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Retrait israélien : Rome échoue, Beyrouth durcit

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La septième ronde de négociations entre le Liban et Israël, tenue à Rome du 4 au 6 août 2026 sous médiation américaine, s’est achevée sans le nouveau retrait israélien que Beyrouth cherchait à obtenir dans le Sud. La délégation libanaise avait proposé que Bint Jbeil ou Khiam servent de prochaine « zone pilote », après l’accord-cadre signé à Washington le 26 juin. Israël n’a accepté ni l’une ni l’autre à ce stade, tout en poursuivant les discussions sur le désarmement du Hezbollah et sur son contrôle par une tierce partie. Pour le président Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam, ce résultat change les conditions de la huitième ronde, annoncée pour le début de septembre. Beyrouth doit désormais obtenir une contrepartie israélienne visible après plusieurs étapes où il a accepté d’élargir la négociation aux armes, au contrôle international et à une méthode de retraits graduels. Cette exigence devient aussi politique, alors que les négociateurs libanais sont contestés et que la polémique entourant Antoun Sehnaoui a ravivé les accusations de proximité avec les réseaux qui ont accompagné les discussions à Washington.

À Rome, les garanties avancent mais pas le retrait

Rome devait permettre de passer de la méthode à l’exécution. Trois semaines plus tôt, la sixième ronde avait fixé les lignes générales des « zones pilotes » : Israël devait évacuer un secteur déterminé, l’armée libanaise y prendre position et un dispositif de vérification confirmer l’absence d’infrastructures militaires du Hezbollah. Le mécanisme devait ensuite être reproduit dans d’autres secteurs. Pour Beyrouth, l’intérêt du dispositif reposait sur cette succession. Chaque garantie supplémentaire accordée à Israël devait conduire à une réduction parallèle de sa présence militaire. Or la réunion d’août a surtout fait progresser le volet demandé par Israël. Les deux parties ont établi une liste restreinte de pays susceptibles de participer à la vérification, tandis qu’aucune nouvelle zone d’évacuation n’a été arrêtée.

Le Liban a également refusé que cette vérification soit confiée à des sociétés privées de sécurité. Beyrouth souhaite qu’elle relève d’États ou d’une structure internationale clairement identifiée. Ce point a permis aux négociateurs d’avancer sur l’architecture du futur contrôle, mais il n’a pas résolu le désaccord principal. Israël veut disposer de garanties avant chaque retrait. Le Liban considère, lui, qu’il ne peut continuer à multiplier les garanties si les évacuations deviennent conditionnelles, lentes ou indéfiniment reportées. La septième ronde a ainsi laissé apparaître un problème qui était moins visible au début des discussions : les obligations demandées à Beyrouth sont progressivement précisées, alors que le calendrier de retrait israélien reste largement dépendant de l’appréciation sécuritaire d’Israël.

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Cette différence se retrouve sur le terrain. Israël maintient une zone militaire à l’intérieur du sud du Liban et continue d’y mener des opérations lorsqu’il affirme détecter une menace du Hezbollah. Pendant les discussions de Rome, la situation s’est encore tendue après la mort de deux soldats israéliens à Majdal Zoun. L’armée israélienne a répondu par des frappes dans plusieurs secteurs du Sud. Les circonstances exactes de l’explosion ayant tué les soldats ont fait l’objet de vérifications, mais l’épisode a rappelé que les négociations se déroulent sous la pression d’opérations militaires toujours actives. Pour les autorités libanaises, demander davantage de garanties tout en conservant des positions et une liberté de frappe réduit la portée du principe de réciprocité sur lequel elles avaient justifié le processus.

Le décalage est particulièrement sensible parce que Beyrouth était venu à Rome avec une demande publique et limitée. Il ne réclamait pas, dans cette ronde, le règlement immédiat de tous les points contestés. Il voulait désigner une nouvelle zone où le mécanisme déjà négocié pourrait être appliqué. Bint Jbeil et Khiam figuraient parmi les options. Le refus israélien de passer à cette étape a donc moins bloqué une négociation globale qu’un dispositif expérimental déjà convenu dans son principe. À Beyrouth, ce résultat alimente l’idée que le système des zones pilotes risque de devenir un moyen de retarder les retraits plutôt qu’un moyen de les organiser.

