L’église grecque-catholique melkite au Liban est une branche de l’Église catholique orientale qui suit le rite byzantin. Elle représente la deuxième plus grande communauté chrétienne du pays après les maronites, avec environ 425 000 fidèles au Liban en 2009, soit près de 10 % de la population chrétienne libanaise, et un total mondial d’environ 1,6 million de membres en 2023. Elle joue un rôle pivotal dans la vie religieuse, sociale et politique du Liban, en raison de son héritage historique remontant aux premiers chrétiens d’Antioche, et de sa position unique de pont entre les traditions chrétiennes orientales et occidentales. Fondée sur une identité arabe et byzantine, elle a influencé la formation de l’État libanais moderne, notamment en plaidant pour l’inclusion des régions chrétiennes lors de la création du Grand Liban en 1920.
Les origines de l’église Melkite au Liban
Les racines de l’église melkite remontent aux premiers siècles du christianisme, au sein du patriarcat d’Antioche, traditionnellement fondé par les apôtres Pierre et Paul au Ier siècle après J.-C., où les disciples furent appelés « chrétiens » pour la première fois selon les Actes des Apôtres (11:26). Le terme « melkite » dérive du syriaque et de l’arabe « malka », signifiant « roi » ou « empereur », et fut initialement utilisé au Ve siècle pour désigner les chrétiens loyaux à l’empereur byzantin qui acceptèrent les décisions du concile de Chalcédoine en 451, affirmant la double nature du Christ (divine et humaine), par opposition aux monophysites qui insistaient sur une nature unique. Cette distinction émergea dans les patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, où les melkites formaient une minorité fidèle à l’orthodoxie impériale, souvent en conflit avec les majorités monophysites en Égypte et en Syrie.
Au Liban, les communautés melkites étaient présentes dès l’Antiquité tardive, intégrées dans la province romaine de Syrie-Phénicie. La conquête arabe en 636, suite à la bataille de Yarmouk, marqua un tournant majeur : les melkites arabophones s’intégrèrent dans une société islamique naissante, préservant leur rite byzantin et leur langue grecque liturgique, qui fut progressivement arabisée à partir du VIIIe siècle pour mieux s’adapter à la population locale. Influencés par les traditions ghassanides, une tribu arabe chrétienne alliée à Byzance au VIe siècle, les melkites maintinrent une identité arabe chrétienne, servant de lien culturel entre l’Empire byzantin et les califats arabes. Des figures comme saint Jean Damascène (675-749), un théologien melkite de Damas, défendirent la foi contre l’iconoclasme byzantin et l’islam naissant, influençant profondément la théologie melkite.
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L’église Melkite au Liban pendant l’Antiquité
L’église melkite, connue comme l’église grecque-catholique melkite, émergea au Moyen-Orient, particulièrement au Liban et en Syrie, dès les premiers siècles. Elle joua un rôle clé dans la diffusion du christianisme, avec Antioche comme centre apostolique majeur. Les premiers missionnaires, comme saint Paul lors de ses voyages (vers 45-58 apr. J.-C.), propagèrent la foi, adaptant traditions et liturgies locales, y compris l’utilisation de l’araméen et du grec. Au IIe siècle, des communautés s’établirent dans des villes phéniciennes comme Tyr et Sidon, mentionnées dans les Évangiles (Matthieu 15:21-28), où Jésus guérit la fille d’une femme cananéenne.
Influencée par les écoles théologiques d’Antioche (approche historique et littérale de la Bible) et d’Alexandrie (interprétation allégorique), l’église adopta la liturgie de saint Jean Chrysostome (347-407), originaire d’Antioche, qui devint la norme byzantine, et intégra des éléments alexandrins dans sa christologie. Au Ve siècle, les melkites défendirent l’orthodoxie chalcedonienne contre les hérésies arianes et nestoriennes, renforçant leur identité byzantine lors des conciles comme celui de Nicée (325) et Constantinople (381). Au Liban, des monastères comme celui de Saint-Sauveur près de Saïda devinrent des centres d’apprentissage, préservant des manuscrits théologiques et favorisant l’arabisation progressive de la liturgie sous les Omeyyades (661-750). Malgré les persécutions sporadiques sous les califes, les melkites bénéficiaient souvent du statut de dhimmi, payant la jizya pour pratiquer leur foi.
L’influence de l’église Melkite au Liban pendant l’ère byzantine
Sous l’Empire byzantin (IVe-Xe siècles), l’église melkite prospéra au Liban, reconnue comme église officielle et alignée sur Constantinople. Les évêques participèrent aux conciles œcuméniques, contribuant à la doctrine trinitaire et christologique. Antioche devint un centre théologique majeur, avec des figures comme saint Jean Chrysostome et Théodore de Mopsueste (350-428) développant une exégèse biblique influente. La reconquête byzantine d’Antioche en 969 par Jean Ier Tzimiskès renforça les liens impériaux, mais isola les melkites après la conquête arabe de 636, les plaçant sous domination islamique tout en maintenant leur autonomie religieuse sous les califes omeyyades et abbassides.
