
Le Conseil des ministres libanais a décidé, lors de sa réunion tenue mercredi 25 juin au palais de Baabda, d’annuler les examens officiels de la terminale pour l’année en cours. La mesure concerne l’enseignement général et l’enseignement professionnel, selon les précisions données après la séance par la ministre de l’Éducation. Elle intervient dans un contexte sécuritaire et social jugé exceptionnel par l’exécutif, alors que les autorités disent devoir tenir compte de la situation des élèves, des familles et des établissements.
Le gouvernement tranche le dossier des examens officiels
La séance, présidée par le chef de l’État, Joseph Aoun, en présence du premier ministre, Nawaf Salam, a aussi abouti à une série de nominations dans plusieurs institutions publiques. Elles touchent la Coopérative des fonctionnaires, l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité, le Conseil national de la recherche scientifique et l’Autorité de gestion du secteur pétrolier. Le gouvernement a également approuvé le statut fondateur de l’établissement de l’aéroport international de Beyrouth, ainsi qu’un projet de décret relatif au nouveau curriculum libanais pour l’enseignement général préuniversitaire.
Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a présenté les décisions à l’issue de la réunion. Il a indiqué que le Conseil avait examiné les développements politiques, sécuritaires et humanitaires, en plus de dossiers administratifs et de questions liées à la fonction publique. Les échanges ont aussi porté sur les déplacés, les dégâts provoqués par la récente agression, la reconstruction, la préparation de la saison estivale et la lutte contre le gaspillage dans les administrations.
La décision la plus sensible concerne les examens officiels du secondaire. Elle clôt plusieurs jours d’attente pour les élèves de terminale, leurs familles et les directions d’établissements. L’exécutif a retenu une formule de substitution fondée sur les attestations scolaires, tout en prévoyant une session exceptionnelle pour certains candidats. La ministre de l’Éducation, Rima Karami, a reconnu qu’aucune option ne pouvait être considérée comme idéale. Elle a présenté le choix du gouvernement comme une réponse réaliste à des contraintes sécuritaires, pédagogiques et administratives.
Examens officiels : attestations scolaires et session exceptionnelle
Selon les explications données après la séance, les élèves concernés pourront s’appuyer sur les résultats établis par leurs écoles, dans les limites fixées par le ministère. La référence retenue prend en compte l’enseignement dispensé avant le 1er mars. La ministre a justifié cette date par une décision antérieure fondée sur une recommandation du Conseil pédagogique. Elle a affirmé que les programmes couverts correspondaient à environ 60 % du curriculum, avec des différences possibles entre les établissements publics et privés.
La session exceptionnelle restera ouverte aux candidats libres, aux élèves recalés souhaitant se représenter, ainsi qu’aux élèves déjà admis par leur établissement mais ayant besoin d’une attestation officielle pour des raisons de travail, de bourse ou d’admission universitaire. La ministre a cependant rappelé un principe important. Un élève qui choisira de se présenter à cette session sera soumis au régime ordinaire des examens. En cas d’échec, il ne pourra pas revenir aux résultats accordés par son école.
Le ministère de l’Éducation dispose d’un délai d’un mois pour finaliser l’organisation de cette session. Rima Karami a indiqué que les autorités entendaient respecter, autant que possible, le choix des centres d’examen en fonction du lieu de résidence des élèves. Elle a aussi précisé que les conditions, les matières et les règles de l’épreuve ne seraient pas modifiées. Les sujets devront porter sur les parties du programme effectivement enseignées avant la date retenue.
La ministre a défendu le seuil de 9,5, présenté comme la moyenne habituellement utilisée pour la certification secondaire. Elle a rejeté l’idée d’un chiffre arbitraire. Elle a aussi confirmé que les diplômes techniques TS et LT avaient été intégrés au dispositif, après avoir été omis par erreur dans le texte lu pendant la réunion. La décision couvre donc l’enseignement général et l’enseignement professionnel, ce qui élargit son impact à une population scolaire plus diverse.
Rima Karami a insisté sur la valeur de la certification libanaise. Elle a déclaré avoir défendu le maintien des examens jusqu’au dernier moment, afin de préserver les droits des élèves et la reconnaissance du diplôme, notamment pour ceux qui envisagent des études ou un emploi à l’étranger. Elle a toutefois estimé que les circonstances imposaient une décision immédiate. Selon elle, les universités et les pays étrangers devraient pouvoir comprendre les raisons ayant conduit le Liban à retenir cette solution.
Un nouveau curriculum pour l’enseignement général
L’adoption du nouveau curriculum libanais a constitué l’autre décision éducative majeure de la séance. Le projet de décret relatif à l’enseignement général préuniversitaire a été approuvé. La ministre a présenté cette réforme comme une étape importante pour le système scolaire. Elle a souligné que les nouveaux programmes accorderaient une place aux compétences, à la citoyenneté, au vivre-ensemble et à la liberté d’expression dans une société pluraliste.
