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Cisjordanie : les colons défient l’État israélien

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En Cisjordanie occupée, le rapport de force entre l’État israélien et les colons les plus radicaux est devenu visible jusque dans les opérations de l’armée. À Qusra, au sud de Naplouse, quelques dizaines de militants ont réussi cette semaine à maintenir pendant plusieurs jours le siège de maisons palestiniennes, malgré des tentatives de dispersion par les forces israéliennes. L’épisode, spectaculaire par l’impuissance affichée de l’appareil sécuritaire, intervient alors que les implantations et avant-postes se multiplient, que des compétences administratives ont été transférées à des responsables issus du mouvement de colonisation et que les violences contre les Palestiniens atteignent des niveaux particulièrement élevés. Le malaise dépasse désormais les adversaires traditionnels de la politique israélienne : Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël et défenseur historique des colonies, a lui-même qualifié les auteurs du siège de Qusra de « terroristes ».

L’incident ne signifie pas que les colons ont littéralement pris le contrôle de la Cisjordanie ou de l’État israélien. L’armée, la police, l’administration militaire et le gouvernement conservent leurs prérogatives. Il révèle cependant une évolution plus profonde : une fraction du mouvement des colons dispose désormais d’un environnement politique suffisamment favorable pour créer des faits accomplis, contester ouvertement les forces de sécurité et pousser l’État à adapter ensuite ses décisions à une réalité imposée sur le terrain. Cette dynamique est renforcée par la présence, au sommet du gouvernement de Benjamin Netanyahu, de responsables qui partagent une partie de leurs objectifs territoriaux et rejettent la création d’un État palestinien.

À Qusra, quelques colons mettent l’armée en échec

Le point de départ de la crise actuelle se trouve sur les hauteurs de Qusra, village palestinien situé au sud de Naplouse. Au début de la semaine, des colons israéliens ont installé des tentes à proximité immédiate de trois maisons palestiniennes isolées. Selon les habitants et plusieurs comptes rendus concordants, les accès ont été bloqués, tandis que l’eau et l’électricité ont été coupées. Une quinzaine de Palestiniens, dont des enfants, se sont retrouvés confinés dans les habitations avec des réserves limitées.

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L’armée israélienne a publiquement dénoncé l’installation de l’avant-poste. Elle l’a qualifiée d’illégale et d’inacceptable, puis a envoyé des militaires et des policiers pour tenter d’évacuer les colons. Mais l’opération a rapidement tourné à la démonstration de faiblesse. Des affrontements ont opposé les forces de sécurité aux militants, des gaz lacrymogènes ont été utilisés et une partie de l’installation a été démontée. Les soldats se sont ensuite retirés sans parvenir à empêcher durablement le retour des colons.

La scène a pris une dimension politique lorsqu’après le départ des forces, des militants ont de nouveau tenté de s’approcher des maisons palestiniennes. Des images diffusées au cours de la semaine ont aussi montré des hommes portant des tenues militaires participant à une prière avec les colons dans l’avant-poste. L’armée a annoncé des mesures disciplinaires contre les personnels impliqués. Cet épisode a nourri les interrogations sur la frontière, parfois brouillée en Cisjordanie, entre militaires en service, réservistes, habitants des colonies et militants armés.

Jeudi 13 août, l’armée a renforcé sa présence dans le secteur et démantelé des installations présentées comme illégales. Mais son intervention a produit un paradoxe : alors que les forces de sécurité affirmaient vouloir protéger les familles palestiniennes, des soldats ont pris position dans plusieurs maisons et des habitants ont reçu l’ordre de se regrouper ou de quitter temporairement certaines habitations. Autrement dit, l’incapacité initiale à éloigner durablement les assaillants a conduit à imposer de nouvelles contraintes aux Palestiniens que l’opération était censée protéger.

C’est cette inversion qui donne à Qusra sa portée symbolique. Une poignée de militants a réussi à provoquer une mobilisation de l’armée, à résister à une première tentative d’évacuation et à modifier le quotidien de tout un secteur. Pour les opposants israéliens à la colonisation, l’épisode illustre une situation dans laquelle les colons extrémistes ne se contentent plus de défier les Palestiniens : ils testent aussi la capacité de l’État à leur imposer ses propres décisions.