De Washington à Rome, Beyrouth a élargi ses concessions

Les premières discussions directes avaient pourtant été engagées dans une logique différente. Le 14 avril, l’ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadé Mouawad, avait rencontré à Washington son homologue israélien Yechiel Leiter sous parrainage américain. Ces contacts, les premiers de ce niveau depuis des décennies, avaient une portée politique considérable pour le Liban. Beyrouth réclamait alors un cessez-le-feu, le respect de sa souveraineté et un retrait israélien, tandis qu’Israël plaçait déjà le désarmement du Hezbollah au centre de ses objectifs. La délégation libanaise avait accepté de poursuivre le dialogue malgré cette divergence initiale, en misant sur la capacité de Washington à transformer les discussions en mesures réciproques.

Au fil des rondes, le périmètre s’est élargi. Le Liban a accepté que la question des armes du Hezbollah soit directement liée au règlement territorial. Il a ensuite accepté l’idée d’une vérification extérieure, puis celle d’une mise en œuvre progressive par zones. Le 26 juin, Nada Hamadé Mouawad a signé à Washington, avec Yechiel Leiter, un accord-cadre sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Ce texte a formalisé une séquence associant désarmement, déploiement de l’armée libanaise et retrait progressif israélien. Pour la présidence libanaise, l’accord pouvait être défendu parce qu’il promettait le retour de l’État dans le Sud en même temps que la réduction de la présence israélienne.

La difficulté est apparue rapidement. À la veille du cycle de juin, des responsables israéliens indiquaient déjà que leurs forces pourraient rester durablement dans le sud du Liban. En juillet, les discussions de Rome ont ensuite porté sur les modalités techniques des zones pilotes. Les États-Unis ont qualifié ces réunions de positives et productives. Pourtant, au début d’août, la partie libanaise se retrouve encore à négocier le choix de la deuxième zone. Les progrès existent sur les procédures, mais ils restent plus lents sur le terrain. Après sept rondes, Beyrouth ne peut plus présenter la seule continuité du dialogue comme un résultat suffisant.

Cette accumulation explique le changement de position avant septembre. Durant les premières rondes, le Liban avait intérêt à maintenir la négociation ouverte. L’État sortait d’une nouvelle guerre, son armée devait se redéployer et Washington liait son soutien à une reprise en main du dossier sécuritaire. Refuser les discussions aurait exposé Beyrouth à l’accusation de bloquer une sortie de crise. La délégation a donc accepté de traiter des sujets difficiles, parfois avant d’avoir obtenu l’ensemble des gestes réclamés à Israël. Cette souplesse avait un objectif : créer une dynamique de retraits. L’échec de Rome rend plus coûteuse la poursuite de la même méthode.

Joseph Aoun doit désormais montrer des résultats

La présidence et le gouvernement sont désormais confrontés à une question de crédibilité. Joseph Aoun a fait du monopole des armes et du retour de l’autorité de l’État des axes de son mandat. Nawaf Salam défend également la compétence exclusive des institutions libanaises pour décider de la guerre et de la paix. Ces positions réduisent politiquement l’espace du Hezbollah, mais elles supposent en retour que l’État soit capable d’obtenir la fin de l’occupation israélienne. Si les armes sont retirées d’un secteur sans que l’armée israélienne n’évacue les zones prévues, l’équation devient beaucoup plus difficile à défendre devant une opinion déjà divisée sur les négociations.

Le Hezbollah exploite cette contradiction. Le mouvement affirme que la présence israélienne et les frappes justifient le maintien de ses armes. Le gouvernement répond que l’armée et la diplomatie doivent progressivement remplacer cette logique. Mais cette réponse dépend de résultats mesurables. Chaque retrait israélien renforce l’argument de l’État. Chaque retard permet au Hezbollah d’affirmer que la négociation impose des contraintes au Liban sans supprimer la menace qui sert de justification à son arsenal. En conditionnant le retrait à des garanties toujours plus détaillées, Israël contribue donc à préserver l’un des arguments politiques utilisés par son adversaire libanais.

