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Conseil des ministres : trêve, examens et réformes

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Le Conseil des ministres libanais a choisi la prudence sur le dossier des examens officiels, au moment où le pays attend de savoir si l’annonce de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran peut réellement produire une accalmie sur le terrain. Réuni au Grand Sérail sous la présidence de Nawaf Salam, le gouvernement a examiné les derniers développements politiques, sécuritaires et humanitaires. Il a adopté la plupart des points administratifs inscrits à son ordre du jour. Mais la décision la plus attendue concernait les élèves de terminale, suspendus depuis plusieurs jours aux rumeurs d’annulation, de report ou de remplacement de l’examen par des attestations scolaires.

Le message officiel est désormais clair, même s’il ne ferme pas le débat. Le gouvernement ne supprime pas les examens officiels à ce stade. Il ne confirme pas non plus leur tenue immédiate. Il temporise. Le premier ministre a estimé qu’il fallait attendre de vérifier si le cessez-le-feu annoncé serait effectivement appliqué. Dans tous les cas, la session ne pourra pas commencer aux dates initialement prévues à la fin juin ou au début de juillet. Le ministère de l’Éducation devra réévaluer la situation sécuritaire, mettre à jour les données sur la localisation des candidats et consulter les acteurs éducatifs avant de revenir devant le gouvernement avec une décision définitive.

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Le cessez-le-feu comme condition politique

La séance du Conseil des ministres a d’abord été dominée par la séquence régionale. Nawaf Salam a rappelé que le gouvernement travaille depuis le début de la guerre à obtenir son arrêt et à réduire les dommages infligés au Liban et aux Libanais. Il a exprimé l’espoir que l’annonce de cessez-le-feu négociée entre Washington et Téhéran puisse mettre fin aux morts, aux destructions, aux déplacements et aux souffrances accumulées depuis l’escalade. Le chef du gouvernement a aussi remercié les acteurs ayant contribué à ce résultat, tout en évitant de présenter l’annonce comme une garantie déjà acquise.

Cette prudence traduit la position délicate de Beyrouth. Le Liban est concerné par un accord qu’il ne signe pas directement. L’Iran affirme que le front libanais est inclus dans l’arrêt des hostilités. Israël continue de défendre sa liberté d’action contre le Hezbollah. Les États-Unis cherchent à protéger un compromis régional qui vise aussi Ormuz, le nucléaire iranien et les marchés énergétiques. Le gouvernement libanais doit donc convertir une annonce diplomatique en réalité locale : arrêt des frappes, retrait israélien, retour des déplacés et reprise minimale de la vie civile.

Nawaf Salam a lié cette séquence à deux priorités nationales. La première est la poursuite des négociations en cours à Washington afin d’obtenir le retrait israélien complet des territoires libanais occupés et la libération des prisonniers. La seconde est la préparation de la reconstruction, avec l’appui des pays arabes et des partenaires internationaux. Ce lien est essentiel. Le cessez-le-feu n’aura de valeur politique pour le Liban que s’il permet le retour des habitants dans leurs villes et villages, puis la réparation des maisons, des routes, des écoles, des hôpitaux et des terres agricoles.

Examens officiels : une décision reportée, pas abandonnée

Le dossier des examens officiels a occupé une place centrale dans la séance. Depuis plusieurs jours, les familles, les directions d’établissement et les élèves de baccalauréat vivaient dans l’incertitude. Fallait-il maintenir les épreuves malgré la guerre ? Fallait-il les reporter ? Fallait-il accorder des attestations délivrées par les écoles, comme option exceptionnelle ? Le premier ministre a reconnu la multiplication des rumeurs et des interprétations. Il a indiqué avoir suivi le dossier avec la ministre de l’Éducation, Rima Karami, tout au long des jours précédents.

La ligne retenue repose sur trois principes. Le premier est la protection du niveau éducatif du Liban. Le gouvernement veut préserver la valeur de la certification officielle, qui reste importante pour l’accès à l’université, les dossiers à l’étranger et la crédibilité du système scolaire. Le deuxième principe est la sécurité des élèves. Les autorités ne veulent pas exposer des candidats à des trajets dangereux, à des centres situés dans des zones instables ou à des déplacements longs dans un pays encore sous menace. Le troisième principe est l’égalité des chances. Un élève déplacé du Sud, une candidate vivant dans une zone bombardée et un candidat situé dans une région calme ne se trouvent pas dans les mêmes conditions de préparation.

