Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a réaffirmé mercredi 22 juillet la volonté de Beyrouth d’obtenir un retrait israélien complet du territoire libanais. Il s’exprimait à Zawtar al-Gharbiyeh, dans le sud du pays, au lendemain du début du déploiement de l’armée libanaise dans cette localité fortement touchée par les combats. Cette visite intervient au moment où le Liban tente de transformer un accord négocié sous médiation américaine en avancées concrètes sur le terrain. Le dispositif repose sur la création de zones pilotes, dans lesquelles l’armée doit rétablir l’autorité exclusive de l’État, interdire toute activité militaire non officielle et préparer le retrait progressif des forces israéliennes. La mise en œuvre reste toutefois fragile. Des tirs israéliens signalés près des unités libanaises ont déjà provoqué une controverse sur le périmètre exact du déploiement.
Nawaf Salam place le retrait israélien au premier plan
À Zawtar al-Gharbiyeh, Nawaf Salam a donné une portée politique à une opération d’abord présentée comme militaire et technique. Il a assuré que le gouvernement poursuivrait ses efforts politiques et diplomatiques afin d’obtenir un « retrait israélien complet » du sud du Liban. Cette formule reprend l’une des demandes constantes des autorités libanaises depuis le début des discussions indirectes conduites avec l’appui de Washington. Beyrouth considère que le retour de l’armée dans les villages concernés ne peut constituer une solution durable tant que des soldats israéliens restent présents sur le territoire national.
Le chef du gouvernement a également voulu relier la souveraineté à la reconstruction. Après avoir hissé un drapeau libanais dans le village, il a annoncé la poursuite de l’ouverture des routes, du déblaiement des gravats et du rétablissement des services essentiels. L’objectif affiché consiste à permettre aux habitants de revenir dans des conditions sûres et dignes. Cette dimension civile demeure centrale. Plusieurs localités du Sud ont subi des destructions massives, tandis que les réseaux d’électricité, d’eau, de télécommunications et les voies d’accès restent endommagés ou coupés.
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La présence de Nawaf Salam sur place répond aussi à une attente symbolique. Depuis des mois, les habitants du Sud demandent que l’État ne limite pas son action à des déclarations diplomatiques. Le déploiement de l’armée, la remise en état des infrastructures et le retour des administrations doivent montrer que les institutions reprennent durablement pied dans une région longtemps soumise aux affrontements. Le gouvernement cherche ainsi à associer trois priorités : le retrait israélien, le monopole des armes par l’État et le retour des populations déplacées.
Zawtar al-Gharbiyeh, première épreuve des zones pilotes
Zawtar al-Gharbiyeh fait partie des localités retenues pour tester le mécanisme des « zones pilotes ». Ce dispositif doit permettre à l’armée libanaise de se déployer après le retrait des forces israéliennes, de contrôler les accès, de rechercher les armes et les infrastructures militaires non autorisées, puis d’empêcher le retour de toute formation armée. L’expérience doit servir de modèle à d’autres secteurs du sud du Liban, si les premières opérations se déroulent sans incident majeur.
L’armée libanaise a commencé à entrer dans le village mardi. Des forces israéliennes se trouvaient auparavant à sa périphérie. Selon le schéma convenu, la transition doit être coordonnée afin d’éviter un vide sécuritaire ou un face-à-face direct entre les deux armées. Cette coordination implique des échanges sur les cartes, les horaires, les axes de déplacement et les positions à évacuer. Toute imprécision peut provoquer un incident, surtout dans une zone où les lignes de contrôle ont changé au fil des combats.
La première journée a précisément révélé cette vulnérabilité. L’armée libanaise a indiqué que des forces israéliennes avaient ouvert le feu à proximité de ses unités. Elle a estimé que cet épisode risquait d’entraver le déploiement. L’armée israélienne a présenté une autre version. Elle a affirmé avoir tiré des coups de semonce en l’air après l’entrée de soldats libanais dans une zone qui, selon elle, ne faisait pas partie du périmètre pilote. Aucun bilan humain n’a été annoncé.
