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Violences sexuelles : Israël rompt avec Guterres

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Le gouvernement israélien a choisi la rupture avec António Guterres au moment où les Nations unies s’apprêtent à inscrire des entités israéliennes sur la liste des parties soupçonnées de violences sexuelles liées aux conflits. La décision, annoncée par l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon, consiste à geler les contacts avec le bureau du secrétaire général et à annuler une visite prévue de la représentante spéciale chargée des violences sexuelles en temps de guerre. Israël parle d’une décision politique et d’une atteinte à sa réputation. Le geste ressemble pourtant moins à une défense juridique qu’à une sanction diplomatique contre l’institution qui documente désormais des abus longtemps dénoncés par des ONG, des détenus palestiniens, des médecins et des experts indépendants.

L’affaire marque un nouveau palier dans l’affrontement entre Israël et l’ONU. Depuis octobre 2023, le gouvernement de Benjamin Netanyahu accuse régulièrement les agences onusiennes de partialité, d’hostilité et de complaisance envers ses ennemis. L’ONU, de son côté, accumule les rapports sur Gaza, les détentions massives, la privation d’aide, les attaques contre les infrastructures civiles et les conditions de détention des Palestiniens. La controverse actuelle porte sur un sujet particulièrement sensible : les violences sexuelles et de genre. Elle ne vise pas seulement des excès isolés. Elle interroge l’existence d’un système de détention où l’humiliation corporelle, la nudité forcée, les fouilles dégradantes, les violences génitales et les agressions sexuelles auraient été utilisées comme moyens de domination, de punition ou d’interrogatoire.

Israël présente l’inscription comme une mise sur le même plan avec le Hamas, l’organisation État islamique et d’autres groupes armés. Cette ligne de défense est efficace dans l’espace médiatique israélien, car elle déplace la discussion du contenu des accusations vers l’indignation morale. Mais la liste du secrétaire général n’a pas pour objet de comparer les idéologies ni les crimes dans leur totalité. Elle signale des parties pour lesquelles l’ONU estime disposer d’éléments crédibles sur des schémas de violences sexuelles en contexte de conflit. Ce cadre n’absout pas le Hamas, déjà visé pour les crimes du 7 octobre et pour les violences contre des otages. Il ne dispense pas non plus Israël de répondre aux accusations visant ses propres forces et son système carcéral.

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Le cœur du dossier concerne l’administration pénitentiaire israélienne. Selon les informations rapportées par la presse israélienne, le service pénitentiaire doit figurer dans la liste de 2026, tandis que d’autres autorités israéliennes entrent dans un cadre de surveillance pouvant conduire à une inclusion ultérieure. Cette distinction est importante. Elle suggère que l’ONU ne se contente pas d’un incident unique. Elle observe une chaîne institutionnelle, depuis les arrestations massives jusqu’aux prisons, aux centres de détention, aux interrogatoires et aux bases militaires. La responsabilité éventuelle ne se limite donc pas au soldat filmé, au gardien dénoncé ou à l’interrogateur accusé. Elle renvoie à l’organisation, à la supervision et aux mécanismes de contrôle.

Une rupture diplomatique plutôt qu’une réponse judiciaire

Le gel des relations avec le bureau de Guterres constitue une réponse politique à une accusation juridique et humanitaire. Israël affirme avoir coopéré avec les Nations unies, transmis des documents et fourni des explications. Il affirme aussi que le secrétaire général aurait ignoré ces éléments. Mais en suspendant les contacts, Israël réduit les canaux par lesquels il pourrait contester, documenter ou corriger les conclusions onusiennes. Cette stratégie produit un effet paradoxal. Elle alimente l’idée que l’État israélien préfère délégitimer le messager plutôt que permettre un examen indépendant et durable des allégations.

