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Sud-Liban : bilan des bombardements ce matin

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Le Liban s’est réveillé ce jeudi 28 mai sous le choc d’une nouvelle séquence de bombardements israéliens, marquée par des frappes à Saïda, Adloun, Tyr, Nabatiyé et dans la Bekaa occidentale. Le bilan humain reste provisoire, mais les premières informations libanaises font déjà état de civils tués, de personnes recherchées sous les décombres et d’une pression accrue sur les routes du Sud. La guerre, malgré la trêve annoncée en avril, s’installe dans une phase plus large et plus dangereuse.

Vu du Liban, la journée commence par une double réalité. D’un côté, Israël affirme élargir ses opérations contre les infrastructures du Hezbollah et déclare toute la zone au sud du Zahrani comme espace de combat. De l’autre, les autorités, les secouristes et les médias libanais décrivent une campagne qui frappe des appartements, des voitures civiles, des localités résidentielles, des routes et des abords d’infrastructures vitales. Le Sud-Liban n’est plus seulement un front militaire. Il devient un territoire sous ordre d’évacuation, où chaque déplacement expose les familles.

Saïda, Adloun : le bilan humain au centre

Le point le plus grave, ce matin, concerne Saïda et Adloun. À Saïda, une frappe aérienne israélienne a visé un appartement dans le secteur de Qiyaah. Les premiers bilans libanais font état d’au moins deux morts, tandis que des personnes seraient encore sous les décombres. À Adloun, sur l’autoroute côtière, un drone israélien a frappé une voiture civile près du secteur du Zahrani. Les informations disponibles indiquent que les quatre passagers, un père, son épouse et leurs deux enfants, ont été tués. Ce type de frappe nourrit au Liban l’idée d’une extension de la guerre au-delà des zones de confrontation directe.

La carte des bombardements signalés depuis l’aube ne se limite pas à ces deux attaques. Des raids ont aussi touché Kfar Joz et Habbouch, dans le caza de Nabatiyé, ainsi que la ville de Tyr. Plus au sud, Kafra, dans le caza de Bint Jbeil, a été visée. D’autres frappes ont été rapportées sur la colline d’Ali al-Taher, sur Zghrine et Sejoud dans le caza de Jezzine, ainsi que dans les environs de Wadi Barghaz, en Bekaa occidentale. Un raid a aussi été signalé contre Deir Zahrani au petit matin. Cette dispersion des frappes confirme une pression militaire simultanée sur le littoral, l’arrière-pays de Nabatiyé, la zone de Jezzine et l’axe de la Bekaa.

Le bilan national donne la mesure de l’escalade. Le ministère libanais de la Santé avait déjà fait état de plus de 3 200 morts et de plus de 9 700 blessés depuis la reprise de l’offensive le 2 mars. Les chiffres évoluent vite, car les secours travaillent souvent après plusieurs raids successifs et dans des secteurs difficilement accessibles. Depuis le cessez-le-feu annoncé à la mi-avril, l’Organisation mondiale de la santé a recensé plusieurs centaines de morts au Liban dans des attaques israéliennes. Ces données renforcent le sentiment, largement partagé à Beyrouth, que la trêve n’a jamais offert de protection réelle aux civils.

Sud-Liban : une zone d’évacuation élargie

Le mardi 26 mai avait déjà marqué un basculement. Les frappes israéliennes menées au Sud et dans l’est du pays ont fait au moins 31 morts et 40 blessés selon les autorités libanaises. Parmi les victimes figuraient des femmes et des enfants. Bourj el-Chemali, près de Tyr, a été l’un des secteurs les plus touchés, avec un bilan lourd dans une zone densément habitée et déjà fragilisée par les déplacements. Les bombardements ont aussi atteint Machghara, Maaraké, Habbouch, Kouthariyet el-Riz, Selaa, des secteurs proches du barrage de Qaraoun et plusieurs localités de Nabatiyé.

L’armée israélienne a présenté cette vague comme une opération contre des sites du Hezbollah, des dépôts, des postes de commandement et des points d’observation. Le récit libanais insiste sur un autre aspect : les maisons éventrées, les ambulances bloquées, les routes coupées, les familles qui fuient et les villages vidés par les avis d’évacuation. Les deux niveaux ne s’excluent pas toujours, mais ils ne produisent pas la même lecture. Dans les communiqués israéliens, le terrain apparaît comme une carte militaire. Dans les dépêches libanaises, il apparaît d’abord comme une succession de quartiers, de hameaux, d’immeubles et de familles.

