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Le Hezbollah accuse Washington et Israël d’instrumentaliser l’armée libanaise

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Le Hezbollah a choisi de répondre avant les prochaines négociations. Mardi, le député Hassan Fadlallah a accusé Washington et Israël de vouloir instrumentaliser l’armée libanaise pour affaiblir son mouvement. Selon la dépêche rapportée par Naharnet, le responsable du parti chiite affirme que toute unité formée par les États-Unis et Israël pour combattre la « résistance » serait traitée comme une force hostile. Le propos vise le projet américain de renforcer des unités sélectionnées des Forces armées libanaises, afin de les rendre capables de s’attaquer aux structures du Hezbollah et de les démanteler.

La déclaration tombe dans un moment diplomatique sensible. Des discussions militaires doivent se tenir à Washington le 29 mai. D’autres négociations entre le Liban et Israël sont prévues les 2 et 3 juin, après plusieurs cycles de contacts directs. Le sujet du désarmement du Hezbollah figure au centre des exigences américaines et israéliennes. Beyrouth, de son côté, cherche à obtenir l’arrêt des frappes, le retrait israélien des secteurs occupés au Sud-Liban et des garanties de sécurité pour les villages frontaliers. Le bras de fer porte donc sur l’ordre des priorités : désarmer d’abord, ou retirer d’abord.

Hassan Fadlallah ne s’est pas contenté d’un refus général. Il a parlé d’une « armée de collaborateurs » si un tel dispositif voyait le jour. Il a aussi évoqué le spectre d’un « nouveau Antoine Lahad », référence à l’ancienne Armée du Liban Sud, alliée à Israël pendant l’occupation. Cette référence donne au débat une charge historique. Le Hezbollah ne présente pas le projet américain comme un programme technique de formation militaire. Il le décrit comme une tentative de recréer une force libanaise supplétive, chargée d’exécuter une mission israélo-américaine contre lui.

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Une distinction assumée entre l’armée et une unité jugée hostile

Le député a pris soin de préserver, au moins dans ses mots, la relation avec l’armée libanaise. Il a affirmé que les rapports entre le Hezbollah et l’institution militaire étaient « excellents ». Il a ajouté que l’armée se consacre à la protection du pays et refusera, selon lui, d’être utilisée comme outil de l’ennemi. Cette précision n’est pas secondaire. Elle permet au Hezbollah de séparer l’armée nationale, qu’il dit respecter, d’une éventuelle unité spécialisée qu’il jugerait créée pour l’affronter.

Cette distinction est au cœur de la stratégie politique du parti. Le Hezbollah sait que l’armée reste l’une des rares institutions bénéficiant encore d’un crédit national. La désigner comme ennemie reviendrait à ouvrir une crise directe avec une partie importante de l’opinion. En revanche, dénoncer une tentative d’instrumentalisation permet de déplacer l’accusation vers Washington et Israël. Le parti affirme ainsi défendre la mission nationale de l’armée contre une possible dérive imposée de l’extérieur.

Mais cette ligne reste fragile. Si des unités libanaises reçoivent une formation, des équipements et une mission explicite contre le Hezbollah, le parti pourrait considérer qu’elles sortent du cadre national. Le problème se déplacerait alors de la diplomatie vers le terrain. Qui déciderait qu’une unité agit pour l’État, et non pour un agenda étranger ? Quelle serait la marge du commandement militaire libanais ? Comment éviter qu’une opération de contrôle ne soit perçue comme le début d’une confrontation interne ? Ces questions expliquent la dureté de la mise en garde de Fadlallah.

Le plan américain visé par Fadlallah

La déclaration du député répond à une orientation affichée par le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Celui-ci a expliqué que Washington travaillait à un système reposant sur des unités « vérifiées » de l’armée libanaise. Ces unités recevraient, selon cette approche, l’entraînement, les équipements et les capacités nécessaires pour agir contre des éléments du Hezbollah et les démanteler, afin qu’Israël n’ait pas à le faire directement. Cette phrase a provoqué une lecture immédiate du côté du parti chiite : les États-Unis chercheraient à transférer à des Libanais une mission que l’armée israélienne mène aujourd’hui par les frappes, les opérations terrestres et la pression militaire.