L’annulation de la visite de Pramila Patten renforce cette impression. Une visite sur place aurait pu servir à confronter les témoignages, à examiner les procédures, à vérifier l’accès aux détenus et à interroger les autorités responsables. En la bloquant, Israël prive l’enquête onusienne d’un canal d’échange officiel et donne des arguments à ceux qui dénoncent une politique d’opacité. Sur un dossier aussi grave, l’accès aux lieux de détention, aux dossiers médicaux, aux détenus libérés, aux avocats et aux enregistrements de surveillance est central. Sans accès complet, la parole de l’État se transforme vite en simple dénégation.

Cette séquence prolonge une mise en garde formulée en 2025. António Guterres avait alors placé Israël « en préavis » au sujet de renseignements crédibles sur des violences sexuelles commises par des membres des forces armées et de sécurité israéliennes contre des Palestiniens détenus. Le rapport évoquait des formes précises : violences génitales, nudité forcée prolongée, fouilles répétées et dégradantes, utilisées dans des conditions d’humiliation ou d’interrogatoire. Israël avait rejeté ces préoccupations comme infondées. La décision de 2026 montre que l’ONU estime ne pas avoir reçu de réponses suffisantes, notamment sur les mesures de responsabilité.

L’impunité apparaît comme le fil rouge du dossier. Les organisations de défense des droits humains rappellent depuis des années que les poursuites contre les soldats ou agents israéliens accusés de violences contre des Palestiniens restent rares. Lorsque des enquêtes existent, elles se concentrent souvent sur des cas individuels et peinent à remonter la chaîne de commandement. Dans les affaires de violence sexuelle, cette limite est encore plus grave. Les victimes craignent les représailles, la stigmatisation et l’absence de protection. Les preuves médicales peuvent disparaître. Les détenus restent parfois sans avocat, sans visite familiale et sans accès à des observateurs indépendants.

Les accusations visant Israël : prisons, bases et humiliations

Les accusations les plus documentées concernent les Palestiniens arrêtés à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est depuis le début de la guerre. De nombreux détenus ont décrit des passages à tabac, des positions douloureuses, des privations de sommeil, des menaces de viol, des insultes sexuelles, des fouilles à nu, des coups sur les parties génitales et des agressions commises dans des lieux fermés. Plusieurs témoignages évoquent aussi l’usage de chiens pour terroriser ou humilier des prisonniers. Les autorités israéliennes contestent les généralisations et affirment agir conformément au droit. Mais l’accumulation des récits, des rapports médicaux et des images a modifié le seuil du débat international.

La base de Sde Teiman est devenue l’un des symboles de cette dérive. En juillet 2024, des soldats israéliens ont été arrêtés après des accusations de sévices graves contre un détenu palestinien. Des informations de presse ont évoqué des blessures très sévères, notamment au rectum, ainsi que des atteintes mettant la vie du détenu en danger. L’affaire a provoqué une scène révélatrice : des militants d’extrême droite et des responsables politiques ont pris la défense des soldats soupçonnés et ont forcé l’entrée de sites militaires pour protester contre leur arrestation. Ce moment a envoyé un message inquiétant. Une partie de la classe politique israélienne semblait plus préoccupée par la protection des suspects que par l’établissement des faits.

Le scandale de Sde Teiman n’a pas seulement choqué par la violence alléguée. Il a révélé la banalisation d’un discours dans lequel les détenus palestiniens sont privés de toute protection morale et juridique. Des ministres ou élus israéliens ont présenté les soldats comme des combattants accomplissant une mission sacrée. D’autres ont dénoncé l’enquête elle-même comme une atteinte à l’armée. Cette réaction politique pèse lourd dans l’analyse des accusations. Un système qui intimide les enquêteurs, glorifie les suspects et humilie les victimes crée les conditions de la répétition. Le droit ne peut pas fonctionner si la loyauté nationale sert à neutraliser les plaintes de torture.