Des avant-postes illégaux devenus un instrument politique

La différence entre colonies reconnues par Israël et avant-postes non autorisés par l’État est essentielle pour comprendre cette évolution. Les premières disposent d’un cadre administratif israélien, même si leur implantation dans le territoire occupé est considérée comme illégale par l’essentiel de la communauté internationale. Les seconds sont construits sans les autorisations requises par le droit israélien lui-même. Ils peuvent commencer par quelques caravanes, une tente, une route sommaire ou une exploitation agricole.

Pendant des années, ces avant-postes ont constitué une méthode de fait accompli. Un petit groupe s’installe sur une colline, crée une présence permanente, réclame une protection militaire, ouvre ou améliore des voies d’accès puis engage une bataille politique pour empêcher l’évacuation. Certains sites restent précaires. D’autres finissent par recevoir des infrastructures, des budgets ou une forme de régularisation. Leur poids réel ne se mesure donc pas seulement au nombre de leurs habitants, mais à leur capacité à modifier durablement l’usage du territoire.

Cette logique apparaît particulièrement efficace dans les zones rurales. L’installation d’un avant-poste ou d’une ferme peut restreindre l’accès des Palestiniens à de larges superficies agricoles ou pastorales bien plus vastes que la parcelle effectivement occupée. Les violences, les menaces, le vol de bétail, les destructions de cultures ou les restrictions d’accès participent, selon les cas documentés par les Nations unies et les organisations de défense des droits humains, à une pression continue sur des communautés souvent peu nombreuses.

Le résultat est territorial. Plus de 3 200 Palestiniens avaient déjà été déplacés en Cisjordanie depuis le début de 2026 à la date du 10 juillet en raison des attaques de colons et des démolitions liées à l’absence de permis israéliens, selon les données humanitaires des Nations unies. À la fin de juillet, l’organisation estimait que les violences de colons et les restrictions qui leur sont associées étaient devenues l’un des principaux facteurs de déplacement, notamment pour les communautés bédouines et pastorales de la zone C.

La violence des colons change d’échelle

Qusra n’est donc pas un incident isolé. Le village lui-même avait déjà été identifié comme l’un des points les plus exposés aux attaques de colons en 2026. Des maisons, des véhicules, des terres agricoles et une mosquée ont été visés lors d’incidents successifs. Les autorités palestiniennes ont recensé 1 476 attaques de colons depuis le début de l’année, tandis que les Nations unies ont observé une accélération des agressions causant des blessures, des dégâts matériels ou des déplacements.

Les statistiques varient selon les critères utilisés, mais la tendance est convergente. Les services de sécurité israéliens eux-mêmes ont enregistré une hausse des attaques de colons contre des Palestiniens et contre les forces de sécurité. Au premier semestre 2026, le phénomène était devenu suffisamment important pour que des responsables militaires décrivent les avant-postes illégaux comme l’un des principaux défis auxquels l’armée est confrontée en Cisjordanie.

Cette évolution modifie la nature du problème pour l’État israélien. Tant que les violences pouvaient être présentées comme les actes marginaux de quelques militants, elles restaient politiquement séparables du projet de colonisation conduit par le gouvernement. La multiplication des avant-postes, des agressions et des affrontements avec les militaires rend cette distinction plus difficile. Les auteurs de violences restent minoritaires parmi les centaines de milliers d’Israéliens installés en Cisjordanie, mais leurs actes s’inscrivent dans un territoire où l’expansion des implantations bénéficie parallèlement d’un soutien politique officiel.

Le gouvernement israélien continue de distinguer les colons violents du mouvement de colonisation dans son ensemble. Plusieurs responsables affirment que les agressions sont commises par une petite minorité de jeunes extrémistes. Cette distinction existe et doit être conservée. Elle ne répond cependant pas entièrement à la question posée par Qusra : comment une minorité aussi réduite peut-elle revenir plusieurs fois sur un site, défier des soldats et maintenir une pression durable sur des familles sans être rapidement neutralisée ?

Le gouvernement a déplacé le centre de gravité

La réponse se trouve en partie dans la transformation politique de la Cisjordanie depuis le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu à la fin de 2022. La coalition associe le Likoud à des formations nationalistes et religieuses qui défendent ouvertement l’extension de la souveraineté israélienne sur tout ou partie du territoire. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, figure historique du mouvement des colons, a obtenu des compétences majeures touchant à l’administration civile de la Cisjordanie.

Ce transfert de pouvoirs est moins spectaculaire qu’une proclamation formelle d’annexion, mais il a des conséquences très concrètes. Les décisions de planification, la légalisation ou le développement d’implantations, les infrastructures et plusieurs mécanismes administratifs peuvent être orientés par des responsables politiques qui ne considèrent pas la Cisjordanie comme le territoire d’un futur État palestinien, mais comme une partie intégrante de la terre d’Israël.

