Y a-t-il seulement une différence ?

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Une chose est certaine. Ce qui se produit aujourd’hui ne s’est, par définition, jamais produit auparavant. Or l’homme qui pense, ne peut analyser le présent qu’à partir, c’est inéluctable,  du passé. Lorsque la montée récente du conservatisme est comparée au fascisme rampant de la période de l’entre-deux guerres, laissant ainsi présager une troisième guerre mondiale imminente, l’homme ne fait que cela.

Expliquer le présent à partir du passé pour prédire le futur. C’est un jeu auquel s’adonnent un grand nombre d’intellectuels. Aucun ne serait susceptible d’admettre que le futur est en réalité imprédictible, pis, que le présent est inexplicable, et que donc, seul le passé est analysable ! Bon gré mal gré, l’intellectuel s’intéresse au présent. C’est son devoir, sa condition qui l’y oblige. Acteur de son monde, il tente de lui donner un sens grâce à ses écrits. N’a-t-il pas raison en somme ? S’il réduisait son champ au monde révolu, Il ne serait plus qu’un simple historien. Ici réside la différence.

Analyser le présent à partir du passé. D’accord. Mais pour quoi faire ? Doit-il y avoir un rôle derrière ? Ou faut-il simplement dresser un bilan réfléchi de ce qui nous entoure sans sentir le besoin d’agir ? En recevant en 1957 le prix Nobel de la littérature, plus haute récompense à laquelle on puisse prétendre en tant qu’écrivain,  Albert Camus discouru sur le rôle de l’intellectuel. Il lia ce rôle au devoir. Le devoir d’être au service de ceux qui subissent l’Histoire et non pas de ceux qui la font.  Ainsi seulement l’on se rapproche de la liberté et de la vérité, seuls apanages de la noblesse de la pensée. Cette vision de l’intellectuel s’inscrit droitement dans la tradition combative d’une lutte acharnée contre tout type d’injustice. Une tradition, qui poussa Camus à dire : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde ». Avant de rajouter, résigné : « la mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Empêcher que le monde se défasse. Tel serait donc notre devoir. Presque 60 ans après, où en sommes-nous ? Le monde a bien évolué depuis. Cependant, les mêmes démons nous traquent. L’instinct de mort existe encore. Le nihilisme bat son plein. La lutte acharnée pour le pouvoir, l’oppression, la répression, se sont banalisés à tel point qu’ils ne font même plus la une des journaux, à l’exception, encore heureux, des cas où le nombre de morts dépassent l’entendement. Le monde s’est-il donc défait ? Ou bien s’est-il simplement perpétué ? Y a-t-il seulement une différence ?

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