C’est pour cette raison que le gouvernement a refusé une décision précipitée. Le report permet de gagner quelques jours d’observation. Il permet aussi au ministère de l’Éducation de tester la faisabilité pratique des examens. Les autorités devront savoir où se trouvent les candidats, quels centres peuvent ouvrir, quels trajets sont possibles, combien d’élèves sont directement touchés par les déplacements et quelles garanties de sécurité peuvent être obtenues. Une décision éducative devient ainsi une décision de sécurité nationale.

Rima Karami défend le principe de l’équité

La ministre de l’Éducation, Rima Karami, a salué la décision de temporiser. Elle a insisté sur la nécessité de ramener le dossier au ministère puis au Conseil des ministres, loin du climat de confusion qui a perturbé les élèves. Selon elle, les candidats n’auraient jamais dû être placés au centre d’un débat aussi chaotique alors qu’ils doivent se concentrer sur leur préparation. Le choix du gouvernement ne clôt pas le dossier. Il ouvre une réévaluation courte, conduite sur deux axes : sécurité et pédagogie.

La ministre a annoncé une réunion éducative élargie par visioconférence, avec les associations d’enseignants, les unions d’écoles privées, des représentants des écoles publiques et des établissements situés dans les zones dangereuses. L’objectif est d’examiner les conséquences de chaque scénario : maintien avec léger report, annulation des épreuves, ou octroi d’attestations scolaires. Rima Karami a exprimé sa préférence pour une solution permettant de maintenir les examens, si les conditions le permettent. Mais elle a aussi réaffirmé que la sécurité passe avant toute autre considération.

L’argument de l’équité reste au cœur de son intervention. Le ministère dit disposer de données actualisées sur la localisation des candidats. Un premier suivi avait été effectué début juin. Une nouvelle mise à jour est en cours. Ces données doivent permettre d’éviter qu’un élève soit obligé de parcourir une longue distance ou de traverser une zone dangereuse pour rejoindre un centre d’examen. L’organisation des épreuves dépendra donc moins d’un calendrier théorique que d’une cartographie réelle des élèves, des routes et des risques.

Une alternative sensible : les attestations scolaires

L’option des attestations scolaires reste officiellement ouverte. Elle serait activée si les conditions de sécurité rendaient les examens impossibles. Mais le gouvernement et la ministre veulent éviter d’en faire un choix par défaut trop rapide. Dans le système libanais, le baccalauréat officiel a une valeur symbolique et pratique forte. Il représente une validation nationale, différente d’une simple certification délivrée par chaque établissement. Le remplacer par des attestations peut être compris comme une mesure de protection. Il peut aussi être perçu comme une dégradation de la valeur du diplôme.

Cette tension explique la prudence du gouvernement. Accorder des attestations protégerait les élèves d’un déplacement risqué. Mais cela poserait des questions d’équité entre établissements, de reconnaissance universitaire, de crédibilité à l’étranger et de comparaison entre élèves. Maintenir les examens préserverait la valeur du diplôme. Mais cela exigerait des garanties de sécurité que l’État ne contrôle pas entièrement. Le Liban se trouve ainsi devant un dilemme typique des crises longues : éviter de sacrifier l’avenir scolaire des élèves tout en refusant de les exposer au danger.

Le report de quelques jours vise donc à maintenir les deux options. Si le cessez-le-feu tient, une session adaptée pourrait être organisée. Si les frappes reprennent ou si les zones de déplacement restent trop instables, les attestations redeviendront une solution possible. La ministre a appelé les élèves à continuer à étudier, en rappelant que la préparation n’est pas une perte de temps. Même en cas d’adaptation, l’entrée à l’université exigera des connaissances solides. Ce message vise à empêcher le décrochage psychologique provoqué par l’incertitude.

Un Conseil des ministres entre urgence et administration

La séance ne s’est pas limitée à la guerre et aux examens. Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a indiqué que le Conseil avait approuvé la plupart des points de son ordre du jour. Plusieurs décisions relèvent de la réforme administrative, du contrôle public et de la gestion d’infrastructures essentielles. Elles peuvent paraître techniques. Elles donnent pourtant une indication sur la volonté du gouvernement de continuer à faire fonctionner l’État malgré la crise.

Le Conseil a ainsi approuvé des demandes liées à l’Inspection centrale. Il a autorisé l’organisation d’un concours interne destiné à promouvoir des inspecteurs adjoints. Il a aussi accepté un concours restreint pour pourvoir des postes techniques vacants dans plusieurs inspections générales, notamment dans les domaines de l’ingénierie, de la santé, du social et de l’agriculture. Ce dossier est important, car l’Inspection centrale reste l’un des instruments de contrôle administratif les plus nécessaires dans un pays où les réformes exigées par les bailleurs concernent directement la transparence, les marchés publics et la qualité de l’administration.