Pour Washington, ce dispositif peut être présenté comme un renforcement de l’État libanais. L’argument est connu : les armes doivent être placées sous l’autorité des institutions régulières, et la souveraineté suppose un monopole étatique de la force. Cette logique séduit une partie des partenaires occidentaux du Liban, ainsi que des forces politiques libanaises hostiles au maintien de l’arsenal du Hezbollah. Elle est aussi cohérente avec la demande israélienne de garanties concrètes au nord de sa frontière.

Pour le Hezbollah, le raisonnement est inverse. Le parti estime que le désarmement, dans les conditions actuelles, servirait d’abord Israël. Il affirme que l’arrêt des attaques, le retrait israélien et la fin de l’occupation doivent précéder toute discussion sur ses armes. Dans cette perspective, renforcer des unités pour le combattre ne serait pas une restauration de la souveraineté. Ce serait une tentative de transformer l’État libanais en outil d’une stratégie extérieure. C’est cette accusation que Fadlallah a voulu placer au centre du débat.

Antoine Lahad, une référence destinée à marquer les esprits

La référence à Antoine Lahad n’est pas une simple formule polémique. Dans la mémoire libanaise, son nom reste lié à l’Armée du Liban Sud et à la période de l’occupation israélienne. Le Hezbollah utilise cette mémoire pour tracer une équivalence politique : toute force libanaise qui agirait contre la résistance sous impulsion israélienne ou américaine serait assimilée aux anciens relais locaux de l’occupation. Le message est clair. Une telle force ne serait pas considérée comme un acteur de l’État, mais comme un instrument hostile.

Ce langage vise d’abord les responsables libanais engagés dans les négociations. Il leur rappelle que certains arrangements peuvent être signés dans une salle à Washington, mais rester inapplicables au Liban. Fadlallah a d’ailleurs averti que les accords ou dispositifs sécuritaires conclus avec Israël au détriment de la souveraineté nationale n’auraient « aucun effet sur le terrain ». Cette formule signifie que le Hezbollah se réserve le droit de rejeter toute décision qu’il jugerait contraire à sa conception de la défense nationale.

Elle vise aussi l’opinion publique. Le parti cherche à transformer le débat sur son désarmement en débat sur la collaboration avec Israël. Cette stratégie est efficace auprès de son public et d’une partie des Libanais marqués par l’histoire de l’occupation. Elle est contestée par ses adversaires, qui estiment que le Hezbollah utilise cette mémoire pour empêcher toute réforme du monopole de la force. C’est toute la difficulté du dossier : chaque camp mobilise la souveraineté, mais lui donne un sens différent.

Le président Aoun directement interpellé

Hassan Fadlallah a aussi critiqué la méthode du président Joseph Aoun. Le député a indiqué que le Hezbollah l’avait chargé de communiquer avec le chef de l’État. Dans le même temps, il a estimé que le choix présidentiel d’engager des discussions directes avec Israël avait montré son inefficacité et devait être réexaminé. La formulation garde une apparence institutionnelle. Elle n’en constitue pas moins un désaveu politique. Le Hezbollah accepte le contact avec la présidence, mais conteste la voie choisie.

Cette critique place le pouvoir libanais dans une position étroite. Le président et le gouvernement cherchent à obtenir des résultats concrets : un retrait israélien, une stabilisation du Sud, une réduction des frappes et un rôle accru de l’armée. Pour y parvenir, ils acceptent un cadre de discussion soutenu par Washington. Or ce cadre reste très contesté dans le pays. La négociation directe avec Israël, même sous pression de guerre, ravive immédiatement le débat sur la normalisation et sur les limites de ce qu’un État libanais peut accepter.

Le Hezbollah exploite cette fragilité. Il affirme que parier sur l’administration américaine a échoué. Il accuse Washington de travailler pour les priorités israéliennes, non pour une médiation équilibrée. Cette critique touche un point sensible. Une partie des Libanais veut sortir de la guerre par la négociation, mais refuse de voir le pays placé devant un choix binaire : accepter des conditions imposées par Israël, ou rester dans une confrontation sans fin. La marge politique du pouvoir se réduit donc entre la pression extérieure et le refus du Hezbollah.