La pression ne vient pas seulement du Hezbollah. La délégation chargée des pourparlers est elle-même devenue un sujet de débat. Les premières rondes ont été conduites à Washington par Nada Hamadé Mouawad, avant que Simon Karam ne prenne une place centrale dans le dispositif libanais. Le caractère inédit des discussions et leur proximité avec l’administration américaine ont alimenté des interrogations sur les réseaux qui entourent le processus. Ces interrogations ont pris une nouvelle dimension avec la controverse visant le banquier Antoun Sehnaoui à la fin de juillet.

Antoun Sehnaoui, une polémique qui atteint les négociations

Le 27 juillet, Antoun Sehnaoui a participé à Washington à un dîner organisé en mémoire du sénateur américain Lindsey Graham et auquel assistait le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Selon une agence de presse internationale, Sehnaoui et l’ancienne responsable américaine Morgan Ortagus auraient coorganisé la soirée. Vingt avocats libanais ont ensuite saisi le procureur général en accusant le banquier de contacts interdits avec Israël. Un magistrat a donné aux services de sécurité trente jours pour le localiser et l’interroger. La présence de Sehnaoui au dîner a été vérifiée par les autorités libanaises, même si une image particulière diffusée ensuite sur les réseaux sociaux a été identifiée comme un montage généré artificiellement.

Cette affaire rejoint une polémique antérieure concernant l’influence de Sehnaoui à Washington. Le 29 juin, une publication arabe a affirmé que le banquier avait joué un rôle central dans la nomination de Nada Hamadé Mouawad comme ambassadrice du Liban aux États-Unis, ainsi que dans celle de Karim Souaid à la tête de la Banque du Liban. Cette affirmation a ensuite été reprise dans le débat politique et sur les réseaux sociaux. Aucun document officiel rendu public n’établit toutefois la procédure par laquelle Sehnaoui aurait imposé ou obtenu cette nomination. Le fait vérifiable est que Nada Hamadé Mouawad a ensuite été l’une des principales représentantes du Liban dans les premières négociations avec Israël et la signataire libanaise de l’accord-cadre du 26 juin.

La distinction est importante, mais elle ne supprime pas l’effet politique de la controverse. Pour les opposants à la ligne suivie depuis avril, l’enchaînement nourrit le soupçon d’un processus trop dépendant de réseaux établis à Washington : une ambassadrice présentée par une publication comme ayant bénéficié de l’appui de Sehnaoui conduit les premières rondes, puis signe l’accord-cadre ; quelques semaines plus tard, le même Sehnaoui se retrouve au cœur d’une procédure judiciaire après un dîner avec Netanyahu. Ces éléments ne prouvent pas que la délégation libanaise ait négocié selon les intérêts du banquier. Ils suffisent en revanche à rendre politiquement plus risquée toute nouvelle concession qui ne serait pas accompagnée d’un résultat israélien visible.

C’est dans ce contexte que le durcissement de Beyrouth prend sa cohérence. La huitième ronde ne peut plus être abordée comme une nouvelle étape technique où le Liban détaillerait encore les conditions du désarmement et du contrôle sans obtenir de date pour une nouvelle évacuation. La présidence doit protéger la légitimité de sa démarche, le gouvernement doit conserver une majorité politique autour du monopole des armes et les négociateurs doivent pouvoir montrer que leurs discussions produisent autre chose que des obligations supplémentaires. Un retrait de Bint Jbeil, de Khiam ou d’un autre secteur clairement désigné deviendrait alors moins une concession israélienne qu’un test du dispositif conclu en juin.

Israël conserve la maîtrise du calendrier des retraits

La stratégie israélienne reste pourtant inchangée sur son principe. Israël affirme qu’il ne veut pas abandonner des positions avant d’avoir la certitude que le Hezbollah ne pourra pas s’y réinstaller. Il réclame donc des garanties vérifiables et une tierce partie capable de confirmer leur application. Cette exigence a désormais reçu une réponse partielle puisque le Liban a accepté de discuter d’une mission internationale et d’une liste de pays susceptibles d’y participer. La question qui se pose à la huitième ronde est donc plus précise : si le mécanisme de vérification répond aux préoccupations israéliennes, quelle nouvelle justification restera-t-il pour repousser encore le retrait d’une zone pilote ?