Le passage vers les nouveaux programmes se fera de manière graduelle. La ministre a indiqué que leur application serait volontaire l’année prochaine pour les cycles du primaire. Cette phase doit permettre aux établissements, aux enseignants et aux administrations scolaires d’adapter leurs méthodes et leurs outils. Le gouvernement n’a pas détaillé publiquement le calendrier complet de généralisation, mais le texte approuvé ouvre la voie à une transformation progressive de l’enseignement général.
La question du discours public et de la cohésion sociale a aussi été évoquée. Rima Karami a indiqué que plusieurs initiatives interministérielles étaient en préparation avec les ministères de l’Information, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Elles doivent porter sur le langage public, la responsabilité citoyenne et la prévention des tensions sociales. La ministre a lié cette orientation aux difficultés rencontrées ces dernières semaines dans le débat autour des examens.
Nominations dans l’administration et les organismes publics
Le Conseil des ministres a par ailleurs approuvé plusieurs nominations attendues dans l’administration et les organismes publics. À la Coopérative des fonctionnaires de l’État, Nazih Hammoud a été nommé directeur général. Dans le secteur de l’électricité, l’avocate Christina Issam Abi Haidar a été désignée membre à temps plein de l’Autorité de régulation. Cette instance est appelée à jouer un rôle central dans un secteur qui reste l’un des dossiers les plus lourds pour les finances publiques et les usagers.
Au Conseil national de la recherche scientifique, le gouvernement a nommé le docteur Assad Antoine Eid à la présidence. Le docteur Satea Arnaout devient vice-président. La liste des membres comprend Ramzi Hafez, Nehme Azouri, Marie Abboud, Nassim Farès, Dima Issa, Marie Fawzi Chammas, Joseph Constantine, Lama Matar, Nader Siraj, Salah Zeineddine, Mohammad Talal Mustafa Farran, Hani Moussa Abbas et Ali Abdel Reda Faour. Ces nominations doivent assurer la continuité d’une institution chargée de soutenir la recherche et l’expertise scientifique publique.
L’Autorité de gestion du secteur pétrolier a également été renouvelée. Les noms annoncés sont Jean-Paul Sabbagh, Fawzi Khalifa, Grace Rachid, Caby Daaboul, Wissam el-Dahabi et Wissam Chebat. Cette autorité intervient dans le suivi du dossier des hydrocarbures et des politiques publiques liées à l’exploration. Sa composition est observée de près, car le secteur pétrolier reste associé à des attentes économiques importantes, mais aussi à des exigences de transparence et de gouvernance.
Le gouvernement a en outre approuvé la demande du ministère des Travaux publics et des Transports portant sur le statut fondateur de l’établissement de l’aéroport international de Beyrouth. Cette décision concerne une infrastructure stratégique, à la fois porte d’entrée du pays et élément essentiel pour les déplacements des Libanais de la diaspora, des visiteurs et des acteurs économiques. Elle intervient alors que les autorités disent vouloir renforcer la préparation des administrations aux flux attendus durant l’été.
Déplacés, dégâts et préparation de la reconstruction
Joseph Aoun a demandé aux ministères et services concernés de se préparer à une éventuelle hausse des arrivées, si la stabilité sécuritaire se confirme. Il a lié cette perspective au respect du cessez-le-feu et à la possibilité pour les Libanais expatriés de venir passer une partie de la saison estivale au pays. Il a aussi appelé les services aux postes-frontières aériens, terrestres et maritimes à être pleinement mobilisés pour accompagner ce mouvement.
Le chef de l’État a ouvert la séance par un message adressé aux Libanais, et plus particulièrement aux membres de la communauté chiite, à la veille de la commémoration de l’Achoura. Il a évoqué la figure de l’imam Moussa Sadr et les valeurs de sacrifice, de refus de l’injustice et d’attachement aux principes. Il a ensuite réaffirmé l’attachement de l’État au droit, à l’unité du Liban et à la solidarité entre ses citoyens, présentées comme un élément central de la cohésion nationale.
Le président a aussi insisté sur la nécessité de suivre la situation des déplacés, notamment dans les centres d’hébergement. Il a demandé le lancement d’un recensement des dégâts causés par la récente agression. L’évaluation doit couvrir les logements, les infrastructures, les terres agricoles, le secteur de l’électricité et celui des télécommunications. Cette étape doit préparer de possibles conférences de soutien à la reconstruction, si une volonté internationale de contribution se confirme.
Le gouvernement veut donc disposer de données consolidées avant toute démarche de financement. Le recensement des dommages doit permettre aux ministères concernés de présenter des dossiers précis aux partenaires étrangers. Les autorités cherchent à éviter une approche dispersée, alors que les besoins peuvent varier fortement selon les régions, la nature des infrastructures touchées et la situation des familles déplacées. Aucune enveloppe financière n’a été annoncée à ce stade.