La divergence ne porte donc pas seulement sur la nature des tirs. Elle concerne aussi la délimitation du secteur autorisé. Cet écart d’interprétation souligne la nécessité d’un mécanisme opérationnel précis. Une zone pilote ne peut fonctionner si les parties ne disposent pas des mêmes cartes ou si les limites ne sont pas clairement matérialisées. Les autorités libanaises veulent éviter que ce type d’incident ne se transforme en prétexte pour ralentir le retrait ou limiter la liberté de mouvement de l’armée.
Une coordination militaire encore incomplète
Le mécanisme soutenu par Washington prévoit une coordination entre équipes libanaises, israéliennes et américaines. Il ne s’agit pas d’une coopération politique directe entre Beyrouth et Israël, mais d’un dispositif indirect destiné à gérer les mouvements militaires. Le Liban et Israël restent officiellement en état de guerre. Dans ce contexte, les médiateurs américains jouent un rôle essentiel pour transmettre les positions, résoudre les désaccords et vérifier les étapes du retrait.
Les discussions menées à Rome à la mi-juillet avaient porté sur les moyens de confirmer que les zones concernées ne contenaient plus d’armes ni d’installations du Hezbollah. Elles avaient aussi abordé le calendrier de l’entrée des troupes libanaises et de la sortie des unités israéliennes. Les premières opérations montrent que les accords de principe doivent encore être traduits en procédures communes. Les questions les plus sensibles concernent les contrôles, la circulation des patrouilles et les modalités de vérification.
Pour l’armée libanaise, l’enjeu dépasse Zawtar al-Gharbiyeh. Une réussite renforcerait sa crédibilité auprès des habitants, des partenaires étrangers et du gouvernement. Un échec pourrait au contraire alimenter les doutes sur sa capacité à assurer seule la sécurité. L’institution doit agir dans un environnement détruit, marqué par les mines, les munitions non explosées, les routes endommagées et les tensions politiques. Elle doit aussi éviter une confrontation avec Israël tout en affirmant la souveraineté libanaise.
L’accord du 26 juin face au refus du Hezbollah
L’accord-cadre conclu le 26 juin sous médiation américaine prévoit une mise en œuvre progressive. Dans les zones pilotes, l’armée libanaise doit interdire toute activité militaire menée par un groupe non étatique. Cette disposition vise directement le Hezbollah, même lorsque le mouvement n’est pas nommé dans certaines formulations officielles. En échange, Israël doit retirer ses forces des secteurs concernés, avant une extension éventuelle du mécanisme à d’autres territoires.
Le Hezbollah a rejeté cet accord et répète qu’il ne déposera pas les armes. Le mouvement considère son arsenal comme un moyen de résistance face à Israël. Cette position entre en conflit avec la volonté du gouvernement d’imposer l’autorité exclusive de l’État. Elle complique aussi le calendrier prévu par les médiateurs. Tant que le parti refuse le principe du désarmement, chaque avancée locale peut susciter des tensions politiques ou sécuritaires.
Jusqu’à présent, le Hezbollah n’a pas engagé d’action militaire ouverte contre le déploiement dans les premières zones pilotes. Cette retenue ne vaut toutefois pas acceptation. Le parti conserve une forte implantation sociale et politique dans le Sud, ainsi qu’une capacité d’influence sur les communautés locales. Les autorités doivent donc éviter que l’application de l’accord soit perçue comme une opération dirigée contre une partie de la population chiite. Elles présentent le déploiement comme une restauration de la souveraineté et non comme une campagne partisane.
La question des armes reste le principal point de blocage. L’armée doit pouvoir inspecter les secteurs, retirer les équipements militaires illégaux et empêcher toute réinstallation. Or ces opérations exigent des renseignements, des effectifs et une couverture politique solide. Elles nécessitent aussi une garantie qu’Israël respectera ses propres engagements. Les autorités libanaises redoutent qu’un désarmement unilatéral soit suivi d’un maintien durable des forces israéliennes ou de nouvelles frappes.
Le monopole des armes, une promesse difficile à appliquer
Le gouvernement de Nawaf Salam a fait du monopole des armes par l’État un axe majeur de son programme. Cette orientation bénéficie d’un soutien international important. Elle correspond aussi aux demandes d’une partie de la société libanaise, qui estime que les décisions de guerre et de paix doivent relever des institutions. Cependant, l’application de ce principe ne dépend pas d’une simple décision administrative.
