Le Président de la République, le Général Michel Aoun, prononçant son discours lors de l'ouverture du congrès de la Rencontre Levantine, ce lundi 14 octobre 2019. Crédit Photo: Dalati & Nohra
Le Président de la République, le Général Michel Aoun, prononçant son discours lors de l'ouverture du congrès de la Rencontre Levantine, ce lundi 14 octobre 2019. Crédit Photo: Dalati & Nohra

S’exprimant à l’occasion d’un congrès organisé par « La Rencontre Levantine » à l’hôtel Hilton-Habtoor, le Président de la République a souligné le rôle du Liban comme terre de rencontre et de dialogue, un symbole de la diversité et l’antithèse de l’unilatéralisme. 

Le chef de l’état a également dénoncé les conflits régionaux actuels, qui ont déplacé de nombreuses communautés ainsi que les « guerres économiques » coupables d’avoir nuit à la croissance économique.

Le Général Michel Aoun a dénoncé la politique israélienne qui contrevient à « toutes les lois, conventions et coutumes internationales pour imposer de nouveaux faits accomplis venant s’ajouter à ceux des décennies précédentes » ainsi que la judaïfication de Jérusalem ou encore « la poursuite d’une politique expansionniste de colonisation et de grignotage continu et systématique des territoires palestiniens, par l’instauration d’une législation raciale, par la non-acceptation des frontières internationalement reconnues, par l’annexion de territoires occupés par la force, tels les hauteurs du Golan, sans oublier les promesses électorales d’adjonctions de nouvelles terres arabes« .

Le Président de la République a abordé la constitution, suite à une décision de l’Assemblée Générale de l’ONU, de l’Académie de l’Homme pour la Rencontre et le Dialogue dont l’objectif est de faciliter la conclusion de la Paix.

Le discours du Président de la République

« Cher auditoire,

Organiser au Liban un congrès réunissant des intellectuels provenant des différentes mouvances du Levant est un exploit, surtout en cette période où des dangers existentiels menacent nos peuples et nos pays.

Une décennie s’est écoulée alors que notre région est toujours au cœur de la tempête, exposée à toutes sortes de secousses et guerres internes qualifiées de « printanières » qui ont déchiré nos sociétés et séparé nos peuples. Ces guerres terroristes destructrices ont provoqué des centaines de milliers de victimes et de déplacés. Elles ont inscrit dans nos mémoires des images monstrueuses difficiles à effacer. Le déferlement de la haine et de l’ignorance ont détruit les monuments historiques, religieux et culturels les plus remarquables. En ont résulté des guerres économiques étouffantes qui ont freiné toute tentative de croissance, affaiblissant la production et multipliant les crises.

En parallèle, nous assistons à une politique israélienne qui vient contredire toutes les lois, conventions et coutumes internationales pour imposer de nouveaux faits accomplis venant s’ajouter à ceux des décennies précédentes. Cela se traduit par la judaïsation de Jérusalem, lieu de pèlerinage des religions universelles, reconnue comme capitale d’Israël, par la poursuite d’une politique expansionniste de colonisation et de grignotage continu et systématique des territoires palestiniens, par l’instauration d’une législation raciale, par la non-acceptation des frontières internationalement reconnues, par l’annexion de territoires occupés par la force, tels les hauteurs du Golan, sans oublier les promesses électorales d’adjonctions de nouvelles terres arabes… Tout cela, en plus d’être une violation flagrante des lois et résolutions internationales, est un indicateur dangereux de ce qui est en train d’être préparé.

S’il est vrai que les feux des conflits se sont quelque peu apaisés, restent que leurs répercussions se poursuivent d’autant plus dangereusement qu’on cherche à faire fructifier leurs résultats. Comme tout l’indique ce qui est requis est la fragmentation du Levantin vue de la constitution de nouvelles alliances sur des bases raciales, religieuses et ethniques. Un accord concocté pour notre région sous le nom du « deal du siècle ».

L’universalisation de l’islamophobie est un élément fondamental de cette guerre tout comme l’apostasie. Une manière d’opposer deux grandes religions universelles pour réveiller le racisme et l’extrémisme. D’où la recrudescence du fanatisme et de la haine, des sentiments générés par la peur. Et c’est ainsi que le discours du « choc des religions et des civilisations » devient une réalité. Allons-nous permettre à ces conflits de nous anéantir ou allons-nous s’opposer à eux ?

