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Monsieur le Président de la République, 

Votre Excellence, le Général Michel Aoun, 

Face à la situation de crise que traverse actuellement le Liban, des mesures exceptionnelles doivent être prises. 

En 2017, à votre arrivée au pouvoir, vous avez convoqué les principaux responsables et acteurs économiques et monétaires pour discuter d’un plan de refonte du système avec des discussions déjà concernant CEDRE et le Plan Mc Kinsey puis, il y a quelques mois, vous aviez déclaré l’état d’urgence économique. 

Étaient présents, votre Premier Ministre, le Président de la Chambre, les ministres concernés comme le Ministre des Finances et celui de l’Économie, les représentants des banques avec l’association des banques du Liban, les représentants des industriels, des syndicats et des autres forces vives de la Nation. 

De cette réunion, ont été décidées des mesures dont la population a attendu longtemps les effets, jusqu’à ce qu’elle ne puisse pu supporter les choses. Et pour cause, 1.5 millions de libanais vivent sous le seuil de pauvreté fixé à moins de 6 000 LL par jour et font face quotidiennement à de nombreux tracas, avec des systèmes de racket parallèles organisés, voir même légalisés d’une certaine manière dans certaines régions, dans les secteurs d’électricité ou de l’eau, par exemple mais aussi par rapport à l’air qu’ils respirent qui est désormais pollué mettant en péril leur santé, sans évoquer le taux de chômage. 

Face à cette situation, de nombreuses mères voient leurs enfants partir, construire leur vie à l’étranger au lieu de les voir au Liban et de participer à la vie libanaise. Cette richesse humaine est la principale richesse du Pays des Cèdres et non la richesse pécuniaire construite de manière artificielle à cause de l’endettement de l’État. 

De nombreux politiciens, quant à eux, apparaissent bien portants au niveau financier et s’affichent d’une opulence, mariages grandioses, voitures de luxes, visites dans les hôtels les plus cotés dans le Monde pour ne pas évoquer les richesses qu’ils arborent quotidiennement au Liban même, une attitude au bord de l’effronterie face au désir de la population qui souhaite simplement pouvoir vivre dans la dignité et non à leur dépends par la corruption, cette gangrène qui ravage les administrations publiques. 

Ce ne sont pas les petits fonctionnaires qui sont responsables de la décrédibilisation de la classe politique actuelle où sont présentes des personnes dont on peut s’interroger sur l’origine de leurs fortunes.

Ont-elles été acquises via le vol de fonds publics, via des délits d’initiés, d’informations confidentielles dont ils ont fait usage à leurs bénéfices, des détournements de fonds, via des conflits d’intérêts en mélangeant les casquettes de responsables politiques et d’hommes d’affaires ?  

Il semble difficile de croire qu’un étalage de telles fortunes acquises en si peu de temps dès leur accession à leurs postes de responsabilité soit d’origine légale en regard des difficultés de chacun à survivre. 

En temps normal, la justice aurait le temps d’enquêter mais nous sommes aujourd’hui, quitte à le redire, dans un moment exceptionnel où il convient d’agir rapidement.

Évidemment, face à ces faits, la population ne peut s’interroger sur les origines de ces fortunes qu’elle considère comme douteuse. C’est ainsi que les libanais ont divorcé, par manque de confiance, de la politique durant des années, avant de brutalement se réveiller et d’entamer un mouvement spontané mais qui pourrait à son tour être instrumentalisé par les adversaires du Liban. 

Monsieur le Président de la République,

Il est encore temps pour agir et sauver la situation et ainsi à la fois redorer le blason de la chose politique et aussi de donner un élan qui fera que votre mandat à la tête de ce pays soit considéré comme étant exemplaire. Nous ne souhaitons pas voir le Président Aoun, celui qui était le symbole même de la Souveraineté Nationale, par ses combats, être terni. 

À la fin des années 80, lors de votre mandat de Premier Ministre, vous n’aviez pas hésité à convoquer les responsables de certaines administrations publiques considérées comme étant corrompues et même à interroger ces derniers sur l’origine des fonds ayant permis l’achat de voitures de luxes avec lesquelles ils sont arrivés au Palais Présidentiel, quitte à les faire repartir à pied si nécessaire.

C’est cela qu’il s’agisse de faire aujourd’hui. 

Nous sommes dans une situation exceptionnelle qui réclame des mesures exceptionnelles sorties du cadre légal normal. Le Liban est en danger, comme vous l’avez bien souligné à de nombreuses reprises et notre faiblesse économique et la crise qui en découle pourrait rouvrir la voie aux ingérences étrangères, si cela n’est pas déjà le cas. 