En février 2026, le cabinet israélien a encore adopté une série de mesures facilitant notamment l’acquisition de terres par des Israéliens et modifiant certaines compétences liées aux zones palestiniennes. En juin, des décisions concernant Hébron ont transféré à des institutions israéliennes des prérogatives de planification auparavant exercées dans un cadre palestinien pour certains secteurs et sites. Les organisations israéliennes opposées à la colonisation y voient les éléments successifs d’une annexion de fait.

Le gouvernement ne cache d’ailleurs pas l’objectif d’expansion. Jeudi, au moment même où l’armée tentait de reprendre le contrôle à Qusra, plusieurs responsables israéliens célébraient ailleurs en Cisjordanie la reconstruction d’une implantation évacuée en 2005. Le ministre de la Défense, Israël Katz, y a proclamé la fin de l’ère des retraits et le début d’une nouvelle phase de construction. Cette simultanéité résume la contradiction à laquelle l’armée est confrontée : elle peut recevoir l’ordre de démanteler un avant-poste précis tout en opérant dans un environnement politique qui encourage une croissance rapide de la présence israélienne dans le territoire.

Quand l’armée protège un projet qu’elle doit parfois contenir

L’armée israélienne se trouve ainsi placée dans une position institutionnelle de plus en plus inconfortable. Sa mission officielle inclut la sécurité dans une grande partie de la Cisjordanie et la protection des civils israéliens. Les implantations, les routes qui les desservent et les déplacements des colons nécessitent une présence militaire importante. Plus la population israélienne et les avant-postes progressent dans des zones dispersées, plus les besoins de sécurisation augmentent.

Dans le même temps, les forces doivent théoriquement intervenir lorsque des Israéliens attaquent des Palestiniens, occupent illégalement des terres ou s’en prennent aux soldats. Cette double fonction crée un conflit pratique. Les mêmes unités peuvent être chargées, à quelques heures d’intervalle, de protéger une implantation, d’escorter des habitants israéliens et d’évacuer des militants issus du même milieu idéologique lorsqu’ils franchissent les limites fixées par les autorités.

La situation est encore compliquée par le poids des réservistes et par la sociologie de certaines unités. Une partie des soldats mobilisés en Cisjordanie vivent eux-mêmes dans des colonies ou sont proches de ce milieu. Cela ne permet pas de généraliser un comportement de complaisance à l’ensemble de l’armée, mais les épisodes où des militaires fraternisent avec des militants alors qu’ils devraient faire respecter un ordre alimentent inévitablement la défiance palestinienne et les critiques internes israéliennes.

À Qusra, la hiérarchie militaire a publiquement condamné le comportement des colons. Pourtant, l’efficacité de l’intervention est devenue elle-même le sujet. L’image d’une armée extrêmement puissante incapable de faire reculer rapidement quelques dizaines de militants israéliens contraste fortement avec les moyens qu’elle déploie lors de ses opérations contre des Palestiniens. C’est cette disproportion qui transforme une confrontation locale en problème politique national.

Washington s’irrite, et cette fois le critique est Mike Huckabee

La réaction la plus révélatrice est venue des États-Unis. Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, a qualifié de criminelles les actions menées contre les familles de Qusra et a employé le mot « terroristes » pour désigner leurs auteurs. Washington a demandé aux autorités israéliennes d’intervenir, notamment parce que l’une des maisons appartient à un Palestino-Américain vivant dans l’Ohio.

Le choix de Huckabee donne à cette condamnation une portée inhabituelle. L’ancien gouverneur républicain de l’Arkansas n’appartient pas à l’aile américaine traditionnellement critique de la colonisation. Chrétien évangélique, défenseur de longue date d’Israël et des implantations juives en Cisjordanie, il a pendant des années contesté le vocabulaire même d’« occupation » et de « colonies ». Depuis sa nomination comme ambassadeur, il a continué d’afficher une proximité idéologique avec les courants israéliens favorables à une présence permanente dans le territoire.

En février 2026 encore, des déclarations de Huckabee sur les droits historiques et bibliques d’Israël avaient déclenché une protestation de plusieurs pays arabes et musulmans. Le diplomate est donc difficilement assimilable à un responsable américain hostile au projet des colons. Lorsqu’un tel acteur qualifie certains d’entre eux de terroristes, le signal envoyé à Jérusalem est d’autant plus sévère.