L’histoire ne sait reculer, l’unilatéralisme est tombé partout dans le monde sous toutes ses formes religieuses, ethniques et politiques au profit du pluralisme et de la diversité. Est-il possible que nos sociétés restent enfermées dans un passé dépassé, suivant des systèmes de pensées révolus depuis longtemps et qui ne sont plus en phase avec la civilisation humaine commune censée prévaloir dans notre monde d’aujourd’hui?

Pouvons-nous accepter que cette diversité naturelle soit frappée au Levant, là où justement majorités et minorités ont fluctué au cours de l’Histoire tout en vivant ensemble sur la même terre ?

On évoque un conflit de religions et de civilisations or il n’existe qu’une seule civilisation humaine multiculturelle ! Et le Levant qui a apporté la pensée religieuse au monde ne peut accepter d’être transformé en un petit espace isolé. Notre rôle, voire notre mission, en tant que Levantins, est de développer une nouvelle culture qui réfute tout ce qui se dit.

Le Liban avec sa société pluraliste et la diversité de ses habitants constitue un microcosme du Levant. Son rôle et sa mission consistent à demeurer une terre de rencontre et de dialogue, un symbole de la diversité et l’antithèse de l’unilatéralisme, rejetant toute forme d’extrémisme intellectuel et religieux.

Celui qui observe la politique au Liban et les forums de communication pensent qu’il est incapable de jouer ce rôle car le ton des discussions est toujours élevé et le débat fait rage.

Oui, on est en désaccord au niveau politique ! Oui, les voix s’élèvent, oui, les débats sont intenses…Mais tout désaccord reste politique et ne touche jamais l’essence de l’essentiel, à savoir la liberté de croyance et le droit à la différence. Ces constantes sont respectées de tous et restent intactes.

Par conséquent, je réaffirme une fois de plus que malgré sa société fortement réactive, le Liban est un terrain fertile pour la convergence et le dialogue.  Croyant fortement en cette vérité, j’ai tenu à instaurer au Liban « L’Académie de l’Homme pour la Rencontre et le Dialogue ». Une Académie internationale qui a pour mission de combattre le conflit des civilisations en apprenant la culture de la paix.

En effet, la paix véritable ne repose pas sur un papier signé entre les dirigeants, mais s’écrit entre les peuples. Apprendre la civilisation, la religion, le milieu dans lequel évolue l’autre permet de tisser des liens et crée des sociétés bâties sur de nouveaux entendements, permettant une approche de pensée pacifique entre les personnes basée sur la connaissance et la compréhension. De plus, la convergence des civilisations en engendre une nouvelle dans laquelle la pensée humaine se régénère pour émerger vers un mode de pensée plus vaste et bienveillant.

Dans cette académie, qui est sur le point d’être mise en place après le soutien de plus de 165 pays à l’Assemblée générale des Nations Unies, des étudiants de différentes religions, cultures et ethnies se rencontreront, vivront et apprendront ensemble. Ils découvriront qu’ils sont semblables malgré leurs différences et leurs distinctions car ils partagent les mêmes espoirs, les mêmes rêves, mais aussi les mêmes souffrances et les mêmes déceptions. Ils sont les fils d’une même civilisation humaine. Chacun apportera cette expérience dans son environnement et contribuera à diffuser une culture nouvelle portant en elle la paix, la tolérance et le respect de la diversité.

Cher auditoire,

Chacun de nous est l’autre pour l’autre. On dit : « Si quelqu’un ne pense pas comme toi, entame un dialogue avec lui », car l’homme est l’ennemi de celui et de ce qu’il ignore. C’est sur ces bases qu’est bâtie notre société levantine. Et nous continuerons à l’incarner, refusant à quiconque de nous voler notre identité et notre culture. Refusant qu’on nous entraine vers des choix qui contredisent les intérêts de nos pays, de nos peuples et de nos sociétés.

Notre rencontre aujourd’hui est une étape dans une marche humaine sur les routes du Levant. Espérons que tous les efforts seront réunis pour préserver ce qu’il représente. Le Levant est bien plus qu’une zone géographique, il est une pensée, un esprit, une terre qui a réuni et protégé. Il fut ainsi tout au long de l’Histoire et c’est ainsi qu’il droit rester: un modèle d’avenir pour l’humanité toute entière et une image rayonnante pour la culture de la paix.

Vive le Levant, terre protectrice des cultures

Vive le Liban ! »

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