Le Hezbollah possède une organisation militaire structurée, des stocks d’armes et des réseaux souterrains développés au fil des décennies. La guerre récente a détruit une partie de ses capacités, mais elle n’a pas supprimé l’ensemble de son dispositif. Le mouvement conserve par ailleurs une représentation parlementaire et une base populaire. Toute tentative de désarmement forcé pourrait provoquer une crise interne que le gouvernement cherche précisément à éviter.
Beyrouth privilégie donc une démarche graduelle. Les zones pilotes doivent fournir un cadre limité, contrôlable et vérifiable. Le gouvernement espère démontrer que l’armée peut remplacer les acteurs armés sans provoquer de chaos. Cette méthode vise aussi à convaincre les partenaires étrangers de renforcer leur aide militaire et financière. Le succès dépendra toutefois de la régularité du retrait israélien et de la capacité des autorités à offrir rapidement des services aux habitants.
Joseph Aoun sollicite l’appui de Donald Trump
La visite de Nawaf Salam dans le Sud s’est déroulée au lendemain d’un entretien entre le président Joseph Aoun et son homologue américain Donald Trump à la Maison-Blanche. Le chef de l’État libanais a déclaré avoir insisté sur l’urgence d’un retrait israélien total du territoire libanais. Il a demandé aux États-Unis d’utiliser leur influence auprès d’Israël pour garantir l’application de l’accord et soutenir l’armée.
Cette rencontre a donné une dimension internationale aux premières opérations dans les zones pilotes. Washington demeure le principal parrain du mécanisme. Les États-Unis disposent d’une capacité de pression sur Israël et fournissent depuis longtemps une aide importante à l’armée libanaise. Les dirigeants libanais cherchent à obtenir des garanties politiques, mais aussi des moyens matériels pour déployer davantage de soldats, sécuriser les villages et contrôler durablement le territoire.
Donald Trump a présenté le début du retrait israélien comme un signe de progrès. Il a également promis un soutien américain au Liban, sans détailler toutes les modalités. Pour Beyrouth, l’enjeu consiste à convertir ces déclarations en engagements précis. Le gouvernement attend notamment une pression sur Israël en cas de retard, une assistance renforcée à l’armée et une contribution internationale à la reconstruction.
La visite de Joseph Aoun était la première rencontre d’un président libanais à la Maison-Blanche depuis 2009. Elle intervient dans une période où le Liban tente de rétablir des relations plus stables avec ses partenaires. Le pouvoir cherche à convaincre que les institutions peuvent reprendre le contrôle du territoire, conduire des réformes et offrir un interlocuteur fiable. La réussite des zones pilotes constitue à cet égard un test politique autant que militaire.
Le coût humain et matériel pèse sur le calendrier
La guerre déclenchée après l’attaque du Hezbollah contre Israël, le 2 mars, en soutien à Téhéran, a provoqué une offensive israélienne de grande ampleur. Les frappes aériennes et l’invasion terrestre ont touché de nombreuses régions libanaises, surtout dans le Sud et la Békaa. Selon les autorités libanaises, plus de 4 300 personnes ont été tuées depuis mars. Des milliers d’autres ont été blessées, tandis que des quartiers entiers ont été détruits.
Plus d’un million de personnes ont dû quitter leur domicile au plus fort des violences. Les Nations unies estiment que plus de 700 000 déplacés ont regagné leur région au cours des dernières semaines. Ce mouvement de retour reste néanmoins inégal. Certaines familles retrouvent des maisons endommagées, des villages sans eau ou des terrains encore dangereux. D’autres ne peuvent pas rentrer en raison de la présence militaire, des destructions ou de l’absence de services publics.
Les forces israéliennes ont démoli des dizaines de bâtiments dans le Sud. Ces destructions compliquent la reprise de la vie locale et alimentent les accusations libanaises de violation de la souveraineté. Le déblaiement représente un chantier long et coûteux. Il faut vérifier la stabilité des structures, retirer les engins explosifs, rétablir les routes et reconstruire les réseaux. Les municipalités disposent de moyens limités après plusieurs années de crise économique.
Nawaf Salam a donc associé le déploiement militaire à une action civile immédiate. Le retour du drapeau libanais n’aurait qu’une portée limitée sans écoles, dispensaires, eau, électricité et accès routier. Le gouvernement doit montrer que l’État peut protéger mais aussi administrer. Cette exigence explique la présence de responsables civils aux côtés de l’armée et l’attention portée à la remise en état des services essentiels.