La critique ne porte pas nécessairement sur la colonisation dans son principe. C’est précisément ce qui la rend intéressante. Huckabee trace une ligne entre son soutien politique aux implantations et des méthodes de coercition violente qu’il juge désormais susceptibles de porter atteinte aux intérêts d’Israël, aux citoyens américains et à la relation avec Washington. Pour une partie du camp pro-israélien aux États-Unis, le problème devient moins seulement moral ou juridique que stratégique : les violences les plus visibles risquent de rendre politiquement indéfendable une politique qu’ils continuent par ailleurs de soutenir.

Les colons radicaux deviennent un problème pour leurs alliés

Cette inquiétude traverse aussi certains milieux pro-israéliens américains qui défendent une solution à deux États. J Street, qui se définit comme pro-Israël, pro-paix et favorable à la diplomatie, alerte depuis longtemps sur le rôle des avant-postes, les attaques contre les Palestiniens et les mesures administratives qui rendent une séparation territoriale plus difficile. Son opposition au mouvement des colons n’est donc pas nouvelle.

Ce qui change en août 2026 est l’élargissement du malaise au-delà de ces cercles. La réaction de Huckabee montre que les violences peuvent désormais provoquer une rupture ponctuelle jusque chez des responsables qui ont historiquement défendu les colonies. Selon la presse israélienne, l’administration américaine a également manifesté une forte irritation face à ce qu’elle perçoit comme une incapacité des autorités israéliennes à empêcher l’anarchie dans certains secteurs de Cisjordanie.

Pour Benjamin Netanyahu, cette évolution est politiquement délicate. Sa coalition dépend de formations pour lesquelles l’expansion en Cisjordanie constitue un objectif central. Mais la relation avec l’administration américaine reste essentielle à Israël. Si les militants les plus radicaux provoquent des incidents impliquant des ressortissants américains ou placent Washington dans la position de dénoncer publiquement des « terroristes » israéliens, ils créent un coût diplomatique pour le gouvernement qu’ils cherchent pourtant à pousser vers davantage d’annexion.

Le paradoxe est là : les colons radicaux bénéficient de l’environnement politique le plus favorable qu’ils aient connu depuis longtemps, mais leurs méthodes peuvent menacer l’acceptabilité internationale des projets plus vastes portés par leurs alliés ministériels. Le pouvoir acquis par leur camp rend donc aussi leurs débordements plus dangereux pour le gouvernement.

Une conquête du territoire plus qu’une prise de pouvoir classique

Dire que « les colons prennent le pouvoir » nécessite ainsi une précision. Ils ne constituent pas un pouvoir autonome capable de commander à l’armée. Ce qui se déroule est plus diffus et, à certains égards, plus efficace. Leur influence s’exerce par la représentation gouvernementale, par les administrations chargées du territoire, par les budgets, par les infrastructures, par les décisions de planification et par une capacité persistante à créer des faits accomplis locaux.

Le processus fonctionne à plusieurs niveaux. Au sommet, des ministres proches du mouvement de colonisation disposent de leviers institutionnels. Sur le terrain, des implantations officielles continuent de s’étendre. À leur périphérie, de petits groupes créent de nouveaux avant-postes et des fermes. Lorsque des Palestiniens quittent un secteur sous la pression de violences répétées ou d’un accès devenu impossible, l’équilibre territorial change avant même qu’une décision juridique définitive ne soit prise.

C’est pourquoi les organisations israéliennes opposées aux colonies parlent de plus en plus d’« annexion de fait » plutôt que d’attendre une annexion formelle votée par la Knesset. Le territoire peut être profondément transformé sans proclamation unique : multiplication des implantations, nouvelles routes, transfert des compétences administratives, restrictions de déplacement et recul progressif de l’espace accessible aux communautés palestiniennes produisent des effets cumulatifs.

L’épisode de Qusra ajoute un élément à cette mécanique : la capacité d’un groupe réduit à mettre l’État devant le fait accompli, puis à obliger l’armée à gérer les conséquences de son initiative. Même lorsque l’avant-poste est finalement démantelé, plusieurs jours de crise ont suffi pour montrer qui possède l’initiative.

Plus de 500 000 colons au cœur d’un territoire fragmenté

La Cisjordanie compte environ trois millions de Palestiniens et plus d’un demi-million de colons israéliens, hors Jérusalem-Est selon les décomptes utilisés par plusieurs organismes. Les implantations reconnues par Israël côtoient plusieurs centaines d’avant-postes de taille variable. Le territoire est en outre divisé depuis les accords d’Oslo entre différentes zones administratives, dont la zone C, sous contrôle israélien complet et où se trouve l’essentiel des colonies.

