« Rien n’est indifférent, rien n’est impuissant dans l’univers ; un atome peut tout dissoudre, un atome peut tout sauver ! ». (Gérard de Nerval).

Le temps n’est ni à la folie des passions ni même à la sagesse de l’indifférence. Dans un Moyen Orient déchaîné et éreinté par un trop plein de violence et de déclarations haineuses, opter pour le silence est aujourd’hui synonyme de crime. Surtout au Pays des cèdres.

Plus d’un million de Libanais se sont soulevés il y a une décennie suite au décès de Rafic Hariri,  et depuis, plus rien. Une révolution aboutie en un jour a anéanti ce peuple qui a légué la suite de sa mission aux faucons de la guerre civile, parce qu’il est davantage intéressé à se trémousser sous les spotlights que de faire un effort pour mériter un pays, une nation.

Aujourd’hui, plus rien ne le secoue : ni le sort inconnu des soldats kidnappés et maltraités par Daesh et Al-Nosra depuis plus de six mois dont on ne parle même plus, ni le risque d’une invasion du pays par Daesh, ni les menaces des israéliens qui mijotent une attaque éventuelle contre le pays, ni le martyr du capitaine Bachaalany et ses compagnons assassinés par un village libanais où l’extrémisme connait une montée en puissance sans pareil, ni le martyr du lieutenant Samer Hanna par un membre d’un parti censé faire sa résistance face à Israël et non aux militaires libanais, ni la présence de plus d’un million et demi de réfugiés syriens que l’Etat est incapable de gérer, ni la saisie de produits radioactifs périlleux à l’aérogare et au port de Beyrouth – info passée sous silence avec une indifférence et ignorance totale de la part des masses.

Encore moins les déclarations insensées d’un député de la nation qui aujourd’hui pointe absurdement du doigt la communauté chrétienne, après maints propos fielleux contre l’Armée libanaise dans le passé, en raison du retrait des étendards partisans inondant la place Al-Nour à Tripoli. Dénonçant la campagne sécuritaire du ministère de l’Intérieur exigée par le ministre Nouhad Machnouk, pourtant on ne peut plus sunnite, visant à retirer tous les symboles partisans de toutes les cités et régions libanaises, au lendemain du dialogue entamé entre le Hezbollah et le Courant du Futur (auquel appartient Machnouk et Daher) pour apaiser les tensions, Daher a indiqué que si les symboles religieux sont visés, que le ministère commence par retirer la statue du Christ-Roi de Zouk. Il est utile de lui rappeler que ce n’est pas un minaret que l’on retire, mais un drapeau noir, obscur, dans lequel se retrouvent les terroristes du coin. Rien qu’un atome certes, mais parfois, c’est l’atome de trop, la goutte de trop, qui mène vers la catastrophe.

Khaled Daher, qui ne sait même pas faire la part des choses entre symboles religieux et étendards partisans, n’a excellé depuis les débuts de sa carrière politique que dans les discours vindicatifs et les actions offensantes envers l’unité nationale et la coexistence entre les religions, avec son fantasme de peindre le pays aux couleurs noirs des partis extrémistes qu’il promeut à travers son délire de paranoïa de la communauté sunnite « écrasée au Liban ». Continuer à prôner l’indifférence contre ce faux parlementaire dont le rôle est de semer la zizanie à tout moment où un brin d’espoir ose germer en vue d’une réconciliation nationale, relève aujourd’hui du crime. Khaled Daher doit être indubitablement traduit en justice pour la ribambelle de déclarations contre la République libanaise.

A quelques jours de la seule constante qui reste du 14 mars 2005, à savoir le discours historique de Gebran Tueni qui fait encore rêver de ce Liban que nous ne saurons acquérir : « Nous jurons par Dieu Tout-Puissant, Chrétiens et Musulmans, d’être unis éternellement, pour défendre le Liban. », la bêtise pullule, les hurlements enfiellés des vermines hululent, et notre avenir incertain déambule au bord du précipice… Et là, pour la énième fois, la question se pose : A quand un éveil des consciences, cet atome apte à tout sauver, pour un réveil national et la renaissance du Pays des Cèdres ?

Par Marie-Josée Rizkallah

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

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