Alors que la polémique concernant la question du retour des réfugiés syriens démontrent le fossé qui s’élargit au sein de la classe politique libanaise malgré la relative union nationale qui s’est déroulée à la faveur de la crise économique précédant la mise en place du gouvernement Hariri III, la Présidence de la République souligne que la conférence dite de Bruxelles III vise, non pas à permettre ce retour, mais à prolonger le séjour des réfugiés au Pays des Cèdres.

Le Premier Ministre Saad Hariri semblait de son côté quelque peu gêné dans ses propos, quand il soulignait que des 2.7 milliards promis au Liban lors de la Conférence Bruxelles II, seuls 1.2 milliards avaient été réellement versés. La communauté internationale semble en effet ne pas respecter ses engagements quand on en demande beaucoup au Liban et à sa population.

Cela intervient alors que plus de la moitié des habitants du Liban – nombreux sont les libanais qui résident, travaillent ou étudient à l’étranger – sont des réfugiés. Certaines sources évoquent jusqu’à plus de 2.2 millions des victimes des conflits régionaux, conflit entre Palestiniens et Israéliens depuis 1948 et guerre civile syrienne depuis 2011, soit peut-être plus de 60% à 65% de la population résidente au Liban.

Certains, de mauvaise fois, estiment qu’en regard des périodes conflictuelles précédentes avec la Syrie, c’est-à-dire pour nommer un chat un chat, la guerre civile libanaise où s’était impliquée Damas et l’occupation syrienne qui s’est achevée en avril 2005, il ne faille pas discuter ou coordonner le retour de ces réfugiés en Syrie. Pourtant comme le soulignait déjà le Ministre des AF, des relations diplomatiques avec échanges d’ambassadeurs existent.

Ils se trompent donc lourdement. Ils ne préemptent pas les dangers qui viennent en face de nous sous le prétexte fallacieux du passé. Ils se font instrumentaliser pour en réalité changer le visage du Liban en un pays qui n’est pas le notre.

Le Liban n’en peut plus en effet d’assumer un fardeau qui le dépasse. Il faut faire preuve de réalisme, notamment en rapport avec notre situation économique et oublier la démagogie.

Quelques chiffres suffisent à montrer l’ampleur du désastre. Chaque année, 30 000 nouveaux diplômés quittent le Liban faute de trouver un emploi dans leur pays, faisant ainsi profiter de leurs expertises des puissances étrangères au détriment du leur. Le taux de chômage – officieusement à défaut de chiffres officiels depuis une quinzaine d’années – atteindrait 43% avait indiqué en novembre dernier la Présidence de la République elle-même. La présence des réfugiés syriens privent non pas seulement les foyers mais les entreprises donc impactent également l’emploi – de 6 heures d’électricité quotidiennement dont on aurait besoin pour relancer notre économique.

Face à ces libanais, les réfugiés syriens sont dans leur grande majorité, non pas des réfugiés politiques mais des réfugiés économiques qui profitent ainsi d’un salaire plus élevé au Liban et de l’aide des différentes ONG et organismes officiels internationaux. Pourquoi retourner dans leurs pays tant que cette aide leur ait accordée.

Déjà, lors de la conférence d’aide au Liban CEDRE d’avril 2018, nombreux sont les observateurs et analystes économiques – y compris dans les institutions économiques même de l’Etat qui l’avouaient en catimini, démentant ainsi le discours officiel – qui soulignaient que cette aide nécessitait non pas une main d’œuvre libanaise mais une main d’œuvre sous qualifiée, probablement issue de la communauté des réfugiés syriens.

Par conséquent, cela semble confirmer en fin de compte un secret de polichinelle, celui de l’implantation en quelque sorte de ces réfugiés au Pays des Cèdres ou du moins leurs séjours à plus long terme et à plus long terme mettre en place des infrastructures pouvant être utilisées dans le cadre de la reconstruction de la Syrie, avec l’aéroport de Kleiyat, un projet de chemins de fer entre Tripoli et la frontière syrienne et son port.

Quand il s’agit d’argent, nulle place à tout le monde est de la même religion

Voltaire

Sauf les libanais qui continent à polémiquer et à se faire instrumentaliser au détriment de leurs propres intérêts

Mais il fallait aussi interdire aux entreprises libanaises de participer à cette reconstruction pour laisser le peu de place laissée par les Russes et les Chinois aux Saoudiens, Koweïtiens et autre Émirats qui eux n’hésitent pas à rouvrir leurs représentations diplomatiques à Damas, tout en estimant nécessaire que le Liban ne discute pas du retour de ces réfugiés avec le régime syrien.

Ces pays peuvent en effet craindre la place que pourrait prendre les entreprises libanaises sur le marché syrien. Il ne s’agit en fin de compte que notre hinterland économique qui pourrait également permettre de ne plus faire en sorte que le savoir-faire de nos diplômés puisse servir à leurs économies et desservir à la notre. Il faudrait peut-être préférer que les Libanais travaillent au Liban en leur offrant ces opportunités économiques au lieu qu’ils aillent à l’étranger.

Peut-être également que certains insistent à garder ces réfugiés déjà pour bénéficier des 11 milliards de dollars promis lors de la conférence CEDRE. Peut-être peut-on même entendre le Premier Ministre suggérer indirectement cela dans ses propos tenus lors de cette conférence de Bruxelles.

Peut-être effectivement, il faudra un jour qu’on puisse faire face aux différents historiques passés entre le Liban et la Syrie et on sait combien il est par exemple important de régler la question des 6 000 disparus aux mains des troupes syriennes et de leurs alliés libanais – qui, pour certains dénoncent paradoxalement aujourd’hui toute discussion avec Damas – sur un total de 17 000 – de la guerre civile.

Pour autant, ceux-là même oublient que Assad Fils n’est pas Assad Père et paradoxalement au début de la guerre civile syrienne. Certains étaient même alliés à la vielle garde qui était responsable de ces actes ignobles. Auraient-ils par exemple oublié le rôle de Khaddam – qu’ils soutenaient au début de la guerre civile syrienne – décrit comme étant le « vice-roi du Liban » par une partie de la presse internationale aux mauvaises heures de l’occupation syrienne?

Mais encore faudrait-il déjà régler des problèmes plus proches de nous aussi pour permettre au Liban de toujours exister comme par exemple la présence de ces réfugiés syriens qui changent les équilibres démographiques et politiques du Liban, tout comme la présence palestinienne les avaient changé aboutissant à la guerre civile de 1975.

Il ne s’agit pas d’avoir un combat d’arrière-garde ou de règlements politiques à basse échelle mais d’œuvre aussi par conséquent pour les intérêts du Liban. La générosité a des limites et nos actes doivent être effectués en fonction de nos intérêts et de notre avenir.

Ce retour des réfugiés syriens est donc nécessaire quelques soient les conditions pour permettre la survie du Liban ou alors que d’autres pays en assument la charge. Le Liban, ses infrastructures, son économie, sa population n’en peuvent plus. Le cas échéant, autant qu’il soit alors organisé pour le meilleur et non pour notre pire.

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1 COMMENTAIRE

  1. Profiter d un pays pour reconstruire son économie tel les coupables et les victimes. La syrie et son frère le Liban. C est à dire utiliser les victimes afin de se rendre coupable et de véhiculer la richesse de pays en pays afin de gérer des crises au nom de la pauvreté et du malheur d autrui.
    Oui, les droits de l homme chez les fusillés c est comme les droits de l homme au nom de la liberté de s enrichir par désir de dire haut et fort notre dignité humaine.

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