Joseph Aoun a également demandé de poursuivre les procédures de promotion des fonctionnaires de la troisième vers la deuxième catégorie. Il a appelé au lancement rapide d’un cycle préparatoire pour les agents concernés, conformément aux lois et règlements en vigueur. L’objectif déclaré est de moderniser l’administration et de motiver les employés, en particulier les plus compétents, afin que les services publics répondent davantage aux besoins du pays.
Audit judiciaire sur les navires électriques
Nawaf Salam a, de son côté, présenté l’état d’avancement du dossier des navires producteurs d’électricité. Le premier ministre a indiqué que le cahier des charges destiné à mandater une partie spécialisée pour mener un audit judiciaire était désormais finalisé. Il a rappelé qu’un crédit avait été approuvé environ un mois plus tôt à la demande du ministère de l’Énergie afin de préparer ce document.
Le chef du gouvernement a précisé que le cahier des charges comportait deux volets. Le premier est général et peut servir à tout audit judiciaire dans un ministère. Le second porte spécifiquement sur les navires électriques. Nawaf Salam a invité les ministres disposant d’indices de gaspillage dans leurs administrations à utiliser la partie générale du document, si l’ampleur des soupçons justifie une telle procédure. Il a présenté cette démarche comme une étape dans la poursuite des réformes, de la transparence et de la lutte contre la corruption.
Santé, télécommunications et enquêtes en cours
La question sanitaire a été abordée par le ministre de la Santé. Celui-ci a présenté les mesures préventives prises pour éviter l’arrivée du virus Ebola au Liban, après des foyers signalés dans plusieurs pays africains et l’enregistrement d’un premier cas en France. Les mesures concernent notamment l’aéroport, les points de passage et la préparation hospitalière, en coopération avec l’Organisation mondiale de la santé. Le ministre a affirmé qu’aucun cas d’Ebola n’était recensé au Liban. Le chef de l’État a demandé une campagne de sensibilisation en lien avec le ministère de l’Information.
Le ministre des Télécommunications a présenté un point sur l’incendie survenu deux jours plus tôt dans un dépôt relevant du ministère et d’Ogero à Dekwaneh. Il a remercié la Défense civile, les pompiers de Beyrouth, l’armée, les forces de sécurité, les autorités locales et les équipes mobilisées. Il a indiqué que le sinistre avait touché une partie d’un complexe comprenant plusieurs dépôts et sections, mais que les flammes avaient été maîtrisées avant de s’étendre davantage.
Aucune perte humaine n’a été signalée dans cet incendie. Le ministre a souhaité un prompt rétablissement aux pompiers blessés ou éprouvés par l’intervention. Il a aussi annoncé deux démarches parallèles. La première relève d’une enquête interne du ministère et des organismes concernés, destinée à évaluer les dommages, les pertes et les biens touchés. La seconde relève des services de sécurité et de la justice, afin d’établir les causes du sinistre et ses circonstances.
Le ministre des Télécommunications a appelé à ne pas tirer de conclusions avant la fin des investigations. Il a estimé que les interprétations non fondées pourraient nuire au déroulement de l’enquête et à la recherche de la vérité. Il a promis de rendre publics les résultats une fois les procédures achevées. L’objectif annoncé est d’identifier les causes de l’incident et de prendre les mesures nécessaires pour éviter sa répétition.
Questions politiques et dossiers ajournés
Les échanges avec la presse ont aussi porté sur plusieurs points politiques et administratifs. Interrogé sur la proposition de loi relative au service de la patrie, Paul Morcos a répondu qu’elle n’avait pas été approuvée. Il a expliqué que plusieurs ministères avaient présenté des observations ou exprimé leur refus. Sur le dossier de l’électricité de Zahlé, le ministre a évoqué une prolongation liée aux nécessités de continuité du service public.
Une question a également été posée sur d’éventuelles négociations directes avec Israël et sur l’opposition du Hezbollah à une telle perspective. Paul Morcos a indiqué que le résultat des négociations en cours n’avait pas été présenté au Conseil des ministres. Il a ajouté que, le moment venu, la question pourrait être soumise au gouvernement conformément à l’article 52 de la Constitution, qui encadre les prérogatives relatives aux traités et accords internationaux.
La séance a été précédée d’un entretien entre Joseph Aoun et Nawaf Salam. Les deux responsables ont abordé les points inscrits à l’ordre du jour avant l’ouverture des discussions ministérielles. Cette coordination a précédé une réunion dense, mêlant décisions administratives, mesures éducatives, dossiers de gouvernance, suivi sécuritaire et réponses aux urgences humanitaires. Le gouvernement a adopté la plupart des points inscrits à l’agenda, selon le compte rendu présenté par le ministre de l’Information.
Pour les élèves et les familles, la décision sur les examens reste la mesure la plus immédiate. Le ministère de l’Éducation devra désormais publier les modalités opérationnelles, organiser les centres de la session exceptionnelle et clarifier les démarches auprès des établissements. Les universités, les employeurs et les organismes de bourses attendront aussi les documents officiels nécessaires pour traiter les dossiers des élèves concernés par cette année scolaire atypique.
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