Des ONG israéliennes ont aussi documenté une transformation profonde du régime carcéral. Depuis octobre 2023, plusieurs rapports décrivent des prisons converties en espaces de punition permanente, avec restrictions alimentaires, violences physiques, isolement, absence de soins et humiliations systématiques. Certains témoignages mentionnent des violences sexuelles commises loin des caméras, au moment des transferts ou des fouilles. Ces récits ne proviennent pas seulement de sources palestiniennes. Ils émanent aussi d’organisations israéliennes qui travaillent depuis des années sur les droits des détenus et qui connaissent les mécanismes de la justice militaire et pénitentiaire.

La défense israélienne et ses angles morts

La défense officielle d’Israël repose sur plusieurs arguments. Le premier consiste à rappeler les crimes sexuels commis lors de l’attaque du 7 octobre et contre des otages détenus à Gaza. Ces crimes doivent être reconnus, documentés et poursuivis. Ils ne peuvent pas être minimisés. Mais leur existence ne donne pas à Israël un droit à l’impunité. Le droit international ne fonctionne pas par compensation morale. Une atrocité commise par le Hamas ne permet pas la torture d’un détenu palestinien. Une prise d’otages ne justifie pas une politique de nudité forcée, de fouilles humiliantes ou d’agressions sexuelles dans des prisons.

Le deuxième argument consiste à parler de campagne politique contre Israël. Cette critique n’est pas nouvelle. Elle accompagne presque chaque rapport de l’ONU sur Gaza, les colonies ou les détentions. Mais elle devient insuffisante lorsque les accusations s’appuient sur des témoignages concordants, des documents médicaux, des vidéos et des rapports issus de sources diverses. La question n’est pas de savoir si l’ONU est parfaite. Elle est de savoir si Israël accepte qu’un État, même allié des puissances occidentales, soit soumis aux mêmes normes que les autres. La réponse donnée par le gel des relations avec Guterres est inquiétante.

Le troisième argument affirme qu’Israël dispose d’un système judiciaire capable d’enquêter. Or c’est précisément ce point que contestent de nombreuses organisations. Elles dénoncent des enquêtes lentes, limitées, peu transparentes et rarement suivies de condamnations proportionnées. L’affaire de Sde Teiman a renforcé cette critique. Lorsque des charges sont abandonnées ou réduites malgré des éléments graves, les victimes et leurs familles ne voient pas un État de droit en action. Elles voient un appareil qui protège ses agents. C’est cette perception que l’inscription onusienne vient consacrer à l’échelle internationale.

Il faut aussi rappeler que les violences sexuelles en détention ne se réduisent pas au viol. Le droit international inclut des actes comme la nudité forcée, les fouilles dégradantes, les menaces sexuelles, les atteintes aux organes génitaux, les agressions avec objets, les insultes sexualisées et les humiliations publiques. Cette précision est nécessaire, car les gouvernements accusés cherchent souvent à rétrécir le débat à l’acte le plus extrême. Or l’ONU examine des schémas. Si des pratiques humiliantes sont répétées dans plusieurs lieux, par plusieurs unités, avec une tolérance institutionnelle, elles peuvent former un système de violence sexuelle et de genre.

Une crise de crédibilité pour Israël

L’inscription d’entités israéliennes sur la liste onusienne intervient dans un contexte plus large de crise de crédibilité. Israël fait déjà face à des procédures devant des juridictions internationales, à des accusations de crimes de guerre, à des critiques sur la famine à Gaza, aux destructions d’infrastructures civiles et aux attaques contre des hôpitaux. La question des violences sexuelles ajoute une dimension encore plus dévastatrice pour son image. Elle atteint le récit d’une armée disciplinée et d’un État attaché à des normes démocratiques. Elle expose le contraste entre le langage de la sécurité et les pratiques dénoncées dans les lieux où les regards extérieurs ne pénètrent pas.