Le gouvernement a également approuvé la demande du ministère des Travaux publics et des Transports relative à la création d’une société par actions appelée à porter la structure de l’aéroport international de Beyrouth. Cette décision intervient alors que l’aéroport Rafic-Hariri est au cœur des préoccupations sécuritaires, économiques et touristiques. Elle peut préparer une nouvelle gouvernance, une meilleure gestion ou un cadre institutionnel plus adapté à l’exploitation de cette infrastructure stratégique. Mais elle exigera des garanties de transparence, de contrôle public et d’indépendance pour éviter que la réforme ne se transforme en simple déplacement administratif.

Banque du Liban, prix et déchets : les autres signaux

Le Conseil a aussi approuvé une demande de la Banque du Liban visant à conclure, par entente directe, un contrat avec une société internationale d’audit spécialisée. Sa mission porterait sur le suivi de fonds transférés à travers l’étude de leur mouvement depuis un compte de consultations vers des sociétés-écrans ou des tiers. Ce point s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur la transparence financière, la conformité, la liste grise du GAFI et la demande de traçabilité des flux. Il illustre aussi la nécessité pour la Banque du Liban de montrer qu’elle peut examiner des mouvements suspects avec des outils internationaux.

Le ministère de l’Économie a obtenu l’adoption d’un projet de décret modifiant certaines dispositions du décret 7137 et visant à activer le Conseil national de la politique des prix. Dans un pays marqué par l’inflation, l’effondrement monétaire passé, la dollarisation de fait et la vulnérabilité des ménages, ce conseil peut devenir un outil de suivi des prix. Son efficacité dépendra toutefois de ses moyens réels, de sa capacité à collecter des données, de la coopération avec les commerçants et de la possibilité de distinguer hausse abusive, coût d’importation et effet de crise sécuritaire.

Le ministère de l’Environnement a, de son côté, obtenu l’approbation d’un décret d’application lié à la loi de 2018 sur la gestion intégrée des déchets solides. Ce dossier est ancien. Il touche les municipalités, les décharges, le tri, la collecte, les coûts et la santé publique. Dans un pays où les crises des déchets ont régulièrement nourri la colère sociale, l’adoption de textes d’application peut être utile. Mais, comme pour les autres décisions, le test sera l’exécution. Une norme sans financement, sans municipalités capables d’agir et sans contrôle des contrats ne changera pas la situation sur le terrain.

Un gouvernement qui gagne du temps utile

La séance du Conseil des ministres révèle une méthode : gagner du temps sans suspendre totalement l’action publique. Sur le cessez-le-feu, le gouvernement espère, mais ne déclare pas la guerre terminée. Sur les examens officiels, il reporte, mais ne supprime pas. Sur la reconstruction, il annonce une mobilisation future, mais attend que le terrain permette le retour. Sur les dossiers administratifs, il avance par décisions techniques, dans l’inspection, l’aéroport, l’audit financier, les prix et les déchets. Cette méthode peut être critiquée comme prudente à l’excès. Elle répond aussi à une réalité : l’État libanais décide dans un environnement où beaucoup de paramètres lui échappent.

Le risque principal est celui de l’attente prolongée. Les élèves ne peuvent pas rester indéfiniment suspendus à une décision. Les familles déplacées ne peuvent pas attendre des semaines avant de savoir si elles peuvent rentrer. Les écoles doivent organiser leurs enseignants, leurs centres et leurs calendriers. Les universités attendent les résultats. Les bailleurs attendent des plans de reconstruction. Les administrations attendent des instructions. La temporisation n’est utile que si elle conduit vite à une décision claire.

Pour les examens, le calendrier sera donc serré. Le ministère devra consulter, cartographier, évaluer et revenir devant le gouvernement. Il devra expliquer la décision retenue avec des critères simples : sécurité, équité, niveau éducatif, faisabilité logistique. Il devra aussi éviter que les élèves soient soumis à une nouvelle vague de rumeurs. Dans une période de guerre, l’information officielle devient une forme de protection. Un élève qui sait ce qui l’attend peut se préparer. Un élève livré aux rumeurs décroche.

Le Conseil des ministres a voulu envoyer un signal d’équilibre. Il ne sacrifie pas le baccalauréat officiel. Il ne sacrifie pas non plus la sécurité. Il attend de voir si le cessez-le-feu existe autrement que dans les déclarations. Dans les prochains jours, la valeur de cette prudence se mesurera à trois signes concrets : la réalité de l’arrêt des hostilités, la possibilité d’un retour progressif des déplacés, et la capacité du ministère de l’Éducation à proposer une solution juste pour les candidats qui ont déjà trop étudié sous le bruit des drones et des alertes.

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