Le refus de la normalisation comme argument central

Le député a également affirmé que la majorité des Libanais, toutes confessions confondues, refusent la reconnaissance d’Israël, la normalisation et ce qu’il qualifie de « soi-disant paix ». Selon lui, les promoteurs de cette voie forment une minorité bruyante, soutenue par des moyens médiatiques importants. Cette affirmation cherche à empêcher que le Hezbollah soit présenté comme isolé sur une base strictement chiite. Le parti veut inscrire son refus d’Israël dans une tradition nationale plus large.

Cette lecture sera contestée par ses adversaires. Plusieurs formations libanaises estiment que le pays doit retrouver la maîtrise de sa décision stratégique. Certaines refusent toute normalisation formelle avec Israël, mais considèrent que le Hezbollah ne peut plus décider seul du niveau de confrontation. D’autres jugent que la priorité nationale est désormais la reconstruction, le retour des déplacés et la fin du cycle de destruction. Dans cette perspective, le maintien d’un arsenal indépendant affaiblit l’État au lieu de le protéger.

La phrase la plus révélatrice de Fadlallah concerne le consensus national. Il a soutenu que la résistance n’a pas besoin d’un consensus tant que l’occupation existe. Pour le Hezbollah, cette logique découle de la menace israélienne. Pour ses opposants, elle confirme que le parti se place au-dessus des institutions. Le débat revient donc à une question fondamentale : une force armée peut-elle se dire nationale si son usage ne dépend pas d’un accord national ? Le Liban n’a jamais réglé cette contradiction. La guerre actuelle la rend plus explosive.

Le Sud-Liban comme terrain de vérité

Le Sud-Liban donne à cette polémique une dimension concrète. Les villages frontaliers vivent sous la pression des frappes, des déplacements et des destructions. La trêve prolongée n’a pas mis fin aux opérations militaires. Israël maintient des positions dans plusieurs secteurs que Beyrouth considère comme occupés, tandis que le Hezbollah poursuit ses attaques contre des forces et des positions israéliennes. Dans cette réalité, les discussions sur le rôle de l’armée ne relèvent pas seulement d’un débat institutionnel. Elles concernent la sécurité immédiate des habitants.

Le Hezbollah affirme que ses armes restent nécessaires tant que les frappes continuent et tant que l’occupation persiste. Ses adversaires répondent que ces armes prolongent le cycle de guerre et empêchent l’État de reprendre le contrôle. Les deux discours se nourrissent du même terrain. Chaque attaque israélienne renforce l’argument du Hezbollah. Chaque riposte du parti renforce l’argument de ceux qui accusent la résistance d’exposer le pays à de nouvelles destructions.

Les habitants du Sud, eux, attendent des réponses plus immédiates. Ils veulent pouvoir revenir dans leurs maisons, rouvrir les routes, restaurer les réseaux, protéger les écoles et reconstruire les villages. L’armée libanaise devrait jouer un rôle central dans cette stabilisation. Mais elle ne peut le faire si elle est perçue comme une force dirigée contre une partie des Libanais. C’est là que le projet américain devient politiquement explosif. Renforcer l’armée peut stabiliser le pays. La spécialiser contre le Hezbollah peut ouvrir un autre front.

L’Iran, toujours présent dans l’arrière-plan

Hassan Fadlallah a rejeté l’idée que le Hezbollah combatte pour l’Iran. Il a affirmé que le mouvement agit en défense du Liban, après l’échec d’une longue séquence diplomatique. Il a aussi soutenu que Téhéran aurait suspendu ses négociations avec Washington pour tenir compte du dossier libanais. Cette affirmation s’inscrit dans un effort clair : présenter le Hezbollah comme une force nationale, non comme le simple bras libanais d’une stratégie régionale.