Le retour des habitants reste conditionnel
Le recul marqué des violences depuis la signature, le mois dernier, d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran, puis de l’accord entre le Liban et Israël, a favorisé les retours. La baisse des frappes ne signifie pourtant pas que la situation soit stabilisée. Les incidents autour des zones pilotes, les tirs de semonce et les désaccords sur les cartes montrent que le risque persiste.
Les familles évaluent plusieurs facteurs avant de rentrer. Elles cherchent à savoir si l’armée est présente, si les routes sont ouvertes et si leur habitation reste accessible. Elles doivent aussi vérifier la présence de mines ou de munitions non explosées. Dans certains villages, le manque de logements impose un hébergement provisoire. Les agriculteurs doivent enfin déterminer si les terres peuvent être exploitées sans danger.
La reconstruction pourrait devenir un facteur décisif pour la pérennité de l’accord. Si les habitants ne voient pas d’amélioration rapide, la confiance envers l’État risque de s’éroder. À l’inverse, une remise en service visible des infrastructures renforcerait l’acceptation du dispositif. Les autorités comptent sur l’aide extérieure, mais les donateurs demandent des garanties de stabilité, de transparence et de contrôle des dépenses.
Les vols directs avec les États-Unis comme signal économique
La rencontre à Washington a aussi produit une annonce sans lien direct avec le dossier militaire, mais importante pour l’économie libanaise. Donald Trump a autorisé les compagnies aériennes américaines à reprendre des vols directs vers Beyrouth, interrompus depuis 1985. La reprise effective dépend encore d’évaluations de sécurité, de décisions administratives et du choix commercial des transporteurs.
Nawaf Salam a salué cette annonce. Il y voit une occasion d’améliorer les déplacements entre le Liban et les États-Unis, de renforcer les liens avec la diaspora et de soutenir l’économie. Les vols directs pourraient faciliter les voyages familiaux, les échanges professionnels et le tourisme. Ils réduiraient aussi les correspondances imposées aux passagers, souvent contraints de transiter par l’Europe ou le Golfe.
L’impact ne sera cependant pas immédiat. Les compagnies devront évaluer la demande, les coûts, les assurances et les conditions de sécurité. L’aéroport de Beyrouth devra répondre aux exigences américaines. Le maintien d’avertissements officiels sur les voyages au Liban peut également freiner la mise en place de nouvelles lignes. L’annonce constitue donc d’abord un signal politique de rapprochement.
Pour les autorités libanaises, ce geste complète le message envoyé depuis le Sud. Le gouvernement veut montrer que le rétablissement de la souveraineté peut ouvrir la voie à une normalisation économique et diplomatique. Les investissements, le tourisme et la reconstruction dépendent en grande partie de la sécurité. Chaque progrès dans les zones pilotes pourrait ainsi avoir des effets au-delà du seul dossier militaire.
Un mécanisme fragile attendu dans d’autres villages
La prochaine étape consistera à vérifier si l’armée peut achever son déploiement à Zawtar al-Gharbiyeh sans nouvel incident. Les équipes de coordination devront clarifier les limites de la zone et les mouvements autorisés. L’armée libanaise devra ensuite contrôler les infrastructures, sécuriser les accès et établir une présence durable. Israël sera attendu sur le respect du retrait convenu.
Les résultats obtenus dans cette localité détermineront en partie le rythme des opérations ailleurs. Si le modèle fonctionne, d’autres villages pourraient suivre. Si des désaccords persistent, Washington devra intervenir pour éviter un blocage. La crédibilité de l’accord repose sur une succession d’étapes vérifiables, et non sur des déclarations générales.
Le gouvernement libanais avance donc sur une ligne étroite. Il doit réclamer le retrait israélien, contenir les tensions avec le Hezbollah, soutenir l’armée et répondre aux besoins des déplacés. Il doit aussi convaincre ses partenaires que l’État peut assumer seul la sécurité. À Zawtar al-Gharbiyeh, les soldats ont commencé à prendre position pendant que les équipes civiles évaluent les routes et les bâtiments. La poursuite du déploiement dépend désormais de la résolution du différend sur le périmètre et des prochaines décisions prises par le mécanisme de coordination.