La réaction de l’ambassadeur Danny Danon illustre cette crispation. En accusant Guterres de placer Israël aux côtés des « pires organisations terroristes », il cherche à transformer une alerte sur les droits humains en procès contre l’ONU. Cette stratégie peut mobiliser l’opinion israélienne et une partie des alliés traditionnels. Elle ne répond pas aux détenus qui disent avoir été dénudés, frappés ou agressés. Elle ne répond pas aux médecins qui décrivent des blessures compatibles avec des sévices. Elle ne répond pas aux ONG israéliennes qui parlent de prisons devenues des camps de torture. Elle ne répond pas non plus aux experts qui réclament un accès indépendant aux lieux de détention.

La décision de couper les liens avec le bureau du secrétaire général risque d’aggraver l’isolement diplomatique d’Israël. Elle s’ajoute à la guerre ouverte contre l’UNRWA, aux attaques contre les rapporteurs spéciaux, aux accusations visant la Cour pénale internationale et aux refus répétés de coopérer pleinement avec certaines commissions d’enquête. À force de rejeter les mécanismes de contrôle, Israël donne l’image d’un État qui veut choisir ses juges, ses enquêteurs et ses preuves. Dans une guerre où les civils palestiniens paient un prix massif, cette attitude nourrit la défiance mondiale.

Le précédent libanais et la lecture régionale

Au Liban, cette décision sera lue à travers une grille déjà très critique d’Israël. Les bombardements au Sud-Liban, les frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, les déplacements forcés et les destructions de villages ont installé l’idée d’une puissance militaire bénéficiant d’une large protection occidentale. L’affaire des violences sexuelles confirme, pour une partie de l’opinion libanaise, que le problème ne se limite pas au front militaire. Il touche à un mode de domination plus profond, où la vie palestinienne et arabe est rendue vulnérable, contrôlable et parfois niable.

La dimension régionale est essentielle. Les accusations contre Israël ne concernent pas seulement Gaza ou les prisons. Elles alimentent une colère plus large dans les sociétés arabes, déjà marquées par les images de destructions, de famine, de familles déplacées et de détenus libérés dans un état physique alarmant. Elles rendent plus difficiles les discours de normalisation qui séparent la sécurité d’Israël de la dignité des Palestiniens. Un accord diplomatique peut être signé entre gouvernements. Il ne peut pas effacer les récits de prison, les images de Sde Teiman ou les rapports sur les humiliations sexuelles.

Les États occidentaux se trouvent également placés devant leurs contradictions. Beaucoup ont condamné avec force les violences sexuelles imputées au Hamas, à juste titre. Ils doivent appliquer la même exigence lorsque les accusations visent Israël. Or la réaction occidentale reste souvent prudente, lente ou euphémisée. Cette asymétrie affaiblit l’universalité du droit international. Elle donne l’impression que les victimes palestiniennes doivent apporter plus de preuves, attendre plus longtemps et supporter plus de dénégations pour obtenir une reconnaissance minimale. C’est précisément ce double standard que les Nations unies tentent de dépasser par la logique des listes.

L’enjeu dépasse donc le sort personnel de Guterres. Il concerne la capacité de l’ONU à nommer des violations graves même lorsque l’État visé dispose d’alliés puissants. Il concerne aussi la capacité d’Israël à accepter une enquête indépendante sans la réduire à une attaque antisémite ou à une manœuvre politique. Les crimes sexuels du 7 octobre doivent rester dans le dossier judiciaire et historique. Les violences sexuelles présumées contre des Palestiniens doivent y entrer avec la même rigueur. La justice ne peut pas fonctionner si chaque camp exige la reconnaissance exclusive de ses victimes.

La prochaine étape sera la publication complète du rapport annuel du secrétaire général et la formulation précise de l’annexe. Elle permettra de savoir quelles entités israéliennes sont officiellement inscrites, quelles autres restent sous surveillance et quelles mesures l’ONU attend d’Israël. Le gouvernement israélien peut maintenir la rupture avec Guterres et continuer à dénoncer une cabale. Il peut aussi choisir d’ouvrir les prisons, d’autoriser les visites indépendantes, de publier les enquêtes internes et de poursuivre les responsables. Pour l’instant, il a choisi la confrontation, au moment même où les accusations appellent de la transparence.

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