Cette géographie explique pourquoi quelques implantations nouvelles peuvent avoir des conséquences dépassant largement leur superficie bâtie. Une route, une zone de sécurité, un poste militaire ou une ferme peuvent modifier les circulations et séparer des villages de leurs terres. Dans certaines régions, des communautés pastorales palestiniennes vivent dans des espaces où l’accès aux pâturages constitue la condition même de leur survie économique.

La multiplication des départs documentés depuis 2023 montre que la pression ne se traduit pas uniquement par des affrontements ponctuels. Des communautés entières ou une partie de leurs habitants ont quitté leurs lieux de résidence après des séries d’attaques, de menaces et de restrictions. Le déplacement devient alors un moyen de transformation du territoire sans expulsion administrative massive organisée en une seule opération.

Cette évolution nourrit la crainte d’une Cisjordanie où la continuité territoriale palestinienne deviendrait progressivement impossible. Elle renforce aussi la contradiction entre la politique suivie sur le terrain et l’idée d’un futur État palestinien viable, encore officiellement soutenue par de nombreux gouvernements étrangers.

L’échéance électorale israélienne renforce la pression

La crise survient à l’approche des élections israéliennes prévues en octobre 2026. Cette échéance accroît le poids du vote nationaliste et religieux dans les calculs de la coalition. Pour les partis situés à la droite du Likoud, la consolidation des implantations constitue à la fois un projet idéologique et un marqueur électoral.

Benjamin Netanyahu doit ainsi maintenir l’appui de partenaires qui considèrent toute évacuation d’avant-poste avec suspicion, tout en évitant que les violences les plus extrêmes ne détériorent davantage les relations avec les États-Unis. L’incident de Qusra place ces deux impératifs en collision directe. L’armée doit rétablir l’ordre face à des militants dont les objectifs territoriaux sont défendus par des membres importants du gouvernement.

Cette contradiction explique en partie les réactions nerveuses au sein du système israélien. L’armée peut dénoncer l’illégalité d’un avant-poste, mais elle sait que le mouvement politique auquel appartiennent ses occupants dispose de puissants relais. Les responsables de la colonisation peuvent condamner certaines violences, tout en réclamant simultanément davantage d’implantations et de contrôle israélien. Washington peut soutenir fortement Israël, tout en constatant que l’absence de sanctions effectives contre certains militants finit par atteindre ses propres ressortissants.

Qusra concentre ces tensions sur quelques centaines de mètres. Des Palestiniens assiégés dans leurs maisons, des colons décidés à rester, des militaires envoyés pour les séparer, une hiérarchie incapable d’imposer immédiatement son ordre et un ambassadeur américain particulièrement favorable à Israël qui finit par parler de terrorisme : la scène résume un problème qui dépasse largement le village.

Qusra, test de l’autorité réelle de l’État

La question n’est plus seulement de savoir si le gouvernement israélien veut agrandir les colonies. Sur ce point, ses orientations sont publiques. Elle est de déterminer jusqu’où l’État contrôle encore les acteurs qu’il a politiquement renforcés et dont il partage parfois les objectifs.

Si l’armée peut démanteler rapidement les prochains avant-postes illégaux et si les auteurs d’attaques sont poursuivis, Qusra pourra apparaître comme une crise grave mais circonscrite. Si, au contraire, les mêmes groupes continuent de s’installer, de revenir après leur évacuation et de provoquer le déplacement des Palestiniens, l’épisode prendra la valeur d’un précédent : celui d’un pouvoir de terrain capable d’imposer son rythme à l’administration et à l’armée.

La réaction américaine ajoute désormais une contrainte supplémentaire. Pour la première fois dans cette séquence, le coût des violences n’est plus dénoncé uniquement par les Palestiniens, les Nations unies, les ONG israéliennes ou les gouvernements traditionnellement critiques des colonies. Il est formulé par l’un des diplomates américains les plus idéologiquement proches d’Israël et du mouvement de colonisation.

À Qusra, les tentes peuvent être démontées en quelques heures. Le rapport de force qu’elles ont révélé sera beaucoup plus difficile à effacer. La prochaine confrontation entre l’armée et un avant-poste illégal montrera si l’État reprend l’initiative ou si, en Cisjordanie, les colons radicaux continuent de décider où se déplacera la prochaine ligne de front.

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Newsdesk Libnanews
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