ce que le responsable de l’établissement était soucieux de fermer la branche d’Achrafieh de l’Université Américaine.

Universitaire lui même, Georges Freyha soutient que Bachir Gemayel avait transformé la section Achrafieh de l’Université Américaine en Lupanar en vue d’y soutirer un supplément de revenus.

LA PRÉSENCE DE JOSEPH ABOU ASSI, GARDE DE CORPS DE PIERRE GEMAYEL, PARMI LES FAUTEURS DE TROUBLES.

Joseph Abou Assi, le propre garde de corps de Pierre Gemayel, le chef du Parti Phalangiste figurait parmi les fauteurs de troubles ayant débouché sur la dissolution du «Conseil Étudiant» de l’Université Américaine. Son forfait accompli, Joseph Abou Assi a été tué, selon toute vraisemblance par les services de renseignements jordaniens et sa mort constituera l’étincelle qui a déclenché la guerre civile libanaise , en avril 1975, à Ein Remmaneh, banlieue chrétienne de Beyrouth.

CHARLES MALEK, ANCIEN RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ AMÉRICAINE DE BEYROUTH, INCAPABLE DE RÉDIGER UNE LETTRE EN ANGLAIS.

A sa réception d’une lettre du Président Ronald Reagan, Bachir Gemayel saute de joie et convoque aussitôt son équipe de conseillers en charge des relations avec les États Unis.

Au terme de plusieurs heures de discussions consacrées à la portée de ce courrier, l’équipe de conseillers, dirigée par Charles Malek, ancien ministre des Affaires étrangères lors du débarquement américain au Liban au terme de la première guerre civile en 1958, s’apprête à rédiger un projet de réponse. Mais quelle ne fut la stupéfaction des participants lorsqu’ils se rendirent compte qu’il n’était pas capable de rédiger une lettre en anglais.

Le chef d’équipe Charles Malek, qui fut pourtant Président de l’Université américaine de Beyrouth, proposa alors de recourir aux services de son «speach writer» habituel, Cecil Hourani, un universitaire anglais d’origine libanaise et frère d’Albert Hourani, le célèbre historien orientaliste anglophone, enseignant à St Anthony’s College, puis à l’Université américaine de Beyrouth et à l’Université de Chicago enfin à Oxford, par ailleurs auteur d’un remarquable ouvrage sur «l’Histoire des Peuples Arabes».

Économiste, Cecil Hourani a été le conseiller économique de Habib Bourguiba à l’époque où le président tunisien préconisait la «politique des étapes» dans la recherche d’un règlement au conflit israélo-arabe. Mais contrairement à son frère, Cecil Hourani témoignait une vive admiration pour le commandant Saad Haddad, l’officier dissident libanais fondateur de l’Armée du Sud Liban (ASL), qui faisait office de garde chiourmes des Israéliens dans la zone frontalière libano israélienne, lors de la guerre civile libanaise.

Bachir Gemayel, lui, nourrissait une vive admiration pour ce grand gourou du trône hachémite au point d’avoir ordonné à Georges Freyha de l’incarcérer pour le garder captif auprès de lui. Il finira par confier à Cecil Hourani, consentant, la gestion du dossier Égypte-Israël-Irak au sein de son groupe de conseillers.

Cecil Hourani a rédigé en 1984 un ouvrage intitulé «Le voyage inachevé» dans lequel ce philo sioniste va jusqu’à nier les visées territoriales d’Israël sur le Liban, témoigne de sa compréhension à l’égard de l’enrôlement de Juifs dans le groupe terroriste Stern, mais stigmatise le recours aux armes des Palestiniens pour faire valoir leurs revendications légitimes nationales.

Pour le malheur des Arabes, c’est ce philo sioniste convaincu d’origine arabe qui avait été désigné par les États arabes pour diriger le bureau d’information arabe chargé de défendre la cause palestinienne à New York, la grande métropole américaine, qui abrite la plus forte communauté juive du monde, dans la décennie 1940, en pleine phase de colonisation juive de la Palestine.

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René Naba | Journaliste, Ecrivain Français d’origine libanaise, jouissant d’une double culture franco arabe, natif d’Afrique, juriste de formation et journaliste de profession ayant opéré pendant 40 ans au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe, l’auteur dont l’expérience internationale s’articule sur trois continents (Afrique Europe Asie) a été la première personne d’origine arabe à exercer, bien avant la diversité, des responsabilités journalistiques sur le Monde arabo-musulman au sein d’une grande entreprise de presse française de dimension mondiale.