L’ordre israélien d’évacuer toute la zone au sud du fleuve Zahrani constitue le changement le plus lourd de conséquences. Ce fleuve coule à environ quarante kilomètres de la frontière. En demandant aux habitants de se déplacer au nord de cette ligne, Israël étend la pression bien au-delà du Litani, qui constituait déjà un repère central des arrangements sécuritaires. La zone concernée couvre une part considérable du Sud-Liban. Elle inclut des villes, des bourgs, des camps, des exploitations agricoles, des routes, des hôpitaux et des écoles qui servent déjà d’abris.

Cette décision produit un effet immédiat sur les populations. Les familles qui avaient quitté les villages frontaliers pour Tyr ou Nabatiyé doivent parfois repartir plus au nord. Les abris de Saïda, de la côte et des localités intermédiaires arrivent sous tension. Les municipalités cherchent des matelas, du carburant, de l’eau, des médicaments et des listes fiables de familles déplacées. Les routes vers Saïda et Beyrouth concentrent les départs. Dans les voitures, les familles emportent surtout des papiers, des chargeurs, des vêtements et des médicaments. Le retour, lui, n’a aucune date.

À Tyr, l’ordre d’évacuation a réactivé un traumatisme ancien. La ville est un centre hospitalier, administratif et commercial pour une grande partie du Sud. Elle accueille aussi des déplacés venus de localités déjà bombardées. Quand une telle ville reçoit une menace d’évacuation, la crise dépasse le périmètre militaire. Les commerces ferment. Les taxis deviennent des moyens de fuite. Les pharmacies vendent en urgence des traitements pour plusieurs jours. Les pêcheurs restent à quai. Les hôpitaux doivent se préparer à recevoir des blessés tout en voyant une partie de leur personnel et de leurs patients chercher une sortie.

Zaoutar, drones et riposte du Hezbollah

Le front terrestre reste actif autour de Zawtar el-Charqiyé, au sud de Nabatiyé et près du Litani. Le Hezbollah affirme avoir repoussé une incursion israélienne dans ce secteur. Ses communiqués parlent de tirs de roquettes, d’obus d’artillerie et de missiles lourds contre des forces israéliennes engagées dans le lit du fleuve, puis de combats à courte distance autour d’un complexe scout de la localité. Le mouvement affirme que ses combattants ont forcé les soldats israéliens à reculer, avant que l’armée israélienne ne déclenche des ceintures de feu dans la zone.

Le secteur de Zawtar el-Charqiyé revêt une importance particulière. Il se trouve près du Litani, au contact d’axes qui relient Nabatiyé aux zones plus méridionales. Une poussée israélienne au-delà des secteurs déjà contrôlés y serait perçue au Liban comme un élargissement dangereux de l’occupation de fait. La ligne dite jaune, tracée par Israël pour encadrer ses opérations, ne correspond à aucune frontière reconnue par Beyrouth ou par l’ONU. Pour les habitants, elle signifie surtout des villages interdits, des routes barrées et des biens laissés derrière eux.

Le Hezbollah revendique aussi l’usage accru de drones d’attaque, notamment des Ababil. Le mouvement affirme avoir visé un char Merkava à Zawtar el-Charqiyé, un rassemblement de véhicules et de soldats sur la colline d’El-Khazzan, ainsi qu’un véhicule Hummer dans Bint Jbeil lors d’une attaque filmée. Des médias israéliens ont rapporté ces derniers jours des pertes et des blessés liés à des drones piégés. Les chiffres israéliens cités par plusieurs médias font état de soldats tués depuis le cessez-le-feu, dont une part importante par des drones explosifs. Ces données expliquent en partie la nervosité de l’état-major israélien.

La logique opérationnelle du Hezbollah paraît désormais plus mobile. Ses communiqués décrivent des frappes contre des blindés, des bulldozers, des véhicules de transport Namer, des positions nouvellement établies, des batteries de défense aérienne et des rassemblements de troupes. Le mouvement cherche à montrer qu’il conserve une capacité de feu malgré les bombardements. Il veut aussi imposer un coût humain aux avancées israéliennes et empêcher l’installation calme d’une zone de sécurité. Dans le récit libanais proche de la résistance, chaque drone qui atteint un véhicule blindé sert à contester l’idée d’une supériorité israélienne totale.

La version israélienne reste différente. Israël affirme viser les infrastructures du Hezbollah et justifie ses évacuations par les violations du cessez-le-feu attribuées au mouvement. Son objectif affiché consiste à protéger les localités du nord d’Israël et à repousser la menace au-delà de la frontière. Mais au Liban, cette justification rencontre une forte contestation. Les autorités et une large partie de la presse libanaise soulignent que les frappes touchent des zones habitées, que les habitants sont chassés de secteurs entiers et que les destructions créent un fait accompli territorial.

