Je suis à Beyrouth, je suis contre le Safety Check

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Je suis à Beyrouth, je suis contre le Safety Check à Beyrouth comme le demandent certains
 
Il serait toujours ON, on est déjà suffisamment en face de stress et traumatisé par notre quotidien pour qu’en plus on reçoive des notifications, et qu’on s’inquiète d’être sans nouvelles de proches. La vie quotidienne apporte déjà son lot de stress, avec les incidents sécuritaires, les fusillades quotidiennes, les catastrophes sanitaires comme la crise des ordures. Fils de chirurgien de la guerre civile, j’ai fréquenté les urgences d’hôpitaux pour pouvoir voir mon père. Je connais la situation, je connais le sang, son odeur désagréable depuis ma plus tendre enfance. Je connais l’odeur de la poudre, je connais l’attente insurmontable et le stress d’être sans nouvelle de ses proches parce que je l’ai vécu. Heureusement mes proches mêmes touchés dans leurs chairs étaient en vie. Je connais et je suis toujours touché par ses traumatismes de mon enfance. Et pourtant je refuse ce nouvel outil. 
Est-ce réellement un acte de solidarité que de savoir qui est encore manquant sur sa liste d’amis? Est-ce que le réseau social n’a pas trop tendance à prendre le pas sur notre coté social de la vie réelle? Est-ce que commenter sur un profil Facebook n’empêchera-t-il pas de se rendre au chevet de la victime ou encore aux funérailles de cette dernière dans le cas le plus grave. 
 
L’attentat commis à Bourj El-Barajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth, et considéré comme fief du Hezbollah, a fait 43 morts jeudi 12 novembre, n’ait pas déclenché la même réprobation internationale que les attaques commises vingt-quatre heures plus tard à Paris et qui ont fait elles, plus de 129 morts et 200 blessés selon le dernier bilan. Les 2 attaques ont été revendiqués par la même organisation, celle de Daech. Mais nous payons aussi le prix de l’ingérence de la communauté internationale dans les affaires libanaises, cette ingérence qui paralyse nos institutions et qui nous refuse le droit à nous défendre. Je ne suis pas contre montrer ma solidarité avec les victimes et je dénonce plus fort encore l’absence d’un drapeau national libanais sur le profil.
 
On s’en ait passé depuis longtemps, depuis 1975 et on s’en est bien sorti ou du moins relativement bien sorti. Facebook n’existait pas encore. Evidemment les progrès technologiques sont là et présents et il faut se mettre à jour. Evidemment il faut définir les paramètres pour le mettre On ou Off, mais déjà cela ouvre des discussions morbides, comme celles de savoir à partir de quelle gravité faut-il commencer à mettre en place ce service, ou encore combien de morts sont-ils nécessaires? Si ce n’est pas le Liban ferait-on pareil pour la Palestine, la Syrie, l’Irak ou le Yémen ou les connexions internet sont quasi inexistantes et les massacres quasi quotidiens. 
La compassion aussi, est-elle sélective dans un cas, s’il s’agit d’un quartier comme Dahieh comme le suggèrent quelques uns, une minorité, certes mais une minorité raciste qui estime qu’il s’agissait de civils “combattants du Hezbollah”, ou d’un quartier comme Ashrafieh? Ne verrait-on pas plutôt certains être content qu’un tel ou qu’un autre soit mort, à tirer des coups de feu “joyeusement” pour célébrer comme on en a parfois l’habitude?
Peut-être même au pire, les responsables de ces attaques si elles ont échoué à atteindre les cibles réelles  ne pourraient-elles pas décider de recommencer après en avoir été informés “par une notification” sur Facebook.
Et pour nos proches qui ne sont pas sur Facebook? Que feriez-vous? Est-ce que ne pas être membre de Facebook équivaut à dire être citoyen qui ne compte pas?
 
Cette polémique n’a pas lieu d’être, elle ne fait que démontrer que le réseau social n’est pas un réseau social mais abouti à une désacralisation des relations sociales qu’il tend à remplacer. Connaitrons-nous alors aussi des assassinats virtuels?
Pitié, épargniez-nous ces discussions stériles, ce débat qui n’a pas lieu d’être, ce stress supplémentaire qu’on n’a pas à subir… Contrairement à ce qu’on pense quand on voit les fêtards libanais en boite de nuit après une attaque, nous ne sommes pas tous indifférents, bien au contraire, à la détresse humaine que nous vivons quotidiennement.
 
François el Bacha

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