Au Liban, les melkites développèrent des réseaux monastiques, comme à Qannoubine dans la vallée de Qadisha, qui servaient de refuges spirituels et culturels. L’empereur Justinien Ier (527-565) promut la construction d’églises, comme celle de Saint-Élie à Zahlé, renforçant l’influence byzantine. Cependant, les controverses iconoclastes (726-843) divisèrent la communauté, avec des melkites comme saint Jean Damascène défendant les icônes depuis le monastère de Mar Saba en Palestine, influençant le Liban voisin. Les melkites arabes jouèrent un rôle dans la traduction de textes grecs en arabe, contribuant à la renaissance intellectuelle sous les Abbassides.
Les défis de l’église Melkite au Liban pendant la période des Croisades
Les Croisades (1095-1291) furent une période hostile pour les melkites au Liban. Les croisés latins, arrivés en 1098 à Antioche, imposèrent un patriarcat latin, exilant les hiérarques melkites à Constantinople et persécutant les chrétiens orientaux considérés comme schismatiques. Au Liban, dans les comtés de Tripoli et d’Antioche, les melkites durent naviguer entre loyauté byzantine et pression latine, préservant leur rite malgré les tentatives de latinisation par les ordres militaires comme les Templiers. Cela approfondit les tensions Est-Ouest, culminant dans le sac de Constantinople en 1204 lors de la quatrième croisade, qui aliéna davantage les melkites.
Des événements comme la prise de Tripoli en 1109 par Raymond de Saint-Gilles forcèrent les melkites à coexister avec les Francs, souvent en subissant des taxes et des conversions forcées. Cependant, certains melkites collaborèrent, comme le patriarche Euthyme II (1182), qui confirma l’union avec Rome sous influence croisée, bien que temporaire. Les melkites trouvèrent refuge dans les montagnes libanaises, préservant leur identité face aux invasions mameloukes qui mirent fin aux États croisés en 1291. Cette ère renforça leur résilience, mais réduisit leur nombre en raison des massacres et des migrations.
L’église Melkite au Liban pendant la domination ottomane
Sous l’Empire ottoman (1516-1918), l’église melkite fut reconnue comme un « millet » distinct en 1848, accordant une autonomie religieuse et judiciaire sous le patriarche Maximos III Mazloum (1833-1855), qui obtint le titre patriarcal de Rome en 1838. Cependant, des restrictions et discriminations persistèrent, avec des persécutions initiales jusqu’au XVIIe siècle, incluant des taxes élevées et des interdictions de cloches d’église. Le schisme de 1724 divisa l’église antiochienne : Cyrille VI Tanas, élu patriarche pro-Rome, mena les catholiques au Liban pour fuir les persécutions ottomanes et orthodoxes, reconnu par le pape Benoît XIII en 1729.
Au Liban, des communautés s’établirent à Zahlé, qui devint un centre melkite au XVIIIe siècle grâce aux missionnaires jésuites et capucins favorisant les conversions dans les villes côtières comme Beyrouth et Sidon. Euthymios Saifi, métropolite de Tyr et Sidon (1683-1723), réforma la liturgie et fonda l’Ordre du Saint-Sauveur, renforçant l’union avec Rome. Les réformes tanzimat (1839-1876) améliorèrent la situation, permettant l’expansion d’écoles et d’hôpitaux melkites, comme le collège patriarcal de Beyrouth en 1865. Des conflits sectaires, comme les massacres de 1860 à Damas et au Mont-Liban, affectèrent les melkites, tuant des milliers et forçant des migrations vers Zahlé. Grégoire II Youssef (1864-1897) promut l’éducation et s’opposa à l’infaillibilité papale absolue au concile Vatican I (1870).
L’église Melkite au Liban pendant la période coloniale française
Sous le mandat français (1920-1943), l’église bénéficia de protection, favorisant son développement et son influence politique. Les missionnaires français influencèrent l’éducation et la théologie, mais l’église résista à la latinisation, préservant son rite byzantin. Le patriarche Cyrille IX Moghabghab (1925-1947) renforça les institutions, malgré des tensions internes avec le séminaire Sainte-Anne à Jérusalem, et participa à la délégation pour la création du Grand Liban en 1920, plaidant pour un État incluant les régions melkites comme Zahlé et la Békaa. L’archevêché de Beyrouth et Byblos fut élevé en 1881, devenant un centre administratif clé.
Les Français favorisèrent les melkites en accordant des subventions pour des écoles, comme l’Institut patriarcal de Damas transféré à Beyrouth en 1930, et en protégeant les minorités chrétiennes face aux tensions avec les musulmans et druzes. Cependant, des défis surgirent avec la révolte druze de 1925, qui endommagea des églises melkites dans le sud du Liban. Les melkites contribuèrent à l’indépendance en 1943, avec des figures comme l’évêque de Zahlé soutenant le pacte national confessionnel, qui reserva des sièges parlementaires aux melkites. Cette période vit une croissance démographique, avec des melkites migrant vers Beyrouth pour des opportunités économiques.
