Le vice-premier ministre Saadeh Chami, membre du gouvernement Mikati III et responsable des négociations avec le Fonds Monétaire International, a reconnu que le Liban et la Banque du Liban sont en faillite, presque deux ans après l’annonce d’un état de défaut de paiement par le gouvernement Hassan Diab.

Cette annonce, effectuée lors d’une interview diffusée par la chaine de télévision Al Jadeed, alors que désormais se posent des interrogations concernant la répartition des importantes pertes financières du secteur bancaire. À ce sujet, Saadeh Chami estime que “la répartition des pertes sera imputée aux acteurs concernés, à savoir l’État, la BDL, les banques et les citoyens”, alors que les informations qui ont fuité à ce sujet indiquaient que le FMI a refusé le projet des autorités libanaises à faire supporter 55% des pertes aux déposants et cela afin d’épargner les actionnaires des banques locales.

Pour l’heure, le déblocage de l’aide internationale est conditionné au résultat des négociations entreprises avec le FMI qui exige que se soient mises en place des réformes nécessaires, les réformes économiques et monétaires notamment. En effet, de nombreuses sources ou encore personnalités impliquées dans le dossier multiplient les déclarations indiquant que la communauté internationale n’accordera “pas de chèque en blanc au Liban”, suite au non-respect par Beyrouth de ses promesses et de son engagement à effectuer les réformes nécessaires à la relance économique déjà lors des conférences Paris I, II et III dans les années 2000.

La crise du secteur bancaire, bien que maquillée par les opérations d’ingénieries financières menées par la Banque du Liban, avait débuté bien plus tôt, en dépit des profits colossaux annoncés par les banques libanaises jusqu’à l’année dernière. En réalité, la Banque du Liban a ainsi reversé près de 16 milliards de dollars entre 2016 et 2018, vidant ainsi une grande partie de ses réserve monétaires en faveur des établissements bancaires.

Sur le plan économique, la crise qui a débuté en 2018 s’est révélée au grand jour durant l’été 2019 avec une pénurie en devises étrangères pourtant nécessaires à l’achat de produits de première nécessité notamment. Cependant, un inversement des flux financiers avait été constaté dès janvier 2019. Cette crise s’est ensuite accentuée suite à l’imposition de manière unilatérale par les banques libanaises d’un contrôle des capitaux, bloquant ainsi l’accès aux comptes.

Par ailleurs, la dégradation des conditions socio-économiques a abouti à de nombreuses manifestations dès octobre 2019, les manifestants dénonçant une classe politique considérée comme corrompue et en exigeant le départ.

Après la démission de l’ancien premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre 2019, un nouveau gouvernement présidé par son successeur Hassan Diab a été constitué le 17 janvier 2020. Dès mars, les autorités libanaises ont annoncé un état de défaut de paiement sur les eurobonds arrivant à maturité. Par ailleurs, le Liban a ouvert les négociations avec le FMI en vue d’obtenir une aide économique d’un montant espéré de 10 milliards de dollars.

Cependant, les négociations, aujourd’hui suspendues, ont rapidement achoppé sur la capacité des autorités libanaises à mener les réformes nécessaires pour le déblocage de l’aide internationale ainsi que sur le dossier du chiffrage des pertes du secteur financier. Les autorités libanaises estiment ainsi que ses pertes atteindraient 241 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 3600 LL/USD, soit 80 milliards de dollars environ, ce que refusent les banques locales via l’association des banques du Liban ou encore la Banque du Liban elle-même.

L’association des banques du Liban a ainsi activé ses relais présents au sein du parlement via la commission parlementaire des finances et du budget. Cette dernière, où sont présents certains actionnaires et représentants de banques locales, n’ont chiffré les pertes financières qu’à 81 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 1507 LL/USD.

Le chiffrage des pertes du secteur bancaire ont été ainsi retardées jusqu’à ce que le gouvernement Mikati III puisse les évaluer à 69 milliards de dollars en novembre voire même 72 milliards de dollars depuis alors que certaines agences de notation estiment qu’elles dépassent désormais les 100 milliards de dollars.

Parallèlement, la situation économique s’est, par ailleurs, encore dégradée avec la détérioration de la valeur de la livre libanaise et la mise en place de différents taux de change : taux de change officiel à 1507 LL/USD, taux de change dit du-marché pour les agents de change ou encore certaines entreprises fixées par la banque du Liban, aujourd’hui à 3900 LL/USD puis de 8 000 LL/USD et taux de change au marché noir, jusqu’à atteindre 35 000 LL/USD en fin d’année 2021.

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1 COMMENTAIRE

  1. ALLELUA ils ont fini par reconnaitre…..
    A quand la suite ??? Récupération d’une grande partie des biens spoliés peut etre??
    Dans combien de temps pour admettre qu’il faut rendre ce qu’on a “emprunté’??
    Dans l’espoir que nous vivrons longtemps pour assister au miracle…..

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