Le Premier ministre Saad Hariri a présenté sa démission pendant la fin de l’écriture de cet article. De proposition en proposition, lui ou un autre finiront par trouver des gens « honnêtes » agréés par ceux qui en seraient des porte-paroles.

Cette démission se comprend. Ce sera une des manières efficaces pour canaliser et noyer le mouvement au fil de mois et d’années d’intégration et de digestion de si ce dernier ne se donnait pour perspectives que de remplacer les anciens représentants par de nouveaux, fussent-ils bien propres.

Le système politique libanais fonctionne selon les principes d’une démocratie consensuelle, nommée par certains chercheurs et maintenant des législateurs consociativisme ou consociationalisme. Ce système existe dans un certain nombre de pays comme la Belgique ou la Hollande. Plus spécifiquement, ce système consensuel au Liban est organisé autour des communautés confessionnelles. Il en garantit l’existence et la pérennité, atout particulièrement appréciable, notamment dans une région en proie aux secousses régulières et meurtrières léguées par les accords de partage et de soumission imposées par les colonialismes français et britannique au cours de la première guerre mondiale. Tous les pays de cette région meurtrie en paient toujours, un siècle plus tard,  régulièrement le tribut.

Ce système consociatif, que je préfère nommer plus simplement et droit au but par sa spécificité, démocratie confessionnelle, arrive à bout de souffle avec une crise qui n’en finit pas de produire des convulsions régulières, appelant à sa contestation de plus en plus ferme.

Cette crise se conjugue avec un néolibéralisme arrivé à son tour à bout de souffle et qui se voit très sérieusement contesté dans de nombreux pays de tous les continents. Les paillettes, les lampions qu’offrait le néolibéralisme ne sont plus suffisamment attrayantes pour continuer à anesthésier des populations meurtries par l’explosion des inégalités sociales et les ravages des privations de toutes sortes.

Le masque tombe et comme toujours dans ces cas, il ne reste plus,  au néolibéralisme, que la contrainte intelligente, la répression et la guerre pour tenter de perdurer à tout prix, et à n’importe quel prix.

En face, des populations qui se mobilisent, loin de toute expérience politique, loin des intellectuels qui ont déserté leur rôle pour se mettre au service du Prince, loin de toute perspective politique fiable, obligées alors de se former sur le tas, susciter et développer une intelligence collective, rallier progressivement quelques intellectuels à leur cause pour les aider à parfaire leur formation et forger de nouveaux leaders, mettre en place de nouvelles perspectives appuyées sur des structures fiables et solides. Cela est une voie qui se fraie son chemin dans un parcours bien accidenté, et c’est une voie longue qui demande persévérance, perspicacité et lente maturation.

Une autre voie chemine aussi, jamais loin, jamais totalement séparée, c’est la colère inaboutie qui se transforme en rage, portant en elle la violence et l’aveuglement. Portant en elle les fissures psychologiques les rendant perméables à la stratégie qui consiste à lancer des fake news et à mettre de l’huile sur le feu dont usent largement les provocateurs et les pêcheurs en eaux troubles, orientant ainsi cette révolte vers un autre but que la nature de son objet initial.

Dans l’une et l’autre voie, la contestation des méfaits de l’ultralibéralisme sera l’objet de manipulations systématiques des tenants de cet ordre.

Cesser de prêter la plus grande écoute à cette contestation, sa maturation et ses exigences serait prêter le flanc et faire le jeu de la contre révolution ultralibérale, ouvrant ainsi le flanc à des aventures douloureuses. On en a vu les conséquences en Syrie où le mouvement de mobilisation démocratique a été manipulé et orienté vers la guerre civile.

Éléments de perspectives

Mais cette dérive, pour autant qu’elle doit être prise en compte, n’est pas la seule possible.

On a vu par ailleurs en Europe, notamment en Espagne et en Grèce, les expressions politiques de ce type de mobilisation que sont Podemos et Tsipras se faire progressivement digérer par le système qu’ils contestaient radicalement.

Plutôt que de chercher à mettre des représentants nouveaux à la place de ceux qui sont ou seraient pourris, il serait bien plus judicieux d’imposer et de faire adopter des lois sans équivoque et sans restrictions qui permettent à des ONG, pour autant qu’elles soient financées en toute transparence uniquement par des citoyens libanais, de

– contrôler et assurer le suivi de la mise en application de celles-ci

– exiger un moratoire sur la dette publique par voie référendaire à l’instar de ce qu’à réalisé l’Islande après la crise de 2008 et le jugement de tous ceux qui ont trempé dans l’utilisation frauduleuse de ces emprunts, représentants politiques comme chefs d’entreprises qui ont servi à blanchir ces rapines

– imposer la transparence des marchés publics dès l’émission de l’appel d’offres, de les contester, voire faire appel à la justice pour les faire annuler si nécessaire  

– mettre en place à différents niveaux des formations sur des sujets politiques, économiques, sociétaux afin que les personnes intéressées puissent exercer véritablement leur statut de citoyen et non être obligées de déléguer ce statut à des représentants soit disant qualifiés qui, quelque soit leur bonne foi, finiront par les exproprier totalement, ne leur accordant, o pure générosité, que quelques prébendes de temps en temps… Et le bienheureux citoyen, tout sourire de reconnaissance, de se fondre en courbettes face à une telle magnanimité.!

Un tel processus permettrait de construire progressivement les fondements d’un véritable contre pouvoir civil, non confessionnel ou des citoyens de différentes communautés, groupes sociaux, moyens économiques, niveaux d’instruction apprendront à cohabiter et co-construire des projets et les mettre en œuvre.

Les représentants au pouvoir, pourris ou non pourris, ayant conscience qu’ils travaillent sous le contrôle de citoyens avertis, qu’ils sont susceptibles d’être révoqués, attaqués en justice, sanctionnés, voire emprisonnés, auront alors, bon gré mal gré, à cœur de faire le travail pour lequel ils ont été délégués, correctement et efficacement. Et la plupart d’entre eux ne demanderaient pas mieux que de faire enfin honnêtement leur travail.

Scandre Hachem

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