Le risque, pour Beyrouth, est que les conditions israéliennes deviennent cumulatives. À chaque étape pourraient s’ajouter de nouvelles demandes portant sur la nature de la force de vérification, ses prérogatives, les armes saisies, les infrastructures détruites ou les modalités de retour des habitants. Pendant ce temps, les positions israéliennes resteraient en place. Un dispositif pensé comme provisoire pourrait alors installer une présence militaire durable sous couvert de négociation. C’est précisément ce que le Liban veut éviter en exigeant désormais un calendrier plus clair et des obligations parallèles.

Washington se retrouve lui aussi placé devant cette contradiction. Depuis avril, l’administration américaine a obtenu de Beyrouth qu’il accepte des discussions directes, qu’il formalise le dossier du désarmement et qu’il envisage un contrôle international. Les États-Unis disposent d’une influence déterminante sur l’armée libanaise et sur le processus politique. Leur capacité à obtenir d’Israël des retraits comparables devient maintenant le principal test de leur médiation. Si la pression américaine porte essentiellement sur le Liban, la huitième ronde risque d’être perçue à Beyrouth comme une négociation déséquilibrée plutôt que comme un échange de garanties.

La question devient d’autant plus pressante que la situation régionale évolue. Israël conserve plusieurs fronts ouverts et le gouvernement de Benjamin Netanyahu se prépare à des échéances politiques intérieures. Dans ce contexte, reporter une décision sur le sud du Liban peut apparaître moins coûteux pour Jérusalem que prendre le risque d’un retrait contesté par une partie de l’opinion israélienne. Pour le Liban, en revanche, chaque report augmente le coût politique de la négociation. Les déplacés attendent des conditions permettant leur retour, l’armée doit justifier l’extension de ses responsabilités et le pouvoir doit répondre aux critiques sur les concessions déjà acceptées.

La huitième ronde s’ouvre sous de nouvelles conditions

Beyrouth dispose de peu de moyens pour modifier seul ce rapport de forces. Il peut cependant relever le seuil des concessions qu’il est prêt à accorder. La huitième ronde devrait ainsi être précédée de demandes plus précises sur la prochaine zone, le calendrier d’évacuation et la cessation des opérations israéliennes dans les secteurs concernés. Le Liban peut aussi exiger que la vérification internationale soit strictement liée à une évacuation correspondante, afin qu’elle ne devienne pas un mécanisme autonome imposant des obligations sans contrepartie territoriale.

Cette nouvelle ligne répond autant à l’échec de Rome qu’aux faiblesses accumulées depuis avril. Les premières négociations avaient été présentées comme une occasion historique de sortir du cycle militaire. Quatre mois plus tard, elles ont produit un accord-cadre et des mécanismes techniques, mais pas encore le retrait supplémentaire que Beyrouth voulait obtenir à la septième ronde. La poursuite des frappes israéliennes, l’absence de calendrier ferme et la possibilité pour Israël de conditionner chaque évacuation à de nouvelles garanties rendent le processus plus difficile à défendre au Liban.

La controverse Sehnaoui ajoute une contrainte supplémentaire. Elle ne permet pas de conclure que les négociateurs libanais auraient agi pour son compte, et aucune preuve publique n’établit une telle relation opérationnelle. Mais l’affirmation publiée sur son rôle dans la nomination de Nada Hamadé Mouawad, combinée à la procédure judiciaire ouverte après son dîner avec Netanyahu, a replacé la question des influences entourant les négociations au centre du débat. Pour éviter que ce soupçon n’affaiblisse davantage le processus, Baabda et le Grand Sérail ont intérêt à imposer une règle simple à la prochaine ronde : toute nouvelle garantie libanaise doit correspondre à une mesure israélienne identifiable.

Le début de septembre constituera donc une échéance plus politique que technique. La liste des États susceptibles de participer à la vérification peut encore être affinée, mais elle ne suffira plus à présenter la réunion comme un succès. Beyrouth attend désormais une réponse sur le terrain. Bint Jbeil et Khiam restent parmi les options avancées pour la prochaine zone pilote. Après l’échec de Rome, la huitième ronde dira si le mécanisme du 26 juin permet effectivement de réduire la présence israélienne ou s’il sert surtout à organiser de nouvelles conditions avant chaque retrait.

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Newsdesk Libnanews
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