Vos concitoyens n’ont pas le luxe d’attendre le passage à l’année fiscale 2020 et réclament des mesures immédiates. C’est pour cette raison que les manifestations perdurent. 

Vous aviez déclaré l’état d’urgence économique et il s’agit aujourd’hui d’appliquer des mesures immédiates pour la sauvegarde de ce pays.

Plusieurs lignes rouges ont été franchies mais les personnes qui mettaient en avant ce qui allait advenir n’étaient également pas entendues quand elles n’étaient pas attaquées et traitées de tous les noms, alors qu’il était toujours temps d’agir pour un atterrissage en douceur et éviter la crise actuelle. 

Aujourd’hui, des mesures plus dures sont malheureusement nécessaires. 

Il convient de remettre à plat les systèmes qui ont abouti à cet endettement hors-norme, bénéficiant principalement à certaines institutions privées et notamment la politique économique et monétaire. C’est un système de fraude généralisé au détriment de la population d’abord écrasée par la fiscalité et de l’État par son endettement qui a été mis en place durant 25 ans. Tant que les rentrées de devises, attirées par une parité artificiellement maintenue et des taux d’intérêts conséquents, se maintenaient, ce système perdurait. La crise, même si les conditions étaient précédemment réunies pour qu’elle éclate depuis longtemps mais remise par différents subterfuges pour faire l’illusion, a été révélée au grand jour lorsque les rentrées en devise étrangère ont commencé à diminuer. 
Il convient de remettre à plat, l’ensemble du système financier local. Des sacrifices doivent être effectués.

De même, comment aujourd’hui faire confiance dans des institutions qui sont considérées par le peuple comme étant des caisses noires, comme la caisse des déplacées, le Conseil de Développement et de Reconstruction, le Conseil du Sud ? Même la Banque du Liban n’est pas exempte de critiques.
Tant que ces outils et ces hommes seront en place, la confiance du peuple ne peut être instaurée et d’ailleurs nul n’a remis en cause ce système lors des conférences précédentes. Ce système paraissait intouchable et la population en avait, elle aussi, conscience, que des lignes rouges protégeaient des personnalités politiques de haut niveau, contribuant au mécontentement populaire jusqu’à l’explosion.

Mais surtout, il convient de viser les personnes responsables anciens et nouveaux à leurs postes respectifs et que la population est là à savoir que vous constituez notre rempart. 

Lors de votre discours d’investiture, nous aviez fait de la lutte contre la corruption, l’un des axes majeurs sur lequel, le Peuple devra juger votre Mandature. Jusqu’à présent, peu de choses semblent avoir été faites sur ce terrain.

Que les responsables politiques au plus haut niveau, anciens présidents, anciens et actuels premiers ministres, anciens et nouveaux hauts fonctionnaires, responsables de la politique monétaire et économique, des entreprises publiques et même responsables économiques et monétaires fassent l’objet d’un audit, non seulement par rapport à leurs comptes bancaires mais également aux conséquences de leurs décisions sur notre situation. Un audit général de la politique économique et monétaire est chose nécessaire. 
Mais le peuple ne peut attendre aujourd’hui. 

Il convient aussi de passer à l’action dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Accountability, c’est-à-dire à mettre en face de leur responsabilité, quand ils sont ou étaient aux affaires. 

Il convient de présenter déjà des coupables au peuple, des personnes qu’on sait protégées ou qui sont considérées comme telles, comme un ancien Premier Ministre, qui a été mis en cause publiquement par son ancien chef de cabinet, et par un député. D’autres personnes ont également désignées par la vindicte populaire parce qu’ils semblaient jusqu’à présents être intouchables.
Une personne est innocente jusqu’à son jugement. Seule, la Justice a le droit de l’innocenter ou de le déclarer coupable le cas échéant face à ces accusations et n’ont de bénéficier de protections diverses qui instaurent des lignes rouges autour de lui. 

Monsieur le Président de la République, 

Vous aviez toujours été considéré, le long de votre carrière, depuis les combats de Souk el Gharb, jusqu’à l’opération de l’Aube du Jurd, comme la personne qui, dans des circonstances exceptionnelles, sait prendre les décisions qui s’imposent par rapport au moment pour sauver ce pays de l’abîme. 
Vous aviez transformé le système politique, vous nous avez rêvé d’indépendance pendant les jours les plus noirs, vous nous avez fait aimer un pays qu’on n’aimait plus et qu’on pensait devoir quitter, nous avez changé un état d’esprit quand on pensait que tout aller rester tel quel dans ce passé. 

C’est aujourd’hui ce rôle que vous êtes de nouveau amené à jouer. Faites-nous encore aimer ce pays, nous en rendre fier en n’hésitant pas à agir ! 

Respectueusement, 

Francois el Bacha 

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