Infrastructures, secours et pression hospitalière

Le barrage de Qaraoun et ses environs ajoutent une dimension stratégique à l’inquiétude. Les frappes près de cette zone ont ravivé la crainte d’un dommage sur une infrastructure essentielle à l’eau, à l’irrigation et à la production électrique. Les responsables libanais demandent une protection diplomatique de ces installations. La question n’est pas seulement technique. Au Liban, le souvenir des guerres passées associe toujours les frappes sur les ponts, les routes, les stations-service et les ouvrages hydrauliques à une stratégie d’asphyxie du pays. Chaque impact près de Qaraoun relance cette peur.

Les secouristes travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles. Les équipes de la défense civile, de la Croix-Rouge, des scouts sanitaires et des ambulanciers locaux doivent entrer dans des zones où des drones survolent encore les lieux. Des frappes ont déjà touché ou frôlé des équipes de secours ces dernières semaines. Les délais pour dégager les victimes augmentent lorsque les routes sont coupées ou lorsque les habitants craignent un second tir. Cette réalité explique pourquoi les bilans restent provisoires plusieurs heures après une attaque. Elle explique aussi la colère des familles qui attendent des nouvelles près des décombres.

Le système hospitalier du Sud tient sous pression. Les établissements de Tyr, Nabatiyé, Saïda et des localités intermédiaires gèrent des blessés de guerre, des déplacés malades, des pénuries de carburant et des besoins en sang. Les patients chroniques deviennent plus vulnérables. Les dialyses, les traitements contre le cancer, les accouchements et les urgences ordinaires se poursuivent au milieu des alertes. Les médecins doivent décider qui transférer, où et par quelle route. Dans plusieurs secteurs, le temps médical se heurte au temps militaire.

Beyrouth face à une escalade qui la dépasse

Le gouvernement libanais se trouve placé devant un dilemme connu, mais aggravé. Il demande l’arrêt des attaques, le respect du cessez-le-feu et le retrait israélien des zones occupées. Il doit aussi répondre aux exigences internationales sur le contrôle des armes du Hezbollah. La diplomatie libanaise tente de maintenir des canaux avec Washington, Paris et les Nations unies, alors que les décisions militaires se prennent souvent hors de Beyrouth. Cette asymétrie nourrit un sentiment d’impuissance nationale. Les institutions doivent gérer les morts, les abris et les routes, sans contrôler le rythme de l’escalade.

La Finul suit cette dégradation avec inquiétude. Sa présence conserve une valeur de témoin, mais son action ne peut pas empêcher seule les frappes ni les incursions. Les villages proches de la Ligne bleue et ceux situés plus au nord vivent désormais dans une incertitude comparable. Les habitants ne savent pas si leur localité relève d’une menace immédiate, d’un ordre d’évacuation à venir ou d’une zone que l’armée israélienne considère déjà comme interdite. Cette incertitude vide progressivement des espaces entiers, même lorsqu’aucune frappe directe n’a encore touché certaines maisons.

La dimension régionale pèse sur chaque mouvement. La guerre au Liban s’inscrit dans un affrontement plus large entre Israël, l’Iran, les États-Unis et leurs alliés. Les négociations indirectes autour d’un arrangement régional influencent la marge de manœuvre des acteurs. Israël semble vouloir consolider des gains au Sud avant tout accord qui limiterait son action. Le Hezbollah, lui, cherche à montrer que le front libanais ne peut pas être traité comme un dossier secondaire. Pour Beyrouth, cette superposition est dangereuse. Le Liban paie le coût humain d’une guerre dont les paramètres dépassent son territoire.

Ce matin, le point de situation libanais tient donc en quatre éléments. Le bilan humain augmente, avec des civils tués à Saïda et Adloun et des victimes encore recherchées. Les frappes israéliennes se dispersent sur plusieurs axes, de Tyr à Nabatiyé, de Jezzine à la Bekaa occidentale. Le Hezbollah revendique des opérations soutenues contre les forces israéliennes, surtout autour de Zawtar el-Charqiyé et par l’usage de drones. Enfin, l’ordre d’évacuation au sud du Zahrani transforme la crise militaire en crise de déplacement massif.

Les prochaines heures dépendront de la capacité des secours à atteindre les immeubles touchés, de l’actualisation du bilan sanitaire et de la réaction du Hezbollah aux nouvelles frappes. Elles dépendront aussi de la circulation sur les routes vers Saïda et Beyrouth, alors que des familles cherchent encore un lieu sûr. Au Sud, les habitants suivent les alertes, les messages des municipalités et les communiqués militaires. Le prochain bilan officiel dira si les corps signalés sous les décombres à Saïda ont été retrouvés.

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