La question iranienne ne disparaît pas pour autant. Le Hezbollah reste un acteur libanais doté d’un ancrage social et politique réel, mais aussi un pilier d’un axe régional soutenu par Téhéran. Les États-Unis et Israël analysent son arsenal à travers ce prisme. Ses adversaires libanais aussi. Ils estiment que le pays paie le prix de choix stratégiques qui dépassent ses institutions. Le Hezbollah répond que l’alliance avec l’Iran ne remplace pas sa fonction de défense face à Israël.

Cette double identité complique toute solution. Si le problème est strictement libanais, il peut être discuté dans un cadre interne. S’il est régional, il dépend aussi du rapport de force entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran. Or la guerre actuelle a précisément mêlé les deux dimensions. Le Liban se retrouve à la fois terrain national, front israélo-libanais et pièce d’une confrontation plus large. C’est ce qui rend les réunions de Washington si délicates. Elles devront traiter un dossier libanais que ses acteurs eux-mêmes relient à des équilibres régionaux.

Une mise en garde qui réduit la marge des médiateurs

La déclaration de Fadlallah vise à peser avant les réunions de Washington. Elle fixe une limite que les médiateurs ne pourront pas ignorer : le Hezbollah ne laissera pas une force libanaise, même adossée à l’armée, être utilisée contre lui si elle est perçue comme l’expression d’un plan israélo-américain. Le message s’adresse à Washington, à Israël, à Beyrouth et au commandement militaire libanais. Il dit que le désarmement par procuration ne sera pas accepté.

Cette position complique le travail du gouvernement. Beyrouth doit montrer à ses partenaires qu’il veut renforcer l’État et appliquer ses engagements. Il doit aussi éviter de provoquer une crise armée interne. Il lui faut rassurer Israël sur la sécurité de la frontière, sans donner à Israël un droit de veto sur l’organisation militaire libanaise. Il doit enfin parler à une population épuisée par les pertes, les déplacements et l’effondrement économique. La formule d’équilibre reste introuvable.

Le risque est celui d’un double échec. Un accord qui ignore le Hezbollah pourrait rester sans effet sur le terrain. Un accord qui tient trop compte de ses lignes rouges pourrait être rejeté par Israël et les États-Unis comme insuffisant. Entre ces deux impasses, l’armée libanaise pourrait devenir le centre d’une pression insoutenable. Les discussions du 29 mai devront donc préciser si le renforcement des forces régulières vise la stabilisation du Sud ou une confrontation directe avec le Hezbollah. La différence décidera largement de la suite.

Un dossier qui engage l’avenir de l’État

L’affaire dépasse une déclaration de conférence de presse. Elle touche au cœur du problème libanais : l’État peut-il retrouver le monopole de la force sans provoquer une guerre interne ? Les adversaires du Hezbollah répondent que ce monopole est indispensable à toute souveraineté. Le parti répond qu’un monopole sans capacité de défense, dans un pays encore exposé à Israël, reviendrait à désarmer le Liban. Chacun se réclame de l’État, mais aucun accord n’existe sur la manière de le reconstruire.

Le titre du débat est désormais clair. Le Hezbollah accuse Washington et Israël d’instrumentaliser l’armée libanaise. Cette accusation n’est pas seulement défensive. Elle vise à délégitimer toute formule qui ferait de certaines unités militaires l’outil d’un désarmement imposé. Elle oblige aussi les autorités libanaises à clarifier leur propre position. Renforcer l’armée est une nécessité nationale. La transformer, ou donner le sentiment de la transformer, en force dirigée contre un acteur interne majeur serait un choix d’une tout autre nature.

La suite dépendra des garanties qui seront mises sur la table. Un retrait israélien vérifiable, l’arrêt des frappes et une mission claire de l’armée pourraient ouvrir un espace de stabilisation. Une approche centrée d’abord sur le démantèlement du Hezbollah risquerait, au contraire, d’alimenter la confrontation. Dans l’immédiat, le parti a fait connaître sa ligne rouge. Les négociateurs devront désormais dire si l’armée libanaise sera présentée comme l’instrument d’une souveraineté commune ou comme le levier d’un affrontement que le Liban ne semble pas en mesure de supporter.

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