L’église Melkite au Liban pendant la guerre civile libanaise
La guerre civile (1975-1990) dévasta l’église melkite : villages détruits, églises endommagées, et exodes massifs vers l’étranger, réduisant la population chrétienne de moitié dans certaines régions. Des événements comme le siège de Zahlé en 1981 par les forces syriennes causèrent des centaines de morts melkites et la destruction de quartiers chrétiens. Malgré cela, elle promut la réconciliation interconfessionnelle, avec des initiatives œcuméniques comme des rencontres entre patriarches melkites et orthodoxes. Le patriarche Maximos V Hakim (1967-2000) appela à la paix lors de synodes et soutint les réfugiés via des organisations caritatives, distribuant aide humanitaire dans les camps.
Les melkites furent impliqués dans des alliances politiques, comme avec les Forces libanaises chrétiennes, mais plaidèrent pour le dialogue, organisant des conférences interreligieuses à Bkerké en 1983. Post-guerre, l’église reconstruisit des sites comme la cathédrale Saint-Élie à Zahlé, endommagée en 1982, et promut l’éducation pour retenir les jeunes. Les accords de Taëf (1989) renforcèrent le système confessionnel, accordant aux melkites des postes clés au parlement.
Les changements et les réformes de l’église Melkite au Liban au XXe siècle
Au XXe siècle, des réformes modernisèrent l’église melkite. Grégoire II Youssef (1864-1897) fonda des collèges à Beyrouth (1865) et Damas (1875), rouvrit le séminaire d’Ain Traz (1866), et adopta le calendrier grégorien en 1857 pour aligner avec Rome. À Vatican I (1869-1870), il défendit les droits des patriarches orientaux contre la centralisation romaine. Maximos IV Sayegh (1947-1967) fut une figure clé à Vatican II (1962-1965), défendant les traditions orientales, rejetant la latinisation et promouvant l’usage des langues vernaculaires dans la liturgie.
Au Liban, l’église promut l’éducation via des écoles comme celle de Zahlé, éduquant des milliers d’élèves, et le développement social avec des hôpitaux et orphelinats. Les initiatives œcuméniques inclurent le dialogue avec les orthodoxes antiochiens, culminant dans l’initiative Zoghby (1995) pour une double communion. Sous Grégoire III Laham (2000-2017), l’église s’engagea dans l’aide aux réfugiés syriens dès 2011, distribuant nourriture et soins médicaux. Les réformes post-Vatican II arabisèrent davantage la liturgie, rendant les services plus accessibles.
L’église Melkite au Liban aujourd’hui : défis et opportunités
Aujourd’hui, l’église melkite affronte l’émigration massive des jeunes due aux crises économiques, politiques et sécuritaires, avec plus de 200 000 Libanais chrétiens partis depuis 2019, réduisant la communauté à moins de 300 000 au Liban en 2023. La baisse démographique est exacerbée par la concurrence sectaire et la sécularisation, avec une moyenne d’âge croissante parmi les fidèles. Cependant, des opportunités émergent : rôle dans la paix post-explosion de Beyrouth (2020), où l’église distribua aide à 50 000 familles via Caritas. Sous le patriarche Youssef Absi (depuis 2017), des initiatives numériques comme des messes en ligne attirent les jeunes, et des partenariats œcuméniques avec les maronites renforcent l’unité chrétienne.
L’église gère des défis comme la corruption politique affectant les subventions aux écoles melkites, qui éduquent 20 % des élèves chrétiens libanais. Opportunités incluent le tourisme religieux, avec la restauration de sites comme le monastère de Saint-Sauveur, et le dialogue interreligieux avec les musulmans chiites et sunnites via des forums annuels à Beyrouth.
L’importance de l’église Melkite au Liban dans le contexte régional
L’église melkite sert de pont entre catholiques et orthodoxes, participant à des dialogues comme l’initiative Zoghby (1995) pour une double communion avec l’Église orthodoxe d’Antioche. Au Liban, elle influence la politique confessionnelle, avec 8 sièges réservés au parlement pour les grecques-catholiques en 2022. Régionalement, elle maintient des liens avec la Syrie (siège patriarcal à Damas), la Palestine et la Jordanie, favorisant la réconciliation dans un contexte de tensions, comme l’aide aux chrétiens persécutés en Syrie depuis 2011. Des archevêchés comme celui de Tyr (fondé en 1683) supervisent des communautés transfrontalières, promouvant la paix via des conférences interreligieuses à Amman et Jérusalem. L’église joue un rôle dans la diaspora, avec des églises en Europe et Amérique soutenant les réfugiés libanais.


