vendredi, décembre 5, 2025

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Autorités religieuses : entre prudence et instrument politique

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Depuis la reprise des frappes israéliennes à la suite de la fin du cessez-le-feu, le paysage religieux libanais s’est montré particulièrement attentif et réactif, bien que de façon mesurée. Les autorités religieuses de diverses confessions ont pris la parole ou gardé le silence selon des logiques politiques et communautaires précises. Leur attitude oscillant entre appel à la retenue, dénonciation ferme ou soutien indirect, souligne leur rôle ambivalent dans un Liban où les institutions religieuses restent des pivots du pouvoir symbolique et réel. Dans un pays multiconfessionnel confronté à une menace extérieure, la parole religieuse devient, une fois de plus, un marqueur d’équilibres et de tensions.

Déclarations ciblées et stratégies de langage

Dans les déclarations religieuses relevées dans la presse du 6 juin 2025, le ton général est à la dénonciation de l’agression israélienne, accompagnée d’appels à l’unité nationale. Toutefois, les discours ne sont pas uniformes. Le cheikh Ahmad Kabalan, mufti jaafarite, a qualifié les attaques de « massacre contre la souveraineté du Liban » et a parlé de « malédiction sioniste et américaine » s’abattant sur le pays. Il a aussi évoqué une « agression contre l’unité nationale et la Résistance », valorisant celle-ci comme « seule garantie de souveraineté ». Ce positionnement illustre un alignement clair avec l’axe de la Résistance et une lecture confessionnelle-communautaire du conflit.

À l’inverse, du côté des autorités chrétiennes, les prises de parole publiques rapportées dans les sources sont plus rares et prudentes. Elles se concentrent sur la paix, la modération et la solidarité, sans adopter de langage martial ni prendre parti pour un acteur militaire spécifique. Cette retenue peut s’expliquer par la volonté de ne pas raviver des tensions internes, mais aussi de maintenir une posture de neutralité apparente, surtout dans le contexte d’un conflit où les équilibres confessionnels sont scrutés de près.

La prudence comme outil d’influence

L’analyse des déclarations permet de voir que le silence relatif ou la parole indirecte ne sont pas synonymes d’inaction. Dans le système politique libanais, les autorités religieuses exercent une influence par leur simple présence symbolique. Leur intervention ou leur abstention est scrutée et interprétée comme un message politique en soi.

Certaines de ces figures agissent en coulisse : elles participent à des médiations communautaires, font pression sur des députés ou ministres, ou orientent des consignes au sein de leur propre réseau. La parole religieuse, même voilée, agit alors comme un levier politique diffus.

Leur attitude actuelle, qualifiable de « prudente implication », témoigne d’une volonté de préserver la cohésion interne de leurs communautés tout en demeurant acteurs du récit national. En ne cédant ni à la surenchère, ni au silence absolu, elles cherchent à se positionner comme garantes de l’unité, tout en maintenant des lignes politiques parfois très nettes.

Discours religieux et mémoire communautaire

Les prises de parole des figures religieuses mobilisent aussi une mémoire historique communautaire. On y retrouve des références à la souffrance collective, aux précédentes guerres israéliennes, ou encore au rôle historique de la résistance armée. Cela permet d’ancrer le discours religieux dans une narration de continuité, où le présent est présenté comme un épisode supplémentaire d’un destin collectif éprouvé.

Ces narratifs renforcent le sentiment d’appartenance et de mobilisation identitaire. Ils jouent un rôle structurant dans la réaction émotionnelle et politique des fidèles, surtout en période de menace. Le religieux devient ainsi une grille d’interprétation du conflit, qui permet de lire les événements à travers une épaisseur historique et spirituelle.

Entre coordination et instrumentalisation

Si le rôle de régulation des tensions par les autorités religieuses est indéniable, il soulève aussi la question de leur instrumentalisation. Certains leaders politiques cherchent à s’appuyer sur les dignitaires religieux pour justifier leurs positions, obtenir une couverture morale ou désamorcer une contestation.

Inversement, des figures religieuses peuvent chercher à influer sur les décisions politiques en mobilisant leur audience ou en rappelant aux élus leur attachement communautaire. Le risque est alors celui d’un brouillage des responsabilités, où la frontière entre opinion religieuse et stratégie politique devient floue.

Dans les faits, cette interpénétration n’est pas nouvelle. Elle fait partie de l’architecture politique du Liban, mais elle prend une acuité particulière en temps de crise. Le recours croissant à des langages religieux dans l’espace public reflète aussi un déficit d’autorité politique crédible ou un manque de confiance dans les institutions civiles.

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